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Développement et prestige



Développement et prestige
Par intermittence, l'équipe nationale de football vaporise une atmosphère de joie et de bonheur sur les Algériens. Qui communient alors dans une ferveur qu'il n'est pas permis de perturber.Même les morts de cette soirée d'agitation connaissent une publicité a minima, tant l'exploit ne souffre pas d'être entaché des deuils personnels d'une nuit sans code de la route et sans règles de civisme. Nous sommes heureux à la folie, et la folie a son prix vite passé par pertes et profits. Le deuil de ces supporters victimes d'imprudences, on le portera plus tard.
Les responsables ne boudent pas leur chance et chacun, en ce qui le concerne, trouve prétexte à intervenir, pour rappeler, ne serait-ce que de manière subliminale, ce que notre bonheur doit à leur labeur.
Il n'y a pas de normes pour délimiter la durée du délai de grâce durant lequel il serait malvenu de troubler un climat de ravissement généralisé. On le voudrait infini le temps de savourer la performance qui, cette fois-ci, consiste en la qualification pour la prochaine Coupe du monde.
N'est-ce pas que c'est ce qui compte ' Contempler cette invraisemblable prouesse ' Celle de se qualifier au tournoi phare du sport roi, sans avoir investi dans la moindre école de formation, sans avoir construit le moindre stade homologable, sans même avoir conçu un mode de financement viable des clubs d'élite depuis des années ' Et c'est encore une plus grande prouesse que celle de pouvoir renouveler la prouesse juste en glanant dans les championnats d'Europe des athlètes que nous n'avons connus qu'à travers leur notoriété déjà établie !
Pourquoi, donc, s'épuiser à concevoir une politique du sport alors qu'il suffit de battre le rappel de tout ce qu'il y a d'algérien dans les grands championnats, de monter une équipe et de lui donner... "tous les moyens" de sa réussite ' Avec de tels "moyens" et une telle réussite, l'on peut même se payer le luxe de mépriser les autres disciplines sportives, des sports sans intérêt médiatique et sans foules et, donc, sans prestige et sans retombées politiques.
La politique de notre régime, en matière de prestige et comme en tout, est d'une désespérante rationalité : pourquoi prendre le temps de semer et d'entretenir ce dont on peut directement acheter le fruit ' C'est même devenu un slogan de gestion politique régulièrement et fièrement jeté à la figure des foules venues les écouter dans l'espoir de quelque bonne nouvelle : "Les moyens existent !" ou encore : "L'Etat a les moyens !". Il a les moyens de vous nourrir sans agriculture, de vous prêter de l'argent sans intérêt, d'organiser des foires industrielles sans économie de production, de financer des festivals sans construire des cinémas, des théâtres, des salles de spectacles, des écoles d'art...
Notre "démocratie" elle-même, peut-être la plus chère du monde, est "financée" par le budget de l'Etat. Il suffit d'observer le luxe des "moyens" mobilisés à l'approche de la moindre échéance pour s'en convaincre.
Le sport n'échappe pas à la logique générale de l'économie. Les adeptes du développement, sportif ou autre, le savent. Mais si on n'a que le souci du prestige, on peut se dire : "Pourquoi, donc, s'encombrer d'une politique de production quand on a les moyens de se payer le produit '"
M. H.
musthammouche@yahoo.fr
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