La lettre de Zabana
«Aimez l’Algérie. Accomplissez votre devoir pour elle.»
Les anciens condamnés à mort appellent au devoir de mémoire. En commémorant la journée du 19 juin, jeudi dernier à Alger, le président de l’Association nationale des anciens condamnés à mort, Mustapha Boudina, a mis en exergue l’appel des anciens condamnés à mort à la guillotine. Un appel lancé en direct du couloir de la mort, portant sur l’amour du pays...Les jeunes Algériens ayant forgé leur courage dans l’école du militantisme, et qui ont donné leur vie pour que cette patrie vive libre, n’ont malheureusement pas fait recette.De nos jours, une nouvelle génération nommée communément harraga se condamnent à mort, se suicident pour fuir ce pays en affrontant la Méditerranée sur des embarcations de fortune souvent au péril de leur vie. «C’est un désastre! Aujourd’hui, nous voyons des jeunes de 20 ans qui se jettent à la mer pour fuir ce pays, alors que moi, lorsque j’avais le même âge, les Français m’ont condamné à mort pour avoir défendu mon pays», a martelé l’orateur.S’exprimant depuis la salle de cinéma Algéria, il a relaté, l’histoire d’un jeune malheureux Algérien qui voulait atteindre clandestinement l’autre rive de la Méditerranée. «Je l’ai rencontré dans le quartier mythique de Bab El Oued (Alger). Il m’a fait un aveu: il était orphelin de père et sa mère est femme de ménage. Pour couvrir le minimum des besoins de sa famille, il vendait des pétards pour la fête du Mawlid Ennaboui. Mais la police lui a saisie sa marchandise.»19 juin, Journée nationale des condamnés à mort«Le 19 juin doit être une Journée nationale des condamnés à mort reconnue par décret». Cet appel a été lancé jeudi dernier à l’adresse du gouvernement et ses institutions par le président de l’Association nationale des anciens condamnés à mort, Mustapha Boudina, à l’occasion de la Journée du 19 juin 1956. Ce jour-là, Ahmed Zabana et Abdelkader Ferradj ont été les premiers à être guillotinés à la prison de Serkadji (Alger). Ce fut un des innombrables crimes de guerre, commis par la France en Algérie. Présent à la cérémonie, le ministre de la Solidarité nationale Djamel Ould Abbès, a fait savoir que son département et celui de l’Education nationale ainsi que le ministère des Moudjahidine sont en concertation afin de distribuer dans tous les lycées, la dernière lettre envoyée par le martyr Ahmed Zabana à sa mère. Dans cette lettre, le martyr soulignait: «Aimez l’Algérie. Accomplissez votre devoir pour l’Algérie.»Il poursuivra, «il avait les larmes aux yeux, en me disant (kifache manehragche), Comment ne pas fuir ce pays?!» Sur ce registre, le conférencier demande à ouvrir le débat avec cette frange de jeunes. La génération du 1er Novembre 1954 n’est pas éternelle. «Pour cette raison, nous devons transmettre le flambeau du patriotisme à la génération future». Mais comment atteindre cet objectif? s’est-il interrogé. En d’autres termes, comment sensibiliser cette jeune et nouvelle génération, noyée dans les problèmes sociaux?«Depuis notre congrès en 2004, nous avons décidé de sortir de l’anonymat les anciens condamnés à mort qui ont échappé à la guillotine», rappelle M.Boudina. A ce sujet, un membre de l’association a fait savoir qu’un annuaire regroupant les noms de tous les anciens condamnés à mort, qu’ils soient exécutés ou rescapés, de 1840 à 1962, était en projet.«Malheureusement ceux qui nous ont promis de nous aider n’ont pas honoré leur engagement et se sont retirés sans raison valable», regrette-t-il. Selon l’intervenant: «Jusqu’après l’indépendance, le nombre des condamnés à mort dépassait les 1800. En 2006, ils étaient environ 1000. Durant l’année en cours, leur nombre tourne autour de 700.»Quant au nombre des exécutés à la guillotine, «ils sont environ 210 martyrs dont 68 à Alger, 58 à Constantine, 51 à Oran et 22 en France», relève l’orateur. Au chapitre de la repentance, M.Boudina a signalé que ce terme vient du dictionnaire et discours politiques des Français.«Après nous avoir méprisés, torturés et massacrés, ils parlent aujourd’hui de repentance. Nous ne leur pardonnerons jamais!» affirme-t-il. «La France nous a colonisés par la force et nous l’avons chassée par la force», ajoute-t-il.Officiellement, l’Algérie a exigé de la France qu’elle demande pardon pour les crimes de guerre durant la colonisation. Demande exprimée par le Président de la République Abdelaziz Bouteflika après le vote par le Parlement français, en février 2005, d’une loi glorifiant «les bienfaits de la présence coloniale».La polémique qui s’est engagée depuis a pulvérisé le projet, évoqué par les chefs d’Etat des deux pays, d’établir un traité d’amitié entre l’Algérie et la France.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Lynda BEDAR
Source : www.lexpressiondz.com