Alger - Revue de Presse

Des bassins laitiers



Est-ce possible sous nos climats ? (2e partie et fin)  2.2. L?or vert Les céréales et les cultures fourragères sont les fondements mêmes d?une agriculture d?autosuffisance alimentaire. Des blés pour un pain abordable, sain et durable. Des fourrages permettant d?alimenter notre cheptel, pourvoyeur de protéines animales. C?est aussi simple que cela. Loin des chiffres hasardeux, mais toujours près de la vérité et des réalités. Une botte de foin de 20 kg qui coûte 500 DA (moins de 300 DA chez nos voisins), c?est juste le coefficient d?encombrement d?une vache pour 24 h, soit l?équivalent de 15 l de lait, à 32 DA/litre ; soit la moyenne de production d?une vache/jour, actuellement. Décapant. A-t-on mesuré le poids de ces importations bovines en termes de nouveaux besoins fourragers, à pourvoir impérieusement ? De grâce, n?importons pas des vaches, massivement, qui ont l?habitude d?ingurgiter jusqu?à 25-30 kg de vert/jour et pas n?importe lequel, en toutes saisons, sans compter d?autres compléments en secs, vitamines et oligoéléments liés. Où vont-elles les trouver chez nous ? Même individuellement et encore moins en petits modules. « Au paradis » certainement pour elles et en affaires terrestres pour les habitués bovidiens. Les mêmes. En alibis, pour un problème ayant pourtant, d?autres dimensions. Ils se préparent déjà à la curée avec tous les arguments convaincants en la matière. En hâbleurs et « je-m?en-foutiste ». Pour les humains que nous sommes, notre coefficient d?encombrement est assuré par le Canada et l?Union européenne. Prévoyant déjà, une mauvaise année céréalière dans nos contrées et un prix du baril de pétrole, en « fermentation haussée », ils ont déjà « silolisé » nos boulangeries. Comme d?habitude. (3)  2.3. Le consistant Dans cette « table alimentaire », il y a bien évidemment le mouton. Il paraît que notre méchoui est le meilleur du monde. Selon des invités de marque, il enivre de par sa succulence. Malheureusement, ils n?ont pas goûté celui d?avant. Il est plus que parfait. Dans les années 1930, il fut labellisé le meilleur d?Afrique du Nord (4). Aujourd?hui, il ressemble à l?aliment qu?il mange. « Montrez-moi votre orge, je vous dirais de quelle viande est votre agneau », disait un grand mouyal (pasteur nomade qui sent de loin celle de la volaille). Pour un cheptel dont le nombre varie constamment, on est encore loin du compte. Les antenais n?apparaissent qu?au mois de l?Aïd et encore dans quels états physionomiques et physiologiques. Et à quel prix ! La steppe a d?autres paysages. Cela va des étendues désertiques à perte de vue à des îlots d?arboriculture rongée et rabougrie par la salinisation, des sols hypercalciques et des parasites animaux et végétaux, à des nappes végétatives ligneuses halophiles et autres non pâturées par les ovins, sur des sols légers, anciennement cultivés en céréaliculture pastorale. Le changement climatique est en train de dessiner d?autres réalités pour notre vivier agro-sylvico-pastoral. Les ressources naturelles demandent à être mieux observées, modélisées et enfin valorisées différemment, qu?actuellement. Notre steppe est la plus grande d?Afrique du Nord. Aujourd?hui, elle est défigurée. Son système agro-sylvico-pastoral ne peut plus supporter les grands troupeaux d?antan. En 1950, le pays steppique abritait à lui seul plus de 12 millions de têtes d?ovins, pour une population estimée à moins de 4 millions d?habitants, soit 3 moutons/personne. Sur une sole fourragère suffisante, en rotation harmonieuse, entre la steppe et le telI. (5)  III) Des réalités et de l?espoir Il n?existe pas d?espoirs, sans des réalités. Même ardues. A ce sujet, la question fondamentale qu?on doit se poser, c?est de quelle manière les réalités actuelles, vont-elles s?emboîter dans ces espoirs. Le bon sens, quant à lui, il veut qu?on dise la vérité par les chiffres et la réalité, d?