
Les choix internationaux de la France « ne cessent d'être erronés» et le pays « ne peut être ni l'auxiliaire des Etats-Unis, ni s'aligner sur les positions de l'Arabie saoudite et du Qatar», a affirmé mercredi à Paris le chercheur spécialiste en renseignement, Eric Denécé.Dans un éditorial publié par le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), publié suite aux attentats de vendredi dernier à Paris, qui ont fait 129 morts et plus de 300 blessés, le chercheur universitaire a préconisé une reconsidération de la politique étrangère de la France et de désigner « clairement» l'ennemi extérieur et ses soutiens.« Nos choix internationaux ne cessent d'être erronés depuis notre retour dans l'OTAN. Nous en mesurons pleinement l'inefficacité. La France ne peut être ni l'auxiliaire des Etats-Unis, ni s'aligner sur les positions de l'Arabie saoudite et du Qatar», a-t-il dit, soulignant qu'une remise en cause des relations diplomatiques de la France avec ces Etats est « indispensable».Il a averti, à cet effet, que sans un changement « majeur» de la politique étrangère française, sans une distanciation « nette» vis-à-vis d'une politique américaine «irresponsable» et qui « ne sert que ses seuls intérêts», il n'y aura « aucune évolution possible», relevant par ailleurs que dans la lutte actuelle contre le terrorisme et l'organisation terroriste autoproclamée Etat islamique (EI/Daech), les alliés « objectifs» de la France « sont clairement la Russie, l'Egypte, voire l'Iran et la Syrie, car nous avons tous un ennemi commun».Le directeur de CF2R a estimé que la politique adoptée par le président François Hollande envers la Syrie 1?2a clairement accru la menace terroriste».« Les centaines de jeunes français qui se sont laissés séduire par l'islam radical et sont partis combattre ont été indirectement encouragés à le faire grâce au battage médiatique délirant contre Bachar, +le boucher qui massacre son peuple+», a-t-il expliqué, notant que les services français de renseignement « bien que parfaitement conscients des réalités du terrain et des menaces, ont obéi à un gouvernement sous influence du Qatar et de l'Arabie saoudite».Pour lui, le renforcement des moyens du renseignement, depuis 2008, « ne pouvait guère porter ses fruits», puisqu'il était demandé aux services «d'agir dans la mauvaise direction».Il a affirmé que les attentats du 13 novembre à Paris ont montré que, malgré le soutien « irresponsable» de la France à l'opposition de Bachar al-Assad et son silence sur « la guerre d'agression» de l'Arabie saoudite au Yémen, les terroristes ont tout de même frappé la France.« C'est l'illustration horrible, mais parfaite des errements complets de notre politique étrangère : notre alignement sur les pétromonarchies islamistes ne nous a même pas protégé des attentats», a-t-il noté, soulignant que si, par ailleurs, Daech parvient à maintenir son emprise sur l'Irak du Nord et l'Est de la Syrie, « c'est parce qu'il bénéficie de nombreux soutiens, directs ou indirects, d'Etats qui partagent ou prônent ce même radicalisme religieux : l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, trois alliés majeurs de l'Occident, des Etats-Unis et de la France».En termes de riposte, Eric Denécé préconise que, « s'il ne fait aucun doute que nous devons ni légitimer ni apporter notre soutien à des dictatures ou des régimes autoritaires, opprimant leur population, il nous revient toutefois de ne pas provoquer leur remplacement par des régimes pire encore», citant l'exemple la situation en Libye.Jean-Pierre Chevènement avait déclaré sur Public Sénat, a-t-il rappelé, que Saddam Hussein, « sur lequel nous aurions pu exercer une influence, a coûté peut-être 10 000 fois moins de victimes que les deux guerres qui ont été faites (à) l'ensemble aboutissant à la destruction de l'Etat irakien et à une guerre interconfessionnelle qui n'est pas terminée». Pour le directeur de CF2R, entre deux maux, il faudra choisir le « moindre». Faisant allusion à Bachar al-Assad, il a soutenu qu'il est « toujours possible d'influer, même modérément, sur un régime, à la différence d'un groupe terroriste».En France, il demande de garder de « la mesure» et de « la retenue» dans les actions de lutte antiterroriste, éviter de transformer le pays en « Etat policier» et de créer un « climat de suspicion généralisé».A l'étranger, a-t-il conclu, il faudra également éviter de multiplier les interventions militaires, « car on a vu, a-t-il expliqué, que Global War on Terror (GWOT), décrétée par les Américains, n'a conduit nulle part, si ce n'est qu'à aggraver la situation».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Algérie Presse Service
Source : www.aps.dz