Des discussions vont avoir lieu prochainement entre experts algériens et marocains pour examiner les conditions de la reconduction de l'accord gazier qui lie les deux pays à travers l'exploitation du gazoduc Pedro Duran Farell ou GME. Le ministre algérien de l'Energie Mustapha Guitouni a annoncé ce "deal" au moment où certains milieux spéculaient quant à eux sur la fin proche du contrat de fourniture annuelle de 640 millions de m3 de gaz algérien au Maroc jusqu'en 2021 à travers le GME (Gazoduc Maghreb-Europe). Un " tube " qui part des champs gaziers de Hassi R'mel, inauguré en 1996 en grande pompe par les ministres des pays contractants, à savoir l'Algérie, le Maroc, l'Espagne et le Portugal.Le ministre algérien a enfoncé le clou en annonçant également que le Maroc va devenir propriétaire de la partie de ce "tube" qui traverse le pays et que les conditions de cette acquisition vont être entamées prochainement. C'est là une position logique de l'Algérie, celle de trouver en tout moment des clients potentiels à ses hydrocarbures, d'autant que la production de gaz constitue un enjeu majeur pour les exportations algériennes et un des éléments de la stratégie énergétique du pays à l'horizon 2030. Mais, au-delà des aspects marketing et lobbying du renouvellement du contrat gazier entre Alger et Rabat, c'est surtout sur le volet commercial et politique que s'apprécie en fait la volonté du Maroc de rester un " fidèle " client de l'Algérie. Les raisons en sont toutes simples et sont loin d'un quelconque supposé réchauffement des relations entre les deux pays, bien au contraire.
Pour autant, avec le gaz algérien, le Maroc arrive quand même à produire, sinon assurer sa croissance économique grâce à ses centrales de production d'électricité. Les centrales hybrides ou à cycle combiné de Aïn Beni Mathar et de Tahaggart, alimentées directement en gaz par le GME, avec celle de Jorf Lasfar notamment, développent assez de puissance pour assurer l'énergie électrique aux installations industrielles, l'agriculture, les services et subsidiairement le chauffage dans une grande partie du royaume, sur le littoral et le nord du pays. Or, Rabat, qui a un besoin de plus en plus urgent en gaz et pétrole pour assurer sa consommation domestique et son industrie, ainsi que son agriculture, ne peut pour le moment se payer le luxe de sortir du conglomérat de pays constitué autour du GME. D'autant que la production d'électricité du Maroc est encore assurée à 54,8% par le charbon, contre seulement 15,5% par le gaz naturel et 7,1% par le pétrole.
La prochaine reconduction de l'accord de livraison de 640 millions de m3 de gaz annuellement par le Maroc n'est en fait qu'une parade ou un " looping " qui lui permettra de retomber sur ses pieds au moment du début des livraisons de gaz naturel provenant des champs du sud du Nigeria, qui arriveront par le gazoduc ouest-africain (GOA) au port de Jorf Lasfar où un terminal gazier d'un coût de 4,5 milliards de dollars devrait être construit et dont l'appel d'offres sera lancé officiellement. Non, il n'y a aucune tentative marocaine de réchauffement politique avec l'Algérie, bien au contraire, juste une froide conception des relations commerciales. Et, si Rabat veut devenir propriétaire d'une partie du GME, celle traversant son territoire, c'est justement pour saborder les exportations de gaz algérien vers l'Espagne, le Portugal et une partie de l'Europe. C'est une évidence qui saute aux yeux. Les travaux sur le GME à El Aricha sont une première réponse d'Alger.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mahdi Boukhalfa
Source : www.lequotidien-oran.com