Le temps au ralenti pendant un traumatisme
Peu de temps après l?explosion de la bombe, quand j?ai compris ce qu?il se passait, que mes amis étaient à l?intérieur du bâtiment, j?ai eu l?impression de vivre les secondes qui ont suivi au ralenti. » A l?image de ce témoin, lors d?attentats, comme ceux qu?a connus Alger le 11 décembre, ou lors de n?importe quel événement traumatisant, les gens racontent souvent que les choses semblent se dérouler plus lentement. Suite à ce constat, David Eagleman, professeur de neurosciences et de psychologie à la faculté de médecine Baylor College à Houston (au Texas), a mené une étude. Les résultats, dévoilés mercredi dernier et publiés dans la Public Library of Science One, montrent que cette impression ne serait en fait qu?une illusion. « La question était de savoir si cette expérience du temps ralenti se produit vraiment intérieurement ou si cela arrive seulement rétrospectivement », a expliqué le professeur, car « la réponse est cruciale pour comprendre comment le temps est représenté dans le cerveau ». Pour élucider ce mystère, des chercheurs du laboratoire ont décidé de faire sauter des volontaires d?une hauteur de 45 mètres au-dessus d?un filet de sécurité, atteignant dans leur chute de 3 secondes une vitesse de 112 km/h. L?expérience a été conduite en deux phases. D?abord, les volontaires ont dû mesurer avec un chronomètre la durée de la chute des autres. Il leur a aussi été demandé combien de temps ils avaient mis pour tomber eux-mêmes dans le filet. Tous les participants ont dit que leur chute avait duré 36% plus longtemps en moyenne, selon l?étude parue dans la Public Library of Science One. Ensuite, les chercheurs ont donné aux volontaires une montre spéciale avec les chiffres éclairés défilant à une vitesse normale et aussi plus rapidement. De sorte que si leur perception du temps s?était vraiment ralentie durant leur chute ils auraient pu aussi déchiffrer les décimales défilant plus rapidement, ce qui n?a pas été le cas. « Nous avons découvert que nous ne sommes pas comme Neo, le héros du film Matrix, évitant les balles en se mettant en situation de temps ralenti. Le paradoxe est que les participants ont l?impression que leur chute dure plus longtemps que la réalité », note David Eagleman. Comment expliquer cette déformation de l?espace temps ? Selon David Eagleman, cela peut s?expliquer par le fait que durant des événements traumatisants, une partie du cerveau appelée amygdale devient plus active, mobilisant davantage de capacité de mémoire. « Des événements terrifiants sont liés à des souvenirs plus riches et plus denses, et plus on a de mémoire d?un événement et plus longtemps on croit qu?il a duré », explique le chercheur.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mélanie Matarese
Source : www.elwatan.com