Alger - A la une

Des rêves en éclats



Des rêves en éclats
Alger habite Rachid Benhadj. La ville blanche revient à chaque fois dans ses films.Après Touchia, cantique des femmes d'Alger et Les parfums d'Alger, le cinéaste offre une nouvelle fiction, L'étoile d'Alger, projeté en avant-première nationale le mercredi 16 mars, à la salle Ibn Khaldoun, à Alger.Inspiré du roman éponyme de Aziz Chouaki, le long métrage replonge dans l'Algérie du début des années 1990 à travers l'histoire de Moussa (Chérif Azrou), un chanteur qui vit dans un quartier populaire de la capitale au milieu d'une famille nombreuse. Avec un groupe de musiciens, il anime des fêtes de mariage, mais caresse le rêve d'une grande carrière artistique.Le chef du groupe (Hassan Kerkache) lui propose de se produire au Triangle, la boîte la plus branchée à la fin des années 1980 à Riadh El Feth, vestige du Chadlisme. Moussa s'éclate en interprétant des chansons aux senteurs algéroises baignant dans une sauce jazzy comme Haramtou bik Nouassi. Il veut avoir son propre style.Ce n'est pas l'avis d'un producteur véreux qui dénature sa musique pour la rendre «plus populaire» en y ajoutant de la percussion. Moussa vit une douloureuse histoire d'amour avec Selma (Sofia Kouninef), une fille de La Casbah d'Alger qui n'aime pas ce qu'il fait. «Tu n'es pas en Amérique. Ici, le chant ne fait pas vivre.Et puis, mon père ne va jamais accepter que je me marie avec toi. Trouve un boulot digne de ce nom», lui dit-elle sur une terrasse surplombant la baie d'Alger. Là, Rachid Benhadj semble s'inspirer de la démarche de Merzak Allouache. D'ailleurs, le «Allouachisme» marque fortement ce long métrage au point de l'étouffer ou de créer la sensation du déjà-vu. Comment ' Les cités sont sales, les moutons traversent le quartier où habite Moussa, une fille en hidjab se découvre le soir pour travailler au Triangle, le père de Moussa est silencieux et complètement absent, et El Adhan meuble l'univers sonore d'Alger.Un festival de clichés ! Spartacus (Abdelbasset Benkhelifa), l'intégriste du quartier, méchant comme il se doit, impose sa loi, veut obliger une fille à porter le voile, essaie de convaincre Moussa d'arrêter de chanter. Spartacus, qui ne connaît pas la langue arabe, entraîne des adolescents et les endoctrine. En face de lui, il n'existe aucune résistance.A supposer que le film tire sa sève d'une certaine histoire tragique de l'Algérie contemporaine, la société était-elle aussi passive face aux assauts des islamistes radicaux ' Aussi soumise ' Moussa et son père ne font rien pour empêcher le benjamin de la famille de basculer dans l'intégrisme. Les choses s'accélèrent après avec l'assassinat dans un bar d'un journaliste (un autre cliché !) Pourquoi le journaliste est-il tué ' La violence arrive sans que l'on comprenne réellement le contexte historico-politique. Le procès fait à la société dans ce film est agaçant autant que le sont les erreurs techniques (par exemple, le billet de 1000 dinars n'existait pas encore au début des années 1990 ou la pancarte montrant le slogan du 60e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération).Chérif Azrou est doublé en arabe algérois dans le film, créant une certaine désynchronisation. Son personnage est paru vidé de tout sentiment. Rachid Benhadj reproduit la même erreur qu'avec le film Les parfums d'Alger.En axant sur «le discours politique», le cinéaste a négligé les valeurs artistiques qui peuvent donner à un film une profondeur universelle.Les dialogues sont parfois en déphasage avec le propos du film, alors que des personnages qui pouvaient être intéressants dans la trame ont été oubliés comme Gabes (Arslane) ou Sahnoune (Hakim Traïdia), le fou-sage, frère de Moussa.Gabes, un homme rêveur, haut en couleur, a eu une certaine présence dans le film avant de disparaître comme un brouillard d'été. Les flash-back utilisés dans le long métrage n'ont fait qu'alourdir le propos. Travail de mémoire ' Visiblement, Rachid Benhadj est pris par ce souci de «rappeler» un certain passé algérien sans avoir tous les outils nécessaires pour faire un film que l'Histoire retiendra. Benhadj à court d'idées ' On peut bien le penser. Du coup, on préfère relire le roman L'étoile d'Alger que revoir la fiction qui s'en inspire. L'étoile d'Alger (sorti en 2002) a été traduit en plusieurs langues comme le grec, l'anglais, le suédois, l'italien.«Ce livre, primé à l'international, fut l'un des premiers romans à évoquer la décennie noire en Algérie. A l'époque, je ne voulais pas entrer dans une thématique liée à cette décennie. Aziz et moi avons laissé de côté le projet pour avoir une certaine distance. Il n'était pas facile d'évoquer ces moments douloureux. L'Algérie est sortie de cette époque noire.Le phénomène est vécu actuellement par d'autres pays comme la Syrie ou l'Irak. Il était donc important de revenir à cette thématique, à ce qu'a vécu l'Algérie pour que ça puisse servir d'exemple. Parfois, on oublie vite et on ne prend pas d'exemples des autres pays», a soutenu Rachid Benhadj. Selon lui, l'Algérie a maîtrisé le phénomène du terrorisme en dix ans. «Nous aurions pu vivre plus longtemps avec. Nous avons trouvé des solutions pour au moins arrêter le massacre. Il est important de parler maintenant de notre histoire, de ce qu'avaient subi les jeunes, les artistes et les journalistes», a-t-il dit. Le destin réservé à Moussa et à Spartacus dans le film contredit cette réflexion?


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