La plupart des bureaux de vote dans la capitale ont été désertés en ce jeudi 12 décembre 2019, jour de l'élection présidentielle algérienne. Les rares allers-retours des votants dans ces centres et les urnes presque vides, voire carrément vides dans certains bureaux, en témoignent.Rym Nasri - Alger (Le Soir) - Contestée par les manifestants depuis l'annonce de son organisation, l'élection présidentielle s'est tenue en Algérie, ce jeudi 12 décembre 2019. L'appel au boycott, sous le slogan «La lil'vot» (Non au vote) ou encore «Ulach el vote ulach) (Pas de vote), a été suivi dans les grandes villes comme à Alger, où les policiers anti-émeutes ont été déployés tôt le matin pour contenir les manifestants dont la mobilisation s'est intensifiée à l'approche du rendez-vous électoral. Ce jeudi, la circulation automobile dans la capitale était très fluide, la majorité des routes presque vides. La présence de nombreux fourgons blindés de la brigade anti-émeutes, de camions brise-barricades et d'autres à canons à eau dans les rues et boulevards d'Alger augurait d'importantes manifestations contre ce scrutin. Les rues Hassiba-Ben-Bouali et Aïssat-Idir et le boulevard Colonel-Amirouche étaient entièrement barricadés. Quant aux écoles primaires abritant le vote, la plupart d'entre elles étaient presque vides. Pour certaines, leurs portails étaient à peine entrouverts. Seule la présence des policiers à l'entrée des établissements confirmait l'implantation de bureaux de vote. A Aïn Benian, les centres de vote ont été désertés par les votants. A l'exemple de l'école primaire Mustapha-Ben-Boulaïd à El-Djamila et celle de Tarik-Ibn-Ziad à l'Ilôt où régnait un silence pesant. Devant leurs portails, les policiers mobilisés pour cette élection scrutaient des yeux les passants. Même atmosphère à El-Biar. Tous les centres de vote étaient loin d'être animés. Le silence dominait les lieux et les allers-retours étaient très rares. A l'entrée de l'école El-Mamoune, une affiche indiquait le nombre d'inscrits et leur répartition à travers les sept bureaux de vote du centre. Dans ces bureaux destinés uniquement aux hommes, le personnel en charge du déroulement des opérations de vote chômait. Le contenu des urnes qu'ils surveillaient en témoignait. Ici, quelques enveloppes gisaient au fond des caisses transparentes. Selon l'un des surveillants, la plupart des votants avaient la cinquantaine et plus. «Jusqu'à midi, il n'y a pas eu de jeunes», assure-t-il.
Tenant un sac plein de baguettes de pain à la main, un septuagénaire a quitté timidement le centre El-Mamoune. «J'aime l'Algérie et je suis venu voter pour mon pays car ça ne sert à rien de ne pas voter. Au contraire, ça ne peut que renforcer les ennemis de l'Algérie et il en existe beaucoup», argue-t-il. Un peu plus loin, l'école primaire Maymouna, rue des frères Bouzid-Ouamar-et-Arezki, était également vide. Réservé uniquement aux femmes, ce centre de vote comptait 1 677 inscrites réparties sur sept bureaux. Là encore, les présidents de bureaux et leurs assesseurs se roulaient les pouces. «C'est un centre de vote pour femmes et les femmes ne votent pas tôt. Ce n'est que dans l'après-midi qu'elles commencent à venir», tente de justifier le responsable de ce centre. Il est midi trente, une jeune femme entra précipitamment dans la cour de cette école. Elle se présenta comme étant l'un des membres du staff de campagne électorale de Abdelmadjid Tebboune. «Je viens voter mais en tant que citoyenne», dit-elle à l'agent qui se tient devant la porte. «Moi, c'est Tebboune», ajoute-t-elle. Une fois à l'intérieur du bureau de vote, cette quadragénaire mettra fin au chômage du personnel présent sur les lieux. Tout le monde s'activa pour lui permettre de voter. Il est 13h. La célèbre école primaire Cheikh-Bachir-El-Ibrahimi, à El-Biar, où le Président déchu Abdelaziz Bouteflika avait pris l'habitude de voter, était elle aussi déserte. Seuls quelques journalistes, photographes et cameramen patientaient sous l'arcade de l'immense cour de l'établissement. Ils attendaient, certainement, l'arrivée de la famille Bouteflika. Pour le personnel mobilisé pour cette élection, c'est l'heure du déjeuner.
Dans les différents bureaux, les présidents et les assesseurs ont abandonné les registres de vote et les urnes où étaient visibles quelques tristes enveloppes. Munis d'une boîte en carton blanche contenant leur déjeuner et deux petites baguettes de pain, ils se sont isolés au fond des classes. Contrairement aux autres centres de vote visités, celui de l'école primaire Ben-Azouz-Abdelmadjid du quartier Djenane-Ben-Omar, à Kouba, sur les hauteurs d'Alger, ne comptait aucune affiche à son entrée. Ici, les rares votants ont dû se débrouiller pour trouver leurs bureaux de vote respectifs. Interrogé sur l'absence de cette affiche, le responsable de ce centre a refusé de répondre avant d'avoir le feu vert. Au téléphone, il informa son interlocuteur de la présence de la presse. Après quelques moments d'attente, il revint pour répondre : «J'ai reçu l'instruction de ne pas répondre à vos questions.»
Ry. N.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Rym Nasri
Source : www.lesoirdalgerie.com