? Quel est votre sentiment après l'annonce, faite par le tribunal de commerce d'Ivry, de la décision de liquidation et d'arrêt des activités de la compagnie Aigle Azur 'Je suis très triste de voir cette compagnie créée en 1946, portée par tant d'hommes et de femmes de différentes générations et différentes nationalités, disparaître dans de telles conditions, laissant derrière elle 1150 employés, des milliers de clients et partenaires.
Personnellement, j'y étais préparé, car de par les expériences relatives aux compagnies qui ont été mises en redressement judiciaire, rares sont celles qui ont pu s'en sortir. Pour celles qui ont eu cette chance, les Etats avaient joué un rôle important dans leur reprise.
Ce n'est malheureusement pas le cas pour Aigle Azur. C'est une belle entreprise qui avait bâti son activité entre la France et l'Algérie, et dans les moments les plus durs que traversait l'économie algérienne, des hommes pétris de qualités en avaient fait un beau challenge.
Cela a malheureusement été rattrapé par la réalité économique, qui ne laisse pas de place à des compagnies de cette envergure, la chance de se maintenir, tout cela dans un contexte difficile en Algérie comme en France.
? Pourquoi, à votre avis, n'y a-t-il pas eu d'offres sérieuses pour sauver Aigle Azur '
Tout d'abord, il faut savoir que le règlement européen ne permet pas à des opérateurs non européens ou investisseurs de pays non européens d'investir à plus de 49% du capital. Cette règle limite fortement l'intérêt de compagnies africaines, d'Asie ou du Moyen-Orient à fournir des offres.
A cela s'ajoutent les délais de remise des offres fixée par le tribunal d'Ivry, qui n'a pas laissé de chance à des opérateurs, dont les process de décisions et d'études peuvent être plus longs, de participer à cette mise en concurrence.
Il faut aussi savoir qu'Aigle Azur est spécialisée dans des marchés de niches (Algérie, Mali, Portugal), qui peuvent être une force et une faiblesse à la fois et font craindre aux investisseurs une dépendance de ces marchés, compte tenu des risques inhérents à des instabilités économiques, politiques et/ou sociales?
La baisse du nombre de visas attribués par les pays de la communauté Schengen en est l'exemple même et qui illustre parfaitement mon exemple, où des compagnies opérant entre l'Algérie et plusieurs pays européens ont perdu plus de 20% de demandes en Algérie..
? Pourquoi Aigle Azur en est elle arrivée là '
Il y a tout d'abord les choix stratégiques, notamment la dispersion de notre réseau vers de nouvelles destinations européennes, là où le low et middle cost sont imbattables, nous a été fatale, le lancement du long courrier en partenariat avec deux compagnies aériennes et pas des moindres, puis leur retrait, y a aussi contribué.
Le retrait de certaines lignes algériennes et l'irrégularité du programme vers l'Algérie ne nous ont pas aidés, et enfin, comme évoqué, il y a eu plusieurs raisons liées au contexte économique, mais aussi à la réduction du nombre de visas attribué par la CE aux Algériens.
? Que vont devenir les travailleurs de la compagnie en Algérie ' Est-ce qu'un plan d'indemnisation est prévu ' Est-ce qu'Air Algérie a proposé de sauver quelques emplois '
Il y aura malheureusement 350 demandeurs d'emploi supplémentaires sur le marché du travail. Un marché du travail du secteur aérien en Algérie quasi inexistant, vu l'absence de compagnies aériennes et notamment privées, et ce, depuis l'épisode tragique de Khalifa Airways, en dehors d'Air Algérie et de Tassili Airlines ainsi que les deux compagnies de travail aérien Star Aviation et Air Express Algeria.
Les compagnies aériennes étrangères en Algérie n'ont pas fait le choix d'Aigle Azur de s'implanter dans plusieurs villes algériennes, elles activent via des GSA et des sous-traitants et donc ne disposent pas d'offre pour la reprise du personnel. Au-delà, j'attire votre attention sur le fait que même des emplois indirects sont menacés au niveau des aéroports, compte tenu de la baisse d'activité.
C'est malheureux de voir cette main-d'?uvre très qualifiée et qui ne peut bénéficier à d'autres compagnies, qui sera appelée à aller vers de nouvelles activités (hors secteur aérien). S'agissant d'un éventuel dédommagement, il y aura certainement un accompagnement, mais on en saura plus dans les jours à venir. Dès que la procédure lancée en France sera étendue à l'Algérie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nadjia Bouaricha
Source : www.elwatan.com