Alger - A la une

Diplomatie virile



La riposte à l'affront du Président français qui niait l'existence de la nation algérienne ne saurait être prise pour une fanfaronnade pour la simple raison qu'il est question de défense de la dignité. Venant plus particulièrement d'une ex-puissance coloniale ayant, à son actif, 132 ans de domination, la pire que l'humanité ait connue. Post-indépendance, malheureusement, les relations sont restées conflictuelles avec des pics qui font craindre le pire. L'occasion était unique pour le Président français, n'ayant aucune responsabilité de la guerre, d'ouvrir grandes les portes d'une coopération profitable dans de multiples domaines. La bulle d'espoirs n'a pas tardé à éclater, remettant en surface les ranc?urs d'un temps enfouies dans les mémoires.Certes, il y a eu par le passé un brusque accès de mésentente, de reproches qui finissaient par une poignée de mains cordiale. Le 30 septembre, toutefois, fera date tant l'offense est grande et ne passe pas. Dès lors, nos officiels sont condamnés à aller jusqu'au bout de la remise en cause d'un état des lieux actuels empreint de déshonneur. Afin de ne pas se déjuger et de mettre en péril leur crédibilité. Car, au fond, le libre arbitre d'une Algérie indépendante et souveraine n'a jamais été, en réalité, pris en considération.
Les bonnes volontés allant dans le sens de relations de fraternité et d'intérêts communs profitables aux deux parties n'ont pas réussi à s'imposer. C'est pourquoi, il ne faut pas réduire la crise diplomatique actuelle à un simple conflit d'intérêts. Il est regrettable de constater que la France officielle, depuis son départ forcé d'Algérie, ne parvient pas à se débarrasser du chapeau colonial alors que, paradoxalement, elle a tout à gagner avec un pays jeune qui a la prétention de lever la tête pour oublier un passé encore proche. Même la perspective de jouer carte sur table et tout déballer pour un nouveau départ semble relever de l'utopie.
Il est vrai que pour un mariage heureux, le consentement mutuel et la confiance sont des conditions sine qua non. Or, on n'en est pas là. Pourtant, dans ce climat de commémoration de l'insurrection de Novembre 54, il aurait été judicieux de créer des opportunités de réconciliation des mémoires et au moins dans le domaine des affaires. Cela n'est pas impossible car il suffit que la volonté des hommes fasse force de loi. Le retard accumulé sur ce plan ne fait qu'approfondir le fossé des incompréhensions, les malentendus.
De ce côté nord de la Méditerranée, il y a fort à faire pour se libérer des réflexes du passé, visiblement ancrés dans les consciences et transmis d'une génération à l'autre. Voilà un cas de « rente mémorielle », Monsieur le Président. L'héritage commun, en bien comme en mal, en fait partie. Les évolutions d'un côté et de l'autre ne semblent pas suivre la même direction, si elles continuent à être conditionnées par les fractures du passé.
Le régime français actuel est-il à même de comprendre qu'il persiste dans la voie des rendez-vous manqués ' Auquel cas il se condamnerait de lui-même. Comme il ne faut pas voir dans les mesures prises par Alger de simples effets d'annonce, au final contreproductifs. Imaginer un retour à la situation ante déclarations de Macron serait une comédie de mauvais goût.
Brahim Taouchichet
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