Au vu des récentes déclarations de haut rang, il y a tout lieu de le
croire ! La dernière sortie du directeur général de la Caisse nationale
d'équipement pour le développement (CNED), sous tutelle du ministère des
Finances, laisse penser que l'histoire bégaie.
Fallait-il attendre jusqu'au terme de l'échéancier de livraison des
mégaprojets structurants, pour déclarer que ceux-ci ont péché par insuffisance
de maturation en amont. Et si ce n'était que les retards de réalisation qui
venaient à obstruer les horizons d'imminentes livraisons, on s'en
accommoderait, mais l'arrière-goût amer réside dans le fait que cette turpitude
génère des surcoûts hallucinants dont l'origine ne peut être que suspecte.
Evalué à 4 milliards au départ, le coût des services importés caracole à 11
milliards de dollars présentement. Ce n'est plus du plus ou moins, mais du
simple au triple. La récente publication du guide relatif à la maturation des
projets, initié par le même ministère, est un véritable pavé dans la mare. Sa
tardive élaboration donne froid au dos ; peut-on imaginer un seul instant, que
l'on naviguât jusqu'ici, sans sextant ? La note confidentielle du Premier
ministère, et qui ne l'est plus depuis l'obtention d'une copie par certains
organes de presse, contiendrait des propos à peine voilés, sur la prévarication
ambiante. Les accointances tissées en bonne intelligence par des responsables,
pas forcément subalternes, sur les deux rives de la Méditerranée, pénalisent à
plus d'un titre ce qui, il n'y a pas si longtemps, était considéré, à juste
titre d'ailleurs, comme les grandes oeuvres nationales du siècle. Le fleuron en
était: l'autoroute Est-Ouest. Cette respectable institution, la CNED, créée en
2005 pourtant, aurait dû actionner les clignotants quand ils étaient à peine au
«jaune» pour éviter le «roussi».
Aqui doit revenir la maturation des projets ? A la partie nationale ayant
la maîtrise de l'ouvrage assurément, mais il semble que l'on désigne du doigt
les maîtres d'oeuvre situés de l'autre côté du bassin algéro-provençal: les
bureaux d'études étrangers. Il y aurait même, des cabinets d'études fictifs qui
nous auraient «refilé» des études toutes faites. Peut-on honnêtement être aussi
naïf pour être floué ou aussi corrompu pour vendre son âme au diable ? Et si
c'est le cas, ces propos sont d'une extrême gravité pour être définitivement
oubliés. Il est clair, que dans les deux cas d'espèce, le recours au
savoir-faire extranational s'est fait, et sans l'ombre d'un doute, dans la
précipitation. Ce trait de caractère local ne semble pas se dissiper en dépit
de l'expérience acquise et de l'avancée dans l'âge de nos technocrates. Les
délais les plus courts et les coûts les plus bas des contrats semblent être le
credo de l'opérateur public national; sachant par avance que les délais seront
prorogés et les coûts réévalués. On semble ou plutôt on ne semble pas se
départir de cet abcès de fixation de lancer les travaux et voir venir. La lubie
de la pose de la première pierre est inexorablement inscrite dans le registre
de l'inconséquence. La faisabilité, les effets induits, les retombées
négatives, et ça existe malheureusement, n'entrent que lapidairement en ligne
de compte. L'exemple le plus illustratif en est la propagation des maladies
vectorielles (leishmanioses, cantonnées précédemment dans des fiefs
historiques) par la création de nouvelles réserves hydriques pour les besoins
bien compris, de la mise en valeur des terres agricoles. Les cimenteries qui vomissent
leurs relents poussiéreux et nocifs, aussi bien pour la gent animale que
l'environnement, sont toujours là pour nous rappeler les arrêts inconscients et
conjoncturels. En dépit de la bonne intention affichée, les retours de flamme
sur la biodiversité sont parfois ravageurs et sans appel.
