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Diawara, un déçu assumé des indépendances écrivain malien ayant grandi en Guinée, avant de s'installer à New-York



Diawara, un déçu assumé des indépendances                                    écrivain malien ayant grandi en Guinée, avant de s'installer à New-York
Photo : Riad
Par Amirouche Yazid
Manthia Diawara est un déçu des indépendances de l'Afrique. Sa déception, il l'a exprimée avant-hier, à Alger, à l'occasion de la rencontre «libérer l'Histoire» qu'organisent le Cnrpah et le journal la Tribune à Alger. Prévu pour la première journée du colloque (dimanche), Diawara a du différer son intervention pour l'après-midi du lundi. Mais le ton de sa communication a gardé sa verve. Sans accorder de place à la langue de bois, il aborde les questions qui méritent d'être posées. Qu'est ce qui a été fait de nos indépendances ' Peu de choses. Et ce qui a été accompli demeure fragile. Pour Diawara, il n'est plus sensé de se contenter du chantier portant sur la «libération de l'histoire». L'auteur malien soutient, dans ce sens, que «libérer l'Histoire doit être accompagné par libérer l'imaginaire». Il persiste et signe en déclarant que «c'est important». L'approche de Diawara marque ainsi une certaine distance avec ce que développent traditionnellement des élites à la solde des autoritarismes des régimes. A Alger, Diawara a cerné la problématique de l'Etat-nation. Dans sa communication intitulée «De la Nation au panafricanisme», Diawara a défendu l'idée qui évoque les limites de l'Etat-nation.Le conférencier est ainsi convaincu des limites de ce bâti nommé «l'Etat-nation». Son argumentaire, il ne le fonde pas sur une légèreté d'analyse. Il le puise dans l'actualité brulante que vit le continent. Pour illustrer les limites des Etats-nations, Diawara note «l'incapacité de plusieurs pays de la région à convaincre le Conseil de sécurité pour une intervention au Mali», alors, qu'en face, une personne, à trois lettres, BHL, a pu convaincre Nicolas Sarkozy et Barak Obama pour une intervention militaire en Libye. Le parallèle établi ainsi, Diawara s'interroge sur fond d'inquiétude. «Que faire aujourd'hui '». Sa suggestion : «il faut réimaginer l'Afrique». Une nécessité qui passe, soutient-il, par «une libération de l'imaginaire». Les positions de ce Malien, qui a passé une partie de son enfance en Guinée, n'ont pas changé. En 2010, quand le Mali célébrait le cinquantenaire de son indépendance, il laissait exprimer sa déception. «Absolument, je suis déçu. Je ne vois pas ce qu'il y a à célébrer. Ce qu'il y a à célébrer quand, dans mon village, les gens meurent toujours de choléra, de paludisme, de tétanos, quand il n'y a pas d'école dans 50% des villages avoisinants, quand quelqu'un comme moi ou d'autres n'a toujours pas de raisons de revenir contribuer à la reconstruction de l'Afrique», répondait-il. Les dirigeants africains en prenaient ainsi pour leurs' grades. «Je pense que les leaders africains font tout pour maintenir des Etats-nations afin de se maintenir au pouvoir. Aucun dirigeant africain ne se bat aujourd'hui pour l'intégration régionale. Sans intégration régionale, je ne vois aucun pays viable. Le Mali est un beau pays, nous avons une grande culture. Le Sénégal est un grand pays avec une grande culture. Mais ce sont des petits pays quant à un développement économique, un développement de la santé ou un développement de la culture», a-t-il soutenu.
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