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Des images horribles



Des images horribles
Particularité n Le geste ultime de se donner la mort par le feu attire inévitablement l'attention des autorités dans la mesure où il est à la fois spectaculaire et insoutenable.
Il faut dire que l'immolation volontaire par le feu est un acte atroce et relativement nouveau dans notre pays. Jusqu'à présent, les différents modèles de suicide étaient clairement répertoriés : on se pendait à une poutre ou à un arbre, soit avec une corde, soit avec un drap ou une chemise qui servaient de corde. A défaut, on ingurgitait une quantité considérable de médicaments périmés et contre-indiqués ou d'alcool pur en grandes doses. Certains dépressifs se jetaient sous une rame de métro ou se balançaient des étages supérieurs d'un immeuble. Peu importe la façon avec laquelle on décide de quitter la vie mais un suicide pose toujours des interrogations quant à son déclencheur.
Sans faire dans la psychiatrie qui n'est pas notre spécialité ou dans la psychologie fine, mais de prime abord on a le sentiment très net que le suicidé, en faisant souffrir son corps, veut répercuter cette souffrance sur un corps qui ne lui appartient pas. La wilaya par exemple qui ne lui a pas donné de logement et qui l'a fait poireauter pendant des années, alors que sa famille vit à l'étroit dans des conditions plus que précaires pour ne pas dire dans la rue. La daïra aussi et souvent pour les mêmes motifs le siège de la commune n'en est pas exempt. Il y a un mois environ, un quotidien national à grand tirage publiait en première page la photo d'un malheureux qui s'était aspergé d'essence et qui, au moment de mettre le feu, a été sauvé in extremis par la foule aidée par la police. Et ce, en plein centre d'Alger.
Bien sûr, ce genre de geste ultime c'est-à-dire se donner la mort par le feu, attire inévitablement l'attention des autorités dans la mesure où il est à la fois spectaculaire et insoutenable. Il est clair que le geste interpelle des consciences et surtout des responsables sur leurs propres carences et souvent leur inertie. Le feu a donc valeur ici de clignotant rouge, de clignotant tragique dont la fonction est de donner l'alarme. c'est tellement vrai que le suicide de Bouazizi a ému le monde entier et en premier lieu, les Tunisiens eux-mêmes. Il a réussi à mettre le feu aux poudres non seulement en Tunisie et en Egypte mais aujourd'hui à tous les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Ne faudrait-il pas considérer l'immolation comme un geste politique pacifique, exactement comme en Inde au temps où le mahatma Gandhi prêchait la non-violence pour venir à bout des Anglais '
Ne serait-elle pas l'arme de demain, la seule qui serait à la disposition des peuples démunis qui n'ont que leur corps et leur vie à offrir face à leurs oppresseurs ' Imaginez si les manifestants de la place Tahrir au Caire s'étaient donné le mot et s'étaient immolés massivement et brûlés comme des torches' Le spectacle aurait été épouvantable, insoutenable et aurait fait vomir d'horreur la planète entière. Moubarak n'aurait pas eu besoin de dialoguer, de tergiverser et de gagner du temps et l'armée n'aurait pas eu besoin de montrer ses muscles pour faire peur aux enfants du Nil.
Le pouvoir s'en serait allé sur la pointe des pieds.
I. Z.
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