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«Des acteurs locaux n'ont pas intérêt à ce que l'accord de paix soit appliqué»



«Des acteurs locaux n'ont pas intérêt à ce que l'accord de paix soit appliqué»
Ancien responsable du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) et du Haut-Conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA), Hama Ag Sid Ahmed explique les dessous des affrontements violents ayant opposé, jeudi et vendredi derniers à Kidal, la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) à des éléments de la Plateforme et qui se sont soldés par des dizaines de morts.De violents affrontements ont opposé, jeudi dernier à Kidal, des membres de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) aux éléments de la Plateforme. Cet événement survient quelques jours à peine après la signature d'un accord entre la CMA et la Plateforme destiné justement à éviter ce genre de conflit. A quoi sont dus ces affrontements 'L'agression est venue des éléments de la Plateforme autrement dit du Gatia. Dans l'après-midi du 21 juillet, des éléments de cette organisation venus à bord de 33 voitures équipées ont fait irruption dans la ville de Kidal et ouvert le feu sur tout ce qui bougeait. Les éléments de la CMA ont riposté immédiatement.Ce premier groupe a été défait vers 19h GMT. Certains de ses responsables militaires se sont réfugiés dans le siège des forces des Nations unies. Il y avait une autre poche importante de la Plateforme qui se trouvait aussi non loin de la ville de Kidal. Celle-ci aussi a été vaincue dans la matinée du 22 juillet par la CMA. Actuellement, aucun combattant de la Plateforme ne se trouve dans la ville de Kidal. Ils ont été chassés. Certains d'entre eux ont pris la direction de Gao. Cette attaque survient après que les membres de la CMA aient pourtant fait de grandes concessions, le 17 juillet, à la Plateforme pour la gestion de Kidal. Hélas, ses responsables ont érigé le mensonge au rang de principe.A quoi renvoient ces affrontements ' S'agit-il d'une guerre de leadership à Kidal 'Ce qu'il faut savoir c'est que la Plateforme est sous la responsabilité d'un général de l'armée malienne (El Hadj Ag Gamou, ndlr) et de barons de la drogue d'origine arabe bien connus dans la région de Gao. Ces derniers sont d'ailleurs les principaux bailleurs de fonds de cette organisation. Ils payent même les salaires de ses éléments. C'est connu, la Plateforme est une organisation paramilitaire de barons de la drogue. Ils n'ont pas d'objectif politique et ne veulent pas qu'il y ait une application de l'accord de paix. Cela à l'encontre de leurs intérêts. Les responsables de ce groupe armé qui sous-traitent pour Bamako veulent contrôler un maximum de localités et de territoires pour faire prospérer leurs activités criminelles. Leurs agissements mettent en péril l'esprit de l'Accord de paix d'Alger. Tous les actes de la Plateforme ont pour but de renvoyer aux calendes grecques l'application de l'accord de paix.Vous voulez dire que l'instabilité est provoquée sciemment à Kidal...C'est le cas effectivement. La région de Kidal est un enjeu majeur pour la Plateforme et pour Bamako, car c'est à partir de cette région que partent toutes les rébellions touareg. La Plateforme, comme d'autres acteurs présents à Bamako, veut créer une situation d'insécurité dans la région pour remettre en cause la structure sociale touareg de Kidal. Ils veulent provoquer un bouleversement social. Nous savons ce que ce genre d'entreprise funeste a provoqué par le passé. La Plateforme rejoint les groupes terroristes en ce sens qu'elle cherche la remise en cause de l'accord de paix signé le 20 juin 2015. C'est jouer avec le feu. C'est dangereux pour toute la sous-région. Ils cherchent aussi à imposer leurs éléments à Kidal. La Plateforme et Bamako n'ont pas à le faire... Tout doit passer par des élections à l'issue de la période impartie aux autorités intérimaires. Il faut rester dans l'esprit de l'accord de paix. Visiblement, il y a des acteurs qui ne sont pas prêts à le faire.Justement, quelle évaluation faites-vous de l'application de l'Accord de paix d'Alger 'Je tiens d'abord à préciser que ces affrontements ne remettent pas en cause l'accord de paix signé le 20 juin 2015. Du moins pas en ce qui nous concerne. Cela dit, la population se plaint du retard mis dans son application. C'est un fait. Pour le moment, seules les autorités transitoires ont été mises en place. Les points les plus importants de l'accord ne sont pas appliqués. C'est pour cela que je dis qu'il y a des acteurs qui jouent à un jeu trouble. Cela se voit à l'?il nu. Celui-ci consiste à retarder l'application de l'accord ou à le remettre en cause.Cet accord est un outil politique important pour les Touareg. Il faut arriver à le faire appliquer dans son intégralité. Au départ, il est vrai que les mouvements touareg n'en voulaient pas car il ne répondait pas totalement à leurs revendications. Ils ont néanmoins fini par le signer car les populations de cette région sont épuisées. A titre d'exemple, les enfants ne vont plus à l'école depuis près de quatre ans. Il y a une réelle volonté d'amorcer un nouveau départ. Il faut veiller à ce que l'on ne nous mette pas des bâtons dans les roues.
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