Les quelques chefs d?Etat africains qui ont fait, il y a quelques jours, le déplacement à Alger n?ont rien pu faire pour sauver le Nepad. Cette belle idée a trébuché sur l?indifférence des pays développés et sur les dures réalités d?un continent qui ne brille pas par la bonne gouvernance et la coexistence pacifique. Bouteflika s?est plié au constat d?impuissance général, avec le sentiment d?un échec personnel : il ne laissera pas « d?empreinte historique » en Afrique, du même ordre que celle de l?expulsion de l?Afrique du Sud de l?ONU en 1974 sous son impulsion, alors qu?il était ministre des Affaires étrangères de Boumediène. L?échec du Nepad dont il est un des pères fondateurs, c?est la fin d?un grand rêve : ressembler à Mandela, N?Krumah ou Lumumba. L?enlisement de la question sahraouie comme la débâcle de l?UMA n?arrangent rien. L?amitié tissée par Bouteflika avec Jacques Chirac n?a pas été suffisamment forte pour que la France révise sa politique d?alignement sur les thèses marocaines. Et pour tenter d?infléchir l?Espagne de Zapatero résolument pro-chérifienne, l?Algérie n?a pu que se rabattre sur son roi, autorité morale certes mais sans prise aucune sur les choix stratégiques espagnols. Restait à notre pays à faire jouer son unique atout qu?est le pétrole et le gaz. Mais punir l?Espagne par des restrictions en approvisionnements ne pouvait être qu?une simple hypothèse d?école tant elle est irréaliste et surtout contre-productive. Par contre, l?idée d?arrimer l?Algérie dans une « Opep du gaz » a fini par faire son chemin. Le chef de l?Etat l?a évoquée, contredisant son ministre de l?Energie qui n?y voyait pas d?intérêt, en raison de considérations techniques de faisabilité. Bouteflika y a vu tout autre chose : la réalisation d?un grand dessein en politique étrangère. L?Algérie est le quatrième producteur du gaz dans le monde, alors qu?elle n?est qu?un petit producteur de pétrole. Membre influent au sein d?un cartel du gaz, elle serait amenée à jouer un rôle majeur dans les relations internationales, ce qu?elle n?a pas fait au sein de l?OPEP. Bouteflika est dans son registre, celui de la grande ambition diplomatique. Certes, l?Algérie a engrangé de bons points dans la région subsaharienne, en témoigne le dernier accord de désarmement signé sous son égide entre le gouvernement malien et la rébellion touareg, mais cela ne comble pas le chef de l?Etat. Ce qui le satisfait pleinement, c?est de se faire (re) connaître par les capitales étrangères qui l?avaient perdu de vue vingt ans durant. Les premières années de son mandat ont été entièrement à cela. Le chef de l?Etat a bénéficié du nouveau regard international sur l?Algérie et le terrorisme, dans le sillage des attentats des Twin Towers de New York. Le monde entier reconnaissait enfin la légitimité de la résistance algérienne contre l?islamisme armé. Mais les questions politiques internes à l?Algérie ont fini par ne plus intéresser l?extérieur. La Charte sur la réconciliation n?a pas eu l?écho positif qu?ont eu les opérations similaires en Afrique du Sud et au Maroc. Le nom de Bouteflika n?a jamais été évoqué pour un prix Nobel de la paix. Les délégations étrangères qui défilent à Alger ont un seul but : faire de bonnes affaires commerciales et tirer profit de la manne pétrolière et gazière. Bouteflika vit mal la décrue diplomatique que n?arrive pas à pallier une présence constante à l?étranger, du fait d?une santé défaillante. Alors il faut avoir recours à des palliatifs, tels que la création d?une radio internationale, quitte à ce que cela se fasse sur du bricolage de moyens disponibles : une fréquence FM qui la rend audible dans les seuls environs d?Alger et une disponibilité sur satellites mais noyée dans les milliers de radios du monde entier. L?Etat a fait l?économie des grands émetteurs, à la différence des pays voisins et méditerranéens . Ces derniers ont mis les moyens financiers, humains et techniques qu?il fallait et ont adossé leurs radios et TV internationales à leur appareil diplomatique. Cela traduit, entre autres, l?incohérence de la politique étrangère du pays. Du domaine exclusif du chef de l?Etat, elle échappe quasi totalement dans sa définition à l?appareil diplomatique, à la classe politique, aux élus et à la société civile. Le ministre des Affaires étrangères n?a pratiquement aucun rôle et les institutions élues ne sont jamais conviées à contrôler les actes de politique étrangère. Les bons diplomates n?émergent pas, à l?extérieur et à la centrale. Celle-ci a vu les dossiers clefs lui échapper au profit de la présidence de la République qui n?assure pas de retour d?écoute suffisant. Il est vrai que la politique étrangère n?est que le reflet de la politique intérieure.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ali Bahmane
Source : www.elwatan.com