Photo : M. Hacène
Par Kamel Amghar
Unissant toutes les disciplines de l'art, le théâtre en est la synthèse parfaite. La littérature, la poésie, la peinture, la chorégraphie, la musique, le design ou tout autre mode d'expression n'atteignent pleinement leur sens que sur les planches. Mais le théâtre, en plus de sa valeur esthétique, est aussi porteur d'un message sans cesse renouvelé pour décrire, en profondeur et en surface, la nature des rapports entre les hommes eux-mêmes et l'environnement qui les entoure. Il entretient, pour ainsi dire, la flamme du débat contradictoire à travers son emprise permanente sur le réel. Aucune facette de la vie humaine n'échappe à son regard perspicace. Son champ d'intervention englobe absolument tout : La politique, la foi, la société, l'économie, la technique, la psychologie, le passé et l'avenir. «C'est un art collectif au présent, résolument moderne, qui allie immédiateté, plaisir, émotion et intelligence», résume le dramaturge suisse, André Steiger. Toute 'uvre théâtrale, authentique se distingue par son fond thématique, propre et sa forme esthétique, exceptionnelle. C'est le domaine où l'on ne peut pas tricher avec la création. Le plagiat est dans ce cas ostentatoire. Tout mouvement théâtral, véritable suppose une dynamique pluridisciplinaire, innovante. Le théâtre algérien, après près de deux décennies d'hibernation forcée, a connu, au cours de ces dix dernières années, un certain redéploiement. Depuis 2003, avec «Djazaïr, une année de l'Algérie en France», le TNA, les cinq théâtres régionaux et les compagnies indépendantes renouent progressivement avec un public longtemps sevré. Le ministère de tutelle accorde des subventions conséquentes pour booster la programmation et la création d'événements. Les théâtres de Béjaïa, d'Oran, de Constantine, d'Annaba et de Batna ont bénéficié d'importants budgets pour rénover leurs installations et relancer l'animation. D'anciennes pièces ont été exhumées et remises au goût du jour. Des tournées, des rencontres et des festivals ont été organisés pour présenter ces spectacles et créer les synergies nécessaires à une réelle relance.
A titre d'exemple, le TR Béjaïa a monté, en dix ans, une bonne vingtaine de spectacles, essentiellement des adaptations et des relectures de textes de grands auteurs aujourd'hui disparus (Mohya, Mammeri, Mimmouni, Kateb, Djaout, Alloula') Soit une moyenne respectable de 2 pièces produites chaque année. Durant les vacances scolaires, des quinzaines culturelles sont régulièrement dédiées aux enfants. Afin de booster cette renaissance, deux festivals de théâtre amateur ont été lancés à Amizour et Akbou. Et pour couronner le tout, le TRB accueille, pour la deuxième année consécutive, le Festival international du théâtre d'Alger qui est, désormais, domicilié à Béjaïa. Fortement ravi par ce florilège, le public, des grands et des petits, revient et profite de l'aubaine, mais faute de fraîcheur dans les textes et les fresques présentées, il reste, cependant, sur sa faim. On doit le souligner indéfiniment : le théâtre est l'art de l'immédiateté. Les gens, en plus de l'humour et du plaisir que cela leur procure, ont besoin de voir des 'uvres neuves, actuelles, des pièces qui évoquent leur quotidien propre et expliquent leurs difficultés du moment. Kateb, Mammeri, Alloula, Kaki ou Bouguermouh ont parfaitement décrit leurs époques respectives pour conquérir les c'urs de leurs contemporains. Le contexte d'aujourd'hui n'est pas exactement le même. Il y a, pour ainsi dire, une crise de texte et de création. Nos dramaturges ne peuvent, sur le moyen terme, se soustraire à cet ultime effort pour redonner au théâtre algérien toute sa splendeur. Dans ce sens, professionnels, universitaires et critiques ont en commun une 'uvre d'exigence à accomplir. A défaut, c'est l'engouement qu'on réussit à susciter, du moins jusqu'à présent, parmi le public qu'on risque de perdre, ce qui serait, alors, un grand dommage.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K A
Source : www.latribune-online.com