Alger - Revue de Presse

Déverrouiller la perspective maghrébine



Par une sorte de conditionnement, toute proposition qui vient du Maroc- et tout ce qui vient d'Algérie pour les Marocains - est appréhendéeautomatiquement sous les oeillères de la manoeuvre et de l'arrière-penséesournoise.L'appel lancé par Rabat à la réouverture des frontières età la normalisation des relations avec l'Algérie n'échappera sans doute pas auxmauvaises habitudes. A plus forte raison quand il vient après l'échec dudernier round des négociations entre le Maroc et le Polisario et qui a donnélieu à des commentaires de presse acides de part et d'autre.Pourtant, même s'il ne faut pas être naïfs, il faut direchiche aux Marocains et sortir d'une situation stérile. Il faut avancer dansles relations bilatérales et dans le processus maghrébin comme si la questiondu Sahara Occidental n'existait pas. Le Maroc a fait de cette question un «préalable » et on connaît le résultat: un néant maghrébin doublé d'un manque deconfiance total entre Alger et Rabat. Plutôt que de rejeter d'emblée l'appel deRabat à la normalisation, il faut y répondre positivement. Cela supposeeffectivement que la relation bilatérale ne soit plus tributaire de la questiondu Sahara Occidental. C'est contre-productif, les positions sont connues et nesont pas susceptibles de changement abrupt.Personne n'a le droit d'être naïf, mais si le Maroc estarrivé enfin à la conclusion qu'il faut avancer, il faut le saluer. On peutêtre en faveur de l'autodétermination des Sahraouis et trouver totalementincompréhensible que la frontière terrestre entre l'Algérie et le Maroc demeurefermée. Incompréhensible car nous savons tous que le Maghreb est, avec ladémocratie, la seule bonne perspective qui nous reste. On ne peut donc quesouhaiter que l'appel marocain, qui suit d'ailleurs une ouverture faite par leprésident Bouteflika, fasse entrer les relationsbilatérales et le processus maghrébin dans un cycle vertueux.L'Algérie, contrairement à certains arguments répétés icicomme une évidence, ne perdra pas au plan économique à l'ouverture desfrontières. Economiquement, cela est une stupidité. La fermeture des frontièresavec le Maroc n'a pas entraîné une réduction du nombre de touristes algériensqui vont à l'étranger. Dès lors, l'Algérie ne perdra rien de plus si une partiedes touristes algériens redécouvrent la destination marocaine. Les Tunisiensont quelque chose à perdre mais ils ont la pudeur de ne pas le clamer. On peutconstater que la fermeture des frontières n'a mis fin ni au trabendoni au trafic de drogue. Il ne serait pas faux de penser qu'une ouverture desfrontières permettra de responsabiliser la partie marocaine et de mieuxcontrôler ces flux. Cela est un gain appréciable.On ne perdra rien aussi si on importait ce dont on a besoindu Maroc plutôt que de le faire d'Europe ou de Chine. Certains raisonnementsfaussement économiques n'ont aucun sens.Non, pour mille et une raisons très terre à terre et pourl'idéal maghrébin de nos parents, on ne doit gâcher une opportunité d'avancersi elle est réelle. Nous avons tout intérêt à déverrouiller la perspectivemaghrébine.
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