Ceci n'est pas sans nous rappeler le défunt Onep, créé au lendemain du
séisme dévastateur d'El Asnam (Chlef) de 1980, chargé de gérer un dossier
d'extrême sensibilité, appelé à l'époque, «Apport extérieur» (Apex). On en
disait le plus grand bien en matière de développement économique intégré. Il ne
fut malheureusement qu'un simple plan intérimaire qui n'apportait que des
réponses parcellaires à des problèmes globaux. Un fourre-tout où la norme
pouvait être violentée par un simple appel téléphonique d'une autorité locale
exécutive, ou même élective. Le responsable central, nonobstant son rang
affirmé dans l'échelle décisionnelle, pouvait revêtir son habit d'administré
quémandeur et céder aux voeux d'un chef de l'exécutif local. On ne peut rien
refuser à une autorité qui pouvait attribuer: le logement, le lot à bâtir, le
bon d'acquisition de véhicule auprès de Sonacome, etc., etc. «El-qalb lahma ya
akhi !», manière d'absoudre les péchés mignons de l'auguste sollicitude.
Et c'est ainsi, qu'en toute bonne
foi le plus souvent, on a livré à la curée les ultimes réserves de change du
pays. La meute, constituée de consortiums montés pour les seuls besoins de la
cause à l'instar de l'éphémère Groupement d'entreprises belges du bâtiment en
l'Algérie (Geba), l'ombrageux Bouygues, les Anglais, les Allemands, les Danois,
les Espagnols jusqu'aux modestes Portugais représenté par Dragados, ne s'est
pas gêné pour profiter de la manne financière qui s'offrait à elle. Les
stigmates de la rusticité de cette entreprise du pays du fado sont encore
présents dans les hôpitaux de Théniet El-Had et Zéralda. Certaines d'entre ces
entreprises ont même donné, la vox populi aidant, leur dénomination à des
groupements d'habitat comme «Dumez», appellation définitive, on serait enclin
de dire «contrôlée», d'une cité de la ville de Berrouaghia. On faisait réaliser
sans discernement des hôpitaux de grandes capacités pour des bassins de
population qui nécessitaient à peine une polyclinique, battant en brèche, sans
coup férir, les prospectives arrêtées par la carte sanitaire de l'époque. Et
comme ces choix, souvent injudicieux, ne suffisaient pas, on découvre avec
effarement que nous importions des articles sanitaires et de plomberie
disponibles sur le marché national et de qualité égale. Nous aurions pu
importer les plateaux techniques mais pas les locaux d'hébergement et la
literie.
Quant à l'infrastructure, réalisée par le process de construction
industrialisée, tout le monde savait, la partie algérienne comprise, que la
durée de vie ne pouvait aller au-delà de quatre décennies. Le compartimentage
par Placoplatre, les toitures flottantes, les canalisations spécifiques ne
trouvaient pas sur le marché national de substitut pour les besoins de maintenance.
Il nous revient à l'esprit, ce jeune architecte, plein d'allant, qui dérangeait
par ses contrôles répétés les chantiers de construction des hôpitaux
préfabriqués dans une wilaya des Hauts Plateaux du Centre et dont le zèle fut
tempéré par un rappel à l'ordre hiérarchique. L'intégrité morale est parfois
chèrement payée. La wilaya de Médéa, qui disposait d'un faible taux de lits
d'hospitalisation pourtant, a été l'une des rares wilayas à avoir résisté au
chant des sirènes des hôpitaux préfabriqués. Le fait est qu'elle n'est pas
contrainte aujourd'hui d'en payer le prix. Cette clairvoyance a été l'oeuvre
incontestable du défunt Dr Benatallah dont la politique de santé locale, qu'il
menait de main de maître, privilégiait l'acte préventif par l'essaimage de structures
légères de proximité.
