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DES QUARTIERS ET CITES DEBARRASSES DES COMMERÇANTS INFORMELS La crainte d'une opération ponctuelle



L'initiative en elle-même est salutaire et à encourager mais il est à craindre qu'elle ne s'inscrive dans le conjoncturel, le ponctuel auquel les pouvoirs publics nous ont habitués dans la gestion de la cité.
M. Kebci - Alger (Le Soir) - Il s'agit de l'opération d'éradication du commerce informel entamée, ces jours-ci, à travers nombre de villes et de quartiers aux quatre coins du pays. Une initiative qui n'est venue, malheureusement, qu'en réaction aux plaintes des habitants des quartiers et autres cités populaires à travers le pays dont le quotidien est devenu insupportable. Car, au-delà du sacré trou qu'il porte au Trésor public à travers l'énorme évasion fiscale et autres assurances, le commerce informel ou plus crûment appelé en langage terre-à-terre trabendo, charrie son lot de néfastes effets collatéraux en termes de sécurité publique et de nuisance terrible aux voisinages qui n'en peuvent plus. Et les récurrentes bagarres rangées suite à des vols ou des agressions verbales ou physiques, qui font le quotidien des habitants des quartiers et cités, dont bon nombre s'achèvent dans le sang comme ce fut le cas dernièrement à Belcourt, en plein cœur de la capitale, avec le meurtre commis sur un adolescent âgé d'à-peine 14 ans, ont fini par exaspérer plus d'un pour qui, venir à bout de ces commerces au noir ne relève plus d'un mobile strictement économique mais d'une œuvre de salubrité publique tout court. Mais à peine entamée que l'initiative suscite d'ores et déjà les interrogations, toujours les mêmes, de bien de citoyens, assez renseignés sur le caractère tout aussi récurrent et «calculé» de cette intervention musclée et risquée puisque intervenant à l'orée d'une rentrée sociale qui s'annonce explosive. Et les éternels questionnements loin d'être «idiots» de ces simples quidams fusent : s'inscrira-t-elle dans la durée ' Faudra-t-il trouver des alternatives sûres à ces milliers de jeunes et autres pères de familles qui tirent leurs raisons de subsistance de cette activité parallèle ' Le timing de l'opération est-il adéquat puisque intervenant à l'orée d'une rentrée sociale que plus d'un observateur prédit d'explosive ' Ces «chassés» de force se laisseront-ils faire aussi facilement puisqu'il n'est pas exclu qu'ils réagiront à leur «manière» pour avoir osé toucher à leur «pain» et celui de leurs familles ' Et puis, l'Etat est-il en mesure de garantir en quantité et à prix abordables et autres produits que ces trabendistes proposaient ' Autant de «préoccupations» et d'«appréhensions» amplement justifiées quand on prend le bon «soin» de se rafraîchir la mémoire quant à la «récurrence» de ces opérations musclées intervenant, à chaque fois, en des occasions bien «précises » puisque répondant à des objectifs tout aussi concis. Car, et fort malheureusement, ces opérations coups-de-poings sont, peu de temps après, le temps que l'ouragan passe, suivies d'un relâchement «voulu» pour que le «cours normal» des choses reprenne comme si de rien n'était. Et ce beau monde de quidams a bien en mémoire l'opération d'«informelisation» diligentée l'année dernière dans le sillage de ce qui caractérisait les pays voisins comme soulèvements populaires sanglants ayant eu raison de bien de dictateurs. Une opération menée par les collectivités locales sur ordre d'en «haut» à l'effet de contenir une explosion que l'on sentait imminente surtout avec le contexte régional de l'époque. Et les boutiques informelles poussaient comme des champignons à même les trottoirs, empiétant par endroits même sur la chaussée, sous l'œil bienveillant de la force publique. Ce «rappel» que plus d'un citoyen apostrophé, hier matin au quartier populaire de Belouizdad qui respirait la bonne santé avec le «déguerpissement» forcé, la veille, des marchands ambulants, a tenu à faire, est révélateur de la crainte «populaire» de voir ce coup de poing ressembler à ses nombreux précédents. Pour beaucoup de monde, le «risque» est réel de voir cette opération musclée prendre l'allure d'un feu de paille, le temps que l'«orage» passe et qu'une autre et récurrente préoccupation citoyenne pointe le nez et le cycle recommence. Car, le véritable combat contre le commerce informel ne saurait se suffire de ces opérations conjoncturelles qui, plus est, touchant l'ultime maillon d'un phénomène «tenu» par de véritables barons ayant le bras long à même de leur assurer la couverture requise en «haut lieu» quand ils n'en sont pas issus, via leurs «auxiliaires familiaux».
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