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Des salaires mirobolants pour un spectacle qui n'en est pas un Bilan de trois années de professionnalisme



Des salaires mirobolants pour un spectacle qui n'en est pas un Bilan de trois années de professionnalisme
Alors que les championnats de football des Ligues 1 et 2 viennent de prendre fin, l'accent reste mis sur les difficultés rencontrées par les clubs professionnels pour ce nouvel habillage statutaire.
La troisième saison du professionnalisme dans le football algérien s'est achevée mais les contraintes et les obstacles sont toujours là, tout aussi menaçants que lors du lancement de cette opération.
Il faut dire que les données étaient faussées d'entrée de jeu. On ne met pas dans le bain du professionnalisme 32 clubs d'un coup.
Des clubs habitués à la gestion opaque, aux comptes cachés et aux transferts de joueurs payables en monnaie transportée dans des sacs en plastique noir.
On ne décrète pas professionnels des clubs qui ne parvenaient que rarement à être en règle avec leurs joueurs sur le plan des paiements de salaire.
On ne qualifie pas de professionnels des clubs qui ne disposent ni d'une infrastructure adéquate pour recevoir leurs adversaires, ni du minimum requis pour la prise en charge de leurs jeunes catégories.
On ne peut, enfin, parler de professionnalisme pour des clubs dont les dirigeants n'ont rien à voir avec la gestion rigoureuse et pour qui le marketing est une notion vague sortie du néant.
On a fait du professionnalisme parce qu'il fallait le faire sous peine d'être relégué par les instances internationales du football.
On l'a entamé au risque même d'empiéter sur les textes règlementaires du pays. Prenez le Mouloudia d'Alger.
De crainte de voir ce club rater le train, on lui a permis d'entreprendre une opération proche de l'illégalité pour ne pas dire illégale tout court.
Ce n'est pas nous qui le disons mais les anciens dirigeants du club amateur qui ont admis s'être servis de l'argent de ce club amateur pour entrer dans le capital du club professionnel.
L'ex-joueur international du club algérois, Abdelouahab Zenir, a lui-même avoué s'être retrouvé membre du conseil d'administration du club professionnel alors qu'il ne le savait même pas.
Ce sont de telles absurdités que l'on a tolérées au nom de l'installation du professionnalisme parce qu'on s'était dit que sans le Mouloudia ce professionnalisme n'aurait pas eu la même saveur.
32 clubs dans l'aventure
Une année avant le lancement de l'opération, le président de la Fédération algérienne de football, Mohamed Raouraoua, nous disait qu'il se contenterait de 8 à 10 clubs, «des clubs solides et suffisamment populaires pour mettre la machine en marche».
Il a fini par en accepter 32, ce qui doit constituer un record du monde pour le démarrage d'un tel projet. On était allé jusqu'à puiser dans le championnat interrégion, le club de l'Olympique de Médéa que l'on avait surclassé juste pour parvenir au chiffre pair de 32.
Bref, cette démarche ressemblait plus à du bricolage qu'à une entreprise savamment menée pour répondre au souci de voir tout ce monde là se mettre au pas de la rigueur et du sérieux en matière de gestion aussi bien sportive qu'administrative.
Aujourd'hui, on remarque que l'un de ces 32 clubs, le CR Témouchent pour le citer, a déclaré être en faillite et a faussé la fin de son championnat en alignant des joueurs jeunes et inexpérimentés.
Ce club est un peu la face émergée de l'iceberg. Tout ce qu'il y a en dessous est dans sa majorité dans les mêmes conditions que le CRT avec tous les problèmes inhérents au manque de moyens, financiers surtout.
Le système est tombé dans les rets de l'aventurisme à cause d'un phénomène inflationniste où des clubs ont une masse salariale à honorer sans avoir de rentrées d'argent suffisantes.
Et lorsque nous parlons de masse salariale nous faisons référence à des chiffres à plusieurs zéros tant les paies des joueurs culminent à des hauteurs vertigineuses.
