Alger - A la une

Des acteurs de la société civile tirent la sonnette d'alarme



Des citoyens interdits de manifester, des procès pour des publications sur les réseaux sociaux, des personnes poursuivies pour leur pratique religieuse lorsqu'ils ne sont pas mis à pied, des licenciements abusifs et des contrôles judiciaires qui s'éternisent, comme pour le cas de l'ancien syndicaliste, Ahmed Badaoui : au lendemain de la publication par Amnesty International de son rapport annuel sur la situation des droits de l'Homme, particulièrement en Algérie où elle a noté une série de violations et d'atteintes, des acteurs de la société civile, des militants politiques et des syndicalistes tirent la sonnette d'alarme sur les risques d'une dégradation de la situation dans le pays face aux menaces qui pèsent de plus en plus sur les libertés. "La situation est très dangereuse à cause d'un régime autiste et corrompu. Si on ne tire pas la sonnette d'alarme, le pays risque de connaître un sort similaire à celui de certains pays arabes", dénonce Ahmed Badaoui, soumis à un contrôle judiciaire depuis presque huit ans. Son tort ' L'envoi d'un SMS à des "amis" après la chute de l'ex-président tunisien, Ben Ali, dans lequel il souhaitait que "le vent des libertés arrive aux portes de l'Algérie" et "que les dictateurs d'Alger tombent aussi". Arrêté le 21 janvier 2011, Ahmed Badaoui, ancien inspecteur divisionnaire des douanes, exclu de son poste de membre de la commission exécutive de l'UGTA et radié de toutes les activités syndicales, fut astreint à un contrôle judiciaire depuis le 26 janvier 2011, "une contrainte qui se répète (il signe la feuille de présence chaque mois devant la deuxième chambre du tribunal de Bir- Mourad-Raïs) et ressemble étrangement à une sorte d'épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête d'un citoyen innocent censé être libre", selon les termes d'une déclaration conjointe du Forum des citoyens pour la deuxième République, le comité national de défense des libertés, le "comité Badaoui solidarité" et son avocat,Me Salah Dabouz. "Une stratégie du chantage, de la contrainte et de l'humiliation, déjà utilisée à l'encontre d'autres citoyens et syndicalistes en particulier. Une stratégie dégradante conçue pour briser le moral d'un homme dont la seule faute était d'avoir rêvé faire de l'UGTA une Centrale syndicale digne de la Révolution algérienne et des hommes qui créèrent et se sacrifièrent pour cette organisation", note la déclaration. "On ne peut pas soumettre quelqu'un à un contrôle judiciaire pour une durée indéterminée. Il est inadmissible qu'un citoyen soit mis sous contrôle judicaire pour un SMS. Si la justice ne bouge pas en trois ans, il y a prescription. Il faut une mobilisation pour signifier aux autorités que nos libertés et notre dignité ne doivent pas être touchées", dénonçait, de son côté, l'avocat Me Dabouz, lors d'une conférence de presse animée à Alger conjointement avec le comité national de défense des libertés et Tarik Mira, animateur du Forum des citoyens pour la deuxième République. Selon Me Dabouz, un citoyen à Relizane devrait comparaître dans les prochains jours pour une publication sur facebook. "Je le dis : il y a de la dictature et de la répression", fulmine Badaoui, qui appelle à des "passerelles entre acteurs de la société civile, les militants politiques et les syndicalistes pour une large mobilisation en faveur de la défense des libertés". "Je suis convaincu que je suis victime pour des considérations politiques. J'ai écrit une dizaine de fois. En vain. Ni audition, ni procès, ni levée du contrôle judiciaire." Même si, à l'unanimité, ils admettent la difficulté de la mission au regard des clivages et autres schismes apparus au sein de la société. Beaucoup soutiennent, en revanche, que des "outils" existent pour "construire un rapport de force", y compris à travers l'appel à solidarité des ONG et autres organismes internationaux, dont l'Algérie est membre, pour "faire comprendre aux gouvernants qu'ils ont tort". "On réfléchit à faire actionner des mécanismes même au niveau international. On ne peut pas laisser le pouvoir opprimer le peuple à huis clos", conclut Salah Dabouz, qui rappelle, à titre d'exemple, que la libération de Kamel Eddine Fekhar n'a été rendue possible que grâce aux "pressions internationales".
Karim Kebir
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