Les bureaux de vote à Alger-Centre ont fait l'objet d'une surveillance policière accrue.Jeudi à Alger-Centre, c'était jour de révolte. Les autorités avaient visiblement envisagé ce scénario. Un imposant dispositif de sécurité a été déployé, en conséquence, sur les axes principaux du c?ur battant de la capitale. À 11h, des dizaines de citoyens commencent à exprimer leur rejet du scrutin présidentiel, à Meissonnier. Les policiers les dispersent brutalement, en donnant des coups de matraque, sans distinction.
C'est la panique. Des manifestants se réfugient chez les riverains, d'autres courent aussi vite qu'ils le peuvent. Un septuagénaire, qui pensait être épargné, eu égard à son âge, montre, affligé, des hématomes sur son bras. "J'ai 76 ans, trois policiers s'en sont pris à moi. Ils m'ont donné des coups de poing au bras et des coups de pied.
Un jeune m'a poussé dans une cage d'escalier d'un immeuble pour me sauver", témoigne-t-il. Les éléments anti-émeute traquent les regroupements qu'ils considèrent suspects. Les commerces baissent le rideau. L'ambiance est tendue. À midi, des centaines d'Algérois réussissent à se rassembler rue Abdelkrim-Khettabi et débordent sur sa latérale, la rue Mustapha-Ferroukhi.
La police les empêche d'arriver jusqu'à l'esplanade de la Grande-Poste ou de remonter sur la rue Didouche-Mourad. Elle se montre, néanmoins, moins offensive. Les manifestants continuent à affluer, en empruntant souvent des passages dérobés pour échapper aux barrages filtrants, dressés sur les accès principaux de l'épicentre traditionnel du Hirak. Pour cause, les casques bleus jettent des bombes lacrymogènes chaque fois que des contingents importants se rapprochent.
De temps à autre, ils chargent la foule dans l'objectif de provoquer la bousculade et de l'éparpiller. "Ne bougez pas, ils ne peuvent rien contre nous tant que nous sommes nombreux", recommandent des hirakistes. "Ne nous faites pas peur avec la décennie noire. Nous changerons le régime pacifiquement". "Votre élection ne nous concerne pas et votre président ne nous dirigera pas".
"Pour l'Algérie, nous vivrons et nous mourrons"? répliquent les manifestants, en invectivant parfois les policiers. À 14h, ils sont des dizaines de milliers de manifestants à occuper la voie publique, mais rarement avec enfants. Les forces de sécurité battent alors en retraite, libérant les espaces jusque-là interdits. Les bureaux de vote de la circonscription électorale d'Alger-Centre sont toutefois étroitement surveillés.
Il fallait montrer patte blanche pour pouvoir y entrer, notamment après l'incident survenu au entre de l'avenue Pasteur. Une vingtaine de citoyens forcent le portail de l'arrière-façade à 15h et tente d'arriver aux bureaux de vote. La police les évacue vite, mais sans procéder à des arrestations. L'opération électorale est interrompue pendant une heure. "Nous avions peur", reconnaît le chef de ce centre de vote, où d'ailleurs aucun votant ne s'est présenté après 13h.
Les urnes sont quasiment vides. Au décompte, 316 bulletins utilisés sur 3600 inscrits. Un taux de participation légèrement supérieur à 8%, comme ailleurs dans la commune. À l'école Youghurta, dix suffrages comptabilisés. À 18h, les forces de sécurité répriment les derniers carrés des manifestants, les pourchassent dans les ruelles étroites, dont certaines ont été le théâtre de jets de pierre entre les deux parties.
Souhila Hammadi
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Souhila HAMMADI
Source : www.liberte-algerie.com