
«Le sourire devient un réel passeport social pour le citoyen du monde et l'Algérien ne déroge pas à cette règle». Pour cette raison, de nombreux parents n'hésitent pas à s'endetter pour que leurs enfants soient pris en charge par un spécialiste privé à défaut d'un suivi dans le secteur public, dont les structures insuffisantes pénalisent injustement les démunis.Et ils sont très nombreux !Un beau sourire aux dents éclatantes et bien alignées n'est plus le seul apanage des gravures de mode et autres artistes de cinéma ou de showbiz. Par coquetterie ou par simple souci d'esthétique, de nombreux parents ne reculent désormais devant aucun sacrifice pour corriger les imperfections dentaires de leurs enfants, source de complexe et de mal-être pour certains à l'âge adulte. Mais cela a un prix. Pour avoir une «belle vitrine», il faut non seulement débourser une somme rondelette à 6 chiffres et faire preuve de patience et de motivation. Le chemin vers une dentition parfaite requiert le port d'un appareil dentaire et de nombreuses séances chez le dentiste, car le traitement est chronophage, nécessitant une période de 25 mois en moyenne.A la faveur de l'évolution des exigences esthétiques de la société algérienne, à l'instar des sociétés européennes, l'orthodontie, spécialité permettant de corriger les malpositions dentaires et les malformations des mâchoires en vue de rendre la denture fonctionnelle, est en plein essor actuellement dans notre pays. Cette spécialité suscite de plus en plus l'engouement de la population citadine ou rurale. «Il existe aujourd'hui une réelle prise de conscience des Algériens. Plus soucieux de leur apparence et leur santé bucco-dentaire, les citoyens désirent de plus en plus apporter des solutions pour embellir leur sourire», relève le Dr Réda Alim, maître assistant spécialiste en orthopédie dento faciale au CHU de Béni Messous (Alger).Le boum de l'audiovisuel, dont les innombrables chaînes nous renvoient des images d'artistes ou autres célébrités au sourire sublime, l'Internet ainsi que la disponibilité du matériel orthodontique ont grandement boosté l'intérêt grandissant de la population pour leur dentition. Partant, les spécialistes en orthodontie enregistrent une demande exponentielle depuis ces dix dernières années. Enfants et adultes se soumettent désormais avec ravissement aux exigences dictées par un traitement orthodontique de pointe afin d'obtenir un alignement dentaire parfait.Un passeport socialD'après les chiffres de la dernière enquête de l'Institut national de santé publique (INSP), concernant la santé bucco-dentaire des enfants en Algérie, datée du mois de février 2014, il a été établi que 65% des enfants âgés de 6 à 15 ans présentent une anomalie orthodontique, autrement dit des malpositions ou des malformations dentaires, et ce, à des degrés variables de sévérité. Selon le Dr Alim, également trésorier adjoint de la Société algérienne d'orthodontie (SAO), «ces résultats convergent avec ceux de l'étude réalisée dans la wilaya de Blida dans le cadre d'un travail de thèse qui révèle que 62,5% des enfants examinés présentent un besoin de prise en charge orthodontique».Sur ces 62,5% recensés, 37,5% avaient un besoin avéré ou impératif de prise en charge, 20% avaient un besoin modéré et 42,5% avaient un besoin minime. Un pourcentage considérable qui explique, selon ce spécialiste, la «surcharge et la forte demande enregistrée au niveau des centre des soins spécialisés publics». Le constat est, à ce titre, affligeant : il n'existe sur tout le territoire national que 10 centres spécialisés, de faible capacité, dont deux uniquement à Alger, accueillant des jeunes patients de différentes villes du pays. Eu égard à leur sollicitation importante, ces centres ne répondent plus aux besoins et attentes d'une population de plus en plus obsédée par l'esthétique et un équilibre dentaire harmonieux. «Le sourire devient un réel passeport social pour le citoyen du monde et l'Algérien ne déroge pas à cette règle», soutient à cet effet le Dr Réda Alim. Pour cette raison, de nombreux parents n'hésitent pas à s'endetter pour que leurs enfants soient pris en charge par un spécialiste privé à défaut d'un suivi dans le secteur public, dont les structures insuffisantes pénalisent injustement les démunis. Et ils sont très nombreux !De vrais petits bijouxLe prix des appareils dentaires est libre. Il est fixé par l'orthodontiste et varie considérablement en fonction de la durée du traitement, de la complexité de la correction et du type d'appareil dentaire choisi. Amovible ou fixe, chaque appareil dentaire a un prix et une fonction bien précise. Les appareils amovibles (appelés aussi faux palais) sont moins onéreux que les bagues dentaires (connus également sous le nom de brackets) et sont généralement utilisés chez les jeunes enfants tant qu'ils ne possèdent pas encore toutes leurs dents définitives.Leur prix oscille généralement entre 10 000 à 20 000 DA environ. Cela dit, la tarification étant libre, il se peut que certains orthodontistes exigent davantage.Quant aux appareils dentaires fixes (bagues dentaires), ils sont destinés aux adolescents et aux adultes pour corriger des défauts dentaires ou maxillaires. «L'orthopédie dento-faciale a beaucoup évolué dans notre pays, au grand bonheur des parents qui ont des enfants qui présentent des anomalies dentaires, mais cela coûte trop cher. Il y a environ deux ans, mon fils a dû porter un appareil amovible pendant quelques mois parce qu'il avait les dents en avant. A présent, il doit en porter un autre, des bagues cette fois, qu'il devra garder au moins deux ans.Cela va nous coûter 120 000 DA pour que ses dents soient alignées. De vrais petits bijoux, quoi ! C'est vraiment très cher, nous allons devoir nous serrer la ceinture et réduire certaines de nos dépenses pour y arriver, surtout au départ puisqu'il faut payer