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«Des programmes de restauration qui n'existent pas»



Dans le cadre des «Samedis du patrimoine», une conférence ayant pour thème «Evolution de la méthode d'approche de la restauration/préservation du patrimoine» a été animée, samedi, au musée du Bardo par l'architecte Farès Khima.Farès Khima est un architecte spécialiste des monuments historiques formé à l'Ecole de Chaillot, de Paris. Ses recherches et travaux sont portés sur plusieurs monuments classés des deux côtés de la Méditerranéen.
En cette deuxième conférence de l'année 2020, organisée par l'Ecole Nationale de Conservation et Restauration des Biens culturels dans le cadre des Samedis du patrimoine, présentée par l'architecte Farès Khima, il est question de l'évolution de la méthode d'approche de la restauration et/ou conservation d'un bâti.
Sa présence aura pour objectif de proposer les solutions à adopter à travers des outils adéquats pour une restauration et/ou une conservation du patrimoine. Une aide supplémentaire afin de sortir de cette situation de crise identitaire et sociale que l'Algérie vit en ce moment.
En effet, pour un pays qui fait quatre fois la surface de la France, son potentiel extrêmement riche en matière de patrimoine matériel et immatériel est très mal exploité.
Selon les dernières données officielles de 2015, l'Algérie a seulement trois sites approuvés par le ministère de la Culture.
Sept sites classés dans la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, parmi eux la Casbah d'Alger (1992) et la Vallée du M'Zab (1982). Ainsi que 1031 biens protégés et 21 secteurs sauvegardés qui ne sont pas encore approuvés pour la plupart.
A titre de comparaison, la France a 45 000 biens protégés. Par ailleurs, le contexte patrimonial, en matière de conservation et de restauration, a bien changé, particulièrement après l'indépendance où il fallait redéfinir la notion patrimoniale instaurée pendant la période coloniale.
Il fallait re-axer le patrimoine sur l'identité algérienne, donc commencer à s'intéresser à la Casbah d'Alger, aux palais, fontaines et mosquées.
Dans un second temps, il fallait reconsidérer le patrimoine comme un vecteur culturel économique et sociétal, d'où la réappropriation des monuments.
«Aujourd'hui, on est dans la capacité de connaître nos besoins, notre potentiel pour se développer et ouvrir la recherche afin de ne plus être dépendant des sources et des travaux faits aux préalables. Malheureusement, on est extrêmement dépendant.
D'ailleurs, il y a plus de ressources documentaires algériennes dans les bibliothèques et dans les bases de données étrangères qu'en Algérie», déclare le conférencier Farès Khima. Grâce à ses expériences professionnelles, l'architecte nous explique qu'il existe différentes phases qui interviennent dans les différentes opérations de restaurations.
Comment conserver '
La conservation du patrimoine passe par plusieurs aspects. Durant la conférence, plusieurs étapes sont énumérées afin de répondre à une méthode structurée. En effet, il faut d'abord passer par une étape de prospection et de définition.
Car avant de protéger, il faut d'abord définir le bien et lui donner une identité réelle dans le temps et dans l'histoire, autrement dit une plus-value.
Pour cela, il faut suivre des outils de conservation respectant la Charte internationale de Venise élaborée en 1964. Celle-ci pose les bases en matière de conservation et de restauration.
Elle est appuyée 30 ans plus tard par le document de Nara (1994) afin de fournir une clairvoyance en ce qui concerne l'authenticité au sein de certains monuments quant à leur potentiel de reconstruction. Le tout doit être régi par une législation, car sans elle, il ne peut y avoir de protection.
En Algérie, elle est régie par la loi 98-04 (1998), mais avec des textes d'application qui datent à partir de 2005 à 2007. «Ces textes sont perfectibles, après avoir exercé pendant 20 ans, on s'est rendu compte des limites sur tous les plans, car le contexte a changé.
À cette période, il était dans une logique d'intervention d'urgence», ajoute-t-il. Citant l'arrêté du 29 mai 2005 qui stipule qu'il faut un programme à partir d'une ou plusieurs études de définition.
Un programme qui satisfait des phases réglementaire à suivre, et ce, en faisant appel à plusieurs intervenants tels que les ministères, des commissions, des directions décentralisées, des architectes qualifiés, des bureaux d'études, etc. Or, en Algérie, aucune de ses étapes n'est respectée, nous passons directement à la restauration.
«Malheureusement, cette étude n'existe pas. Donc, on se retrouve en train de faire de la restauration sans programmation. Ce n'est qu'après que l'on pense à ce qu'on peut mettre à l'intérieur, quitte à remodifier ce qui a été restauré, et mettre des goulottes », explique Farès Khima.
Ce qu'il faut savoir avec cette étude, c'est qu'elle permet d'avoir des connaissances avancées du potentiel de l'édifice, mais aussi de pouvoir faire un montage financier dans le but d'avoir un financement adéquat. Le tout pour aboutir à une restauration d'un bâti.
Empruntant l'expression italienne «com'era dov'era», «comme elle était où elle était» afin de mieux comprendre le processus. Sans cette organisation, nous entamons une restauration, et on se rend compte au milieu de la procédure qu'il n'y a pas le budget pour.
Que l'enveloppe budgétaire est insuffisante, l'Etat se retrouvera donc avec un chantier ouvert. «En Algérie, par exemple, au lieu de refaire une charpente en entier, on a recours à une sorte de sparadrap pour la rafistoler», déclare le conférencier.
Farès Khima a notamment mis l'accent sur l'évolution des métiers de restaurateurs du patrimoine qui sont en relation directe avec plusieurs métiers et plusieurs fonctions qui n'existaient pas, il y a seulement 30 ans.
Une évolution des métiers qui a un rôle très important à jouer dans la gestion du patrimoine à conserver.
Car sans les acteurs de chantiers et leur savoir-faire, aucun projet de restauration n'aboutira. Par ailleurs, il y a un facteur déterminant, il s'agit de contraintes qu'on ne connaît pas et qu'il faut malgré tout envisager et qui sont nécessaires à la faisabilité d'un projet.
Des contraintes telles que la situation des réseaux électriques, ce qui se cache derrière le faux-plafond ' Ou encore que faire de la structure de l'édifice '
Apports technologiques
De plus, avec l'évolution de la technologie qui fait qu'aujourd'hui, elle s'impose dans le domaine du patrimoine, il n'y a pas un projet de restauration lourd qui se fait sans cette technologie.
En effet, elle permet de réduire le temps sur site, réduire le temps des architectes sur les sites occupées. Mais aussi permet de créer une base de données accessible. Un des exemples de cette technologie, l'élaboration d'une maquette.
Elle permettra une collaboration intelligente et structurée entre tous les intervenants du projet. Et ainsi, optimiser les capacités de production et de réalisation.
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