La situation s'aggrave lorsqu'on sait que ces clubs, selon la législation du travail, sont redevables auprès de la sécurité sociale de 26% du salaire cotisable alors que le joueur doit à cette même sécurité sociale 9% du même salaire (on prend le pari que c'est le club qui paie la totalité, soit 35% du salaire du joueur).
Et puis, il y a l'impôt sur le revenu global (IRG) qu'il faut prendre en compte sachant que la moindre indemnité ou prime est imposable.
Ici il est question d'une imposition selon un barème, qui doit se chiffrer à une somme très élevée. Cette situation ne peut que nous projeter sur une déclaration de l'ex-président de la Ligue nationale de football, celui qui a été à la base de l'élaboration des textes du professionnalisme du football en Algérie.
Un jour qu'il tenait une réunion avec les dirigeants des clubs des ex-divisions 1 et 2, il leur avait déclaré : «Si la sécurité sociale venait à réclamer tout le retard que vous lui devez en cotisations, aucun de vos clubs ne pourra plus continuer à activer. Vous serez tous obligés de déposer le bilan.»
C'est dire que tous ces dirigeants étaient au courant de la faillite à laquelle étaient exposés leurs clubs mais cela ne les a pas empêchés de les engager dans la voie du professionnalisme avec les encouragements de la FAF.
Cette démarche avait, il est vrai, un dispositif de dynamique matérialisé par les grosses promesses de l'Etat en matière d'aide au lancement de ce professionnalisme.
Le fait que cet Etat avait indiqué qu'il allait octroyer à chaque club la somme de 10 milliards de centimes a donné le vertige à la plupart des présidents de club qui se sont mis à échafauder des plans sans aucune commune mesure avec la réalité du terrain.
Du reste, ils ont tellement mal compris le message des autorités politiques qu'ils ont cru que ces 10 milliards de centimes, ils allaient pouvoir s'en servir à leur guise alors qu'il s'agissait d'une somme destinée à être investie dans le construction d'un centre de formation. La nuance était de taille.
L'aide au CSA détournée
Il n'empêche qu'à force de pleurs et de plaintes, ils ont fini par faire «plier» le gouvernement dont un conseil interministériel consentit à leur accorder une aide de 2,5 milliards de centimes par an sur une période de 8 ans.
Une opération illégale où il s'agit de sociétés commerciales sportives privées qui n'ont pas le droit d'obtenir d'aide financière de la part de l'Etat.
Mais ce dernier fait le dos rond dès qu'il s'agit d'un sport comme le football dont les répercussions sur la société sont avérées.
Ces clubs professionnels, pas tous heureusement, ont même poussé le bouchon un peu plus loin en prenant à leur compte l'aide que l'Etat octroie, sous forme de subventions, à chacun des clubs amateurs dont ils sont issus.
Pendant ce temps, ces clubs continuent à verser des salaires mirobolants à leurs joueurs dont la moyenne doit tourner autour de 170 millions de centimes par mois et pas un n'ose dénoncer une telle pratique consentie à des athlètes loin d'avoir le niveau requis pour mériter un tel traitement.
Lors de la dernière conférence de presse qu'il a animée, le président de la FAF trouvait exagéré que l'on s'en prenne à ces «pauvres» joueurs qui «ont une courte carrière qui ne dépasse pas les 10 ans».
Faites vos comptes entre quelqu'un qui touche 150 millions de centimes par mois pendant 10 ans et l'ouvrier dont le salaire est de 3 millions de centimes mensuels pendant les 32 années de cotisation à la sécurité sociale. Raouraoua est loin du compte pour défendre le «pauvre footeux».
Ce dernier gagne, en 10 ans d'exercice, souvent en trichant sur le terrain, 10 fois plus que ce que perçoit l'ouvrier trimeur sur 32 années d'activité. On nous dira que le «footeux» est un homme de spectacle.
On défie quiconque qui nous prouvera que le pousse-ballon qu'il développe sur un terrain chaque week-end est réellement un spectacle.
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