Si l'apport extérieur a soulagé, quelque peu, la pression d'alors, il
n'en a pas moins créé d'autres soucis qui se sont inscrits dans la durée. Le
couronnement fut sans contexte le viol sociologique des corps de métiers
locaux, pas du tout préparés pour l'option «clés en main». Notre loyal
bricoleur-dépanneur se retrouvait du jour au lendemain «out» devant tant de
techniques avancées pour ne pas dire tant de génie technologique. Des inepties
faisaient que des établissements, qu'ils soient hospitaliers, scolaires ou de
formation se retrouvaient avec une climatisation centrale par humidification en
dépit du caractère torride estival des régions d'implantation. La climatisation
de l'hôpital d'In Salah aurait fonctionné 6 mois à peine. La réhabilitation
technique ne peut être qu'aléatoire du fait même de l'obsolescence des
équipements.
Ces structures qui assuraient le
gîte et le couvert étaient dotées de matériel de cuisson (fours et cuisinières)
fonctionnant à l'énergie électrique. On laisse deviner les montants
exponentiels de la facturation des charges induites par la consommation
électrique. Cette frénésie de construction qui s'est saisi du pays en
concomitance avec le Programme anti-pénurie (PAP), rappelle, à quelques variantes
près, celle que nous vivons aujourd'hui. Ceci renvoit à une boutade d'un ami,
médecin de son état, et qui disait non sans bon sens: «Il n'y a rien d'urgent
dans l'urgence !».
Cette sagesse, et c'en est une,
prévient du risque de dérive qui consiste en la précipitation dans ce qui est
décrété comme urgent. Si, au temps de l'immaturité et de l'apprentissage,
l'errance était tolérée avec bienveillance, il n'en est plus de même à l'heure
où les potentialités humaines et techniques du pays connaissent une croissance
à deux et pour certaines à trois chiffres. Sans trop prendre la prime
précaution de prospecter le champ national qui recèle des capacités
d'ingénierie insoupçonnées, on se jette précipitamment dans les bras de l'autre
rive. Rive, à qui on reproche béatement, l'attractivité sur les jeunes, en
feignant d'oublier les «vieux». Est-ce à dire que le complexe décrié par
Bennabi a la peau dure, pour se pérenniser ainsi ? Les oasis de bonheur, il en
existe quand même, elles sont légion dans ce que certains pensent être
l'antichambre de l'Hexagone et pourquoi pas sa chasse gardée, pendant que nous
y sommes. L'université de Mostaganem vient de mettre au point un logiciel
traitant de l'hécatombe des accidents de la route dont le bond annuel de 2009 a
été de 4%. Elle compte le mettre à la disposition des pouvoirs publics en
charge de cette plaie dont la béance taraude tragiquement le corps social du
pays.
Laissée à leur discrétion, l'idée
de consulter l'université algérienne pour le traitement de cette problématique
n'aurait peut-être pas effleuré l'esprit des gestionnaires en charge du
dossier. Cette approche qui participe de la recherche appliquée n'est pas une
première en soit. Elle renvoit aux travaux du milieu des années 80, très
concluants du reste, du Dr Allal Louazzani, médecin épidémiologiste à la
direction de la Santé de la même wilaya, qui faisait application de la
technologie de l'information sur l'art qu'il pratiquait. Il crée à cet effet,
un logiciel de gestion des maladies à transmission hydrique quand le choléra et
la typhoïde faisaient, bon an mal an, des centaines voire des milliers de
victimes morbides et quelques décès. Comme l'appétit vient en mangeant, selon
l'adage, il récidive plus tard pour créer le logiciel relatif à la captation des
naissances et à l'exécution du programme élargi de vaccinations.
Ce prestigieux attribut de modernité scientifique fut validé par
l'université de Montréal et mis en application au Nicaragua, pays qui à
l'époque rencontrait les pires difficultés dans la gestion de ce programme. A
l'heure où nous couchons ces lignes, le docteur Louazzani est expert de
l'Organisation mondiale de la santé. (OMS). Il exerce en qualité de consultant
au bureau régional «Zone Afrique» de Brazzaville. L'hérésie serait qu'il faille
un jour solliciter les compétences nationales naturalisées américaines ou
canadiennes. En attendant, croisons les doigts sans oublier de dire aux
centaines de Si Allal par le monde: chapeau bas !
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Farouk Zahi
Source : www.lequotidien-oran.com