écouter et voir la réalité, de se méfier souvent des chiffres. Comment se fait-il, qu?après d?immenses efforts physiques et financiers, l?on se retrouve dans des situations des années 1990 ? Dans des domaines où l?on croyait dur comme fer qu?ils ont été maîtrisés à la base et, un peu mieux, en système de commercialisation en matière de « traçabilité socioéconomique », au sommet. De la simple semence de la patate, au petit « pot » de lait précaire, à une agro-industrie indigente, offerte corps et poings liés, aux caprices du marché mondial des matières premières ( ?). En urgence et en plus de contraintes de prix. Du gâchis, à cause d?une « libéralisation marchande » permise, à outrance, sur des produits stratégiques et vitaux. Les stratégies boursières mondiales, arasent par le haut, l?envolée des prix des hydrocarbures. Comme on déplume un volatile. Progressivement. En 2012, la population nationale culminera les 36 millions d?habitants, selon les prévisions. Sur près de 100 milliards de dollars dit-on, prévus pour le plan 2007/2012, une bonne partie est réservée à l?agriculture en général 6). Des assises nationales intersectorielles liées (hydraulique notamment) et citoyenne plurielle surtout sont indispensables pour mieux utiliser le pactole. Par le génie rural, aussi bien dans le sens fonctionnel, que dans l?état d?esprit actuel des cadres sincères, libérés des protocoles d?immédiateté et de convenances, qui ne mènent à rien de bon. On doit parvenir à configurer de véritables assises hydro-agricoles (comme l?exemple en cours d?études, dans la wilaya de Sétif) et agro-sylvico-pastorales interpénétrantes (littoral telI, hauts- plateaux, steppes et vice-versa). L?embellie financière après 2012 risque de s?amenuiser. Un génie rural constamment imaginatif, jamais autosatisfait, est une richesse inépuisable, à cultiver constamment. L?avenir agricole du pays est du niveau de ce génie. Au pluriel. En conclusion, l?agriculture algérienne se recherche encore comme pour l?industrie et bien d?autres secteurs liés à la bonne gouvernance. Le départ a été faussé dès le début, en 1962 et bien après, jusqu?à aujourd?hui. A chaque fois, le départ est génial, mais l?arrivée pleine de surprises débilitantes en plusieurs aspects. Le monde agricole exige d?autres sauts quantitatifs et qualitatifs pour une agriculture en moins d?apparats, mais en plus de consistance et de prolongements efficients. Intensivement, pour au moins 3 ou 4 produits nobles (pain, lait et dérivés, viandes et sous produits, « légumes populaires »). 2012, c?est déjà demain. 2025, c?est après-demain, tout simplement. L?Algérie des 45 millions d?habitants est à prévoir dès aujourd?hui. Par un réaménagement du territoire judicieux et équitable, certes, mais surtout des mentalités des générations émergentes. En vérité, c?est tout un projet de société post-rentière. Ce n?est que par cette vision que nos hydrocarbures nous serviraient dans le bon sens et ils ne constitueront pas une lame à double tranchant, car les futures convoitises internationales sont tellement obscures.  Notes de renvoi :  3) Un conseil interministériel spécial s?est tenu dans ce sens le 3 mars 2007. Une urgence. Un autre, deux jours après, sur la construction des marchés et fruits et légumes qui vont, dit-on, absorber les surproductions légumières et fruitières. Une autre urgence. Pour des processus de productions, engagés depuis 5 ans, dont on n?a pas eu, la sagacité, qu?ils allaient visiblement, droit au mur.  4) Lors du centenaire de la colonisation (1830), un million d?antenais algériens (âlouche) furent embarqués à destination de Paris. Depuis, la route moutonnière porte leur nom. Une scène grandiose d?EI Harrach au port d?Alger. Il faut l?imaginer.  5) Lors de ma première et dernière rencontre en 1969, avec l?érudit défunt Mostefa Lacheraf, à l?occasion d?un dîner privé offert par l?ex-directeur de la Société agricole de prévoyance (SAP) de Sidi Aïssa, un grand mouyal de la région, parmi d?autres invités connus de la ville, a soulevé les restrictions de transhumance au TelI. Alors, le défunt, tête légèrement baissée, des yeux perçants, intervient avec une voie coulante : « Il ne faut surtout pas que ce mode de production agro-pastoral disparaisse ; il est unique par sa spécificité, il participe au patrimoine millénaire de la steppe et du telI. C?est une donnée naturelle et sociologique du pays. » Une vision tentaculaire. Pilier du Hodna et de l?Algérie, vous avez raison. Repose enfin dans la paix éternelle. Celle des justes. Joyeux anniversaire pour vos 90 ans en ce mois de mars parmi nous.  6) Un représentant de la profession agricole a déclaré, à la fin de janvier 2007, que le budget alloué à l?agriculture est insuffisant (il commentait la loi des finances de l?année) et l?extrapole pour le reste de la relance quinquennale. Il ajoute que l?autoroute n?est pas une priorité en soi et que les gens ont besoin de manger ( ?). Sans préciser comment. Chassez le naturel, il revient au galop. Celui du soutien à l?envers. A côté de la plaque, comme d?habitude, rentière. L?auteur est ingénieur agronome à la retraite
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