une première tranche de 40 000 DA à la pose des bagues, le reste sera réglé mensuellement lors des contrôles qu'il aura à effectuer», nous a confié, dépitée, une mère de famille, employée dans un laboratoire d'analyses.En somme, l'addition est salée pour ces petites bagues? en or.Une spécialité de luxe 'L'orthodontie coût cher. Elle fait appel à des techniques complexes, des matériaux coûteux et un savoir-faire spécifique. Renseignement pris auprès d'orthodontistes, l'on apprendra que le prix global d'une prise en charge varie selon la complexité du cas entre 100 000 DA et? 180 000DA. Le paiement se fait généralement suivant un échelonnement mensuel. Au demeurant, pour gagner un sourire harmonieux, il faut y laisser des plumes ! Ces prix sont-ils réellement justifiés ' Sur quels critères sont-ils fixés ' Pour quelle raison les orthodontistes pratiquent-ils des honoraires aussi exorbitants ' Pour se justifier, voire se disculper aux yeux des patients qui voient parfois en eux des praticiens mercantiles, certains orthodontistes évoquent le prix de revient du consommable orthodontique, très élevé, selon eux, sachant qu'il est importé de l'étranger.Au niveau d'un comptoir dentaire de Constantine (spécialisé dans la vente de matériel dentaire), fournissant bon nombre de dentistes de la région, l'on apprendra qu'une «bouche», à savoir les bagues du maxillaire supérieur et inférieur, est vendue aux praticiens privés entre 1800 DA et 3100 DA. La différence de prix réside dans la provenance des bagues : produit chinois pour les premières, allemand pour les secondes. Au demeurant, le prix d'achat initial ne représente en aucune manière une ruine pour les spécialistes.Pour ces derniers, ces prix mirobolants sont justifiés par la durée du traitement (25 mois en moyenne), l'expérience de l'orthodontiste, son statut professionnel, sa notoriété, la qualité du matériel utilisé et même de la? localisation géographique de son cabinet et son standing. Partant, bien qu'elle soit avant tout médicale, l'orthodontie est perçue par la population comme une spécialité de luxe.De l'avis du Dr Réda Alim, «la mission de l'orthodontiste ne se limite pas uniquement au simple alignement dentaire, il prend également en charge les troubles fonctionnels de la sphère oro-faciale (relatif à la bouche et au visage, ndlr) à l'origine de déformations des mâchoires et des dents. Notre action en tant qu'orthodontistes se veut préventive et interceptive, dès le plus jeune âge et nous nous inscrivons au même titre que tous les professionnels de la santé dans une optique de prise en charge médicale». Or, pour bon nombre de parents, recourir au privé n'est pas toujours un choix préalable, c'est plutôt une obligation dictée par l'insuffisance des structures publiques spécialisées dans ce domaine. Ecoliers, collégiens, adultes, sollicitent les services des praticiens privés, par défaut, en l'absence de structures publiques, numériquement et matériellement capables de prendre en charge une population actuellement plus soucieuse de sa dentition.Contrefaçon, récupération et businessEn se faisant suivre par un orthodontiste privé, les patients savent, par ailleurs, pertinemment qu'ils doivent supporter seuls la lourde facture imposée par le traitement et qu'ils ne peuvent espérer un éventuel remboursement de la part de la caisse de sécurité sociale, dont la nomenclature moyenâgeuse est à revoir complètement. «Je suis sans emploi et j'ai deux enfants qui ont tous les deux besoins de porter un appareil dentaire. Seul mon mari travaille. Il gagne à peine de quoi nourrir la famille. Débourser près de 300 000 DA pour des brackets est vraiment impensable pour nous. Par le biais d'une bonne amie, nous essayons de trouver le moyen de les faire suivre dans le secteur public. Ce n'est pas facile, car c'est saturé et la liste est longue. Nous n'avons pas le choix, les soins chez le privé sont exagérément onéreux», déplore une femme au foyer, rencontrée au niveau d'une structure sanitaire de la ville du Vieux Rocher.Les pouvoirs publics semblent, à ce titre, bien loin de la réalité de ces Algériens, déterminés à en découdre avec les problèmes bucco-dentaires de leurs enfants. Les pouvoirs publics ignorent-ils les dangers encourus par la population s'agissant de l'utilisation de certains produits de contrefaçon en orthodontie ' En dehors de l'existence aujourd'hui d'entreprises spécialisées dans l'importation de matériel orthodontique conforme aux normes internationales et agréés par le ministère de la Santé, des produits de contrefaçon, nuisibles à la santé des citoyens, existent encore sur le marché. Il s'agit de produits résineux et métalliques, peu coûteux, importés illégalement.Les patients courent donc des risques importants en se faisant suivre par des spécialistes peu regardants quant à la qualité du matériel utilisé.Les services compétents n'opèrent-ils donc pas suffisamment d'opérations de contrôle sur les produits importés ' Cela étant, l'on saura également que certains praticiens font de la «récupération» d'appareils dentaires par des techniques rudimentaires qui ne répondent à aucune norme d'asepsie. «Ces praticiens ne sont pas considérés comme des médecins de la bouche, ce sont des praticiens qui voient en l'orthodontie un réel business. Une fois le traitement orthodontique terminé, l'appareil doit être normalement jeté», condamne un orthodontiste interrogé à ce sujet.En clair, même si l'orthodontie en Algérie a beaucoup évolué en matière de traitement et de techniques, elle a encore néanmoins besoin, sur le plan éthique et moral, de garde-fous de la part des autorités centrales pour empêcher des personnes peu scrupuleuses de se faire les dents sur de jeunes patients, dont le seul v?u est de croquer la vie à? pleines dents !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Lydia Rahmani
Source : www.elwatan.com