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De Bab-el-Oued à Ghaza



La foule gronde comme un fleuve en furie. Elle prend sa source des quartiers populaires de Bab-el-Oued, situé à l'ouest d'Alger, face à la mer. Que connaissent-ils de la Palestine ces milliers de jeunes qui crient leur amour à la terre spoliée, à pleins poumons ' Auparavant fief des pieds-noirs où Arabes et Européens vivaient sans se fréquenter dans une ambiance d'apartheid, BEO représentera durant la guerre de Libération ? guérilla urbaine d'Alger ? le ferment de la résistance à l'oppression coloniale française. Majoritairement, ces jeunes sont nés 30 ans après l'indépendance. Ils sont forcément en rupture d'avec l'imaginaire de leurs aînés ?« s'hab el baroud », contre lesquels ils se sont rebellés en octobre 1988. Prompte à la contestation, voire à jouer la contradiction, cette génération s'exprime dans des moments particuliers. Bruyamment ! Ainsi ce fameux match de football au stade du 5-Juillet remporté contre l'Algérie par l'équipe olympique de la Palestine. Images impressionnantes des tribunes couvertes de milliers de drapeaux aux couleurs de la Palestine. Comme pour lancer un défi et un message pour dire qu'en Palestine, en dépit des expropriations, du blocus, de la famine organisée, la résistance à l'oppresseur est toujours là. Les récents événements de Ghaza le confirment, même au prix de centaines de martyrs. Tous ces jeunes ne rentrent pas dans le moule de celui des autres pays arabes dont les populations soumises sont partagées entre l'admiration et les remords de conscience. Les jeunes de BEO dérangent les élites arabes qui préfèrent voir dans les manifestations de soutien des effets d'annonce stériles. Les monarques et chefs d'Etat se refusent à tout commentaire compromettant, pour ne pas tirer le diable sioniste par la queue. L'on tue aujourd'hui toutes les consciences qui osent se dresser contre le projet sioniste d'épuration ethnique visant les Palestiniens depuis ce funeste plan de partage de 1948. Il se trouve, toutefois, des Algériens de l'ombre qui s'engagent aux côtés des combattants palestiniens, surtout depuis la catastrophe de la guerre de juin 1967. Le dramaturge Mohamed Boudia, ex-commando du FLN, est de ceux-là. Il s'était engagé corps et âme en faveur de la libération de la Palestine. Son modus operandi était très complexe. Il ciblait les intérêts israéliens dans toute l'Europe, y compris les plus sécurisés. Proche du Fatah de Georges Habbache, il portera le combat à l'intérieur même de l'Etat d'Israël notamment à Tel-Aviv, la capitale. Très vite, il devient la bête noire du Mossad. Il décédera, en 1973, à Paris, à l'âge de 41 ans, dans un attentat des services de renseignements sionistes. Il sera enterré en Algérie dans l'anonymat ! Mohamed Boudia est né à la Casbah, autre bastion de la résistance nationale. Les années 70 portent l'empreinte de l'atmosphère révolutionnaire avec leurs drames, la défaite dans la guerre de 1967, la mort de Jamel Abdelnasser, qui se voulait leader incontesté. Kateb Yacine va au Viêtnam et reviendra avec : L'homme aux sandales de caoutchouc en 1970 et fera jouer la pièce (pour la Palestine, dans sa troisième partie) : La guerre de 2000 ans en 1974. A la fin de la représentation de la pièce, en « daridja », nous nous empressâmes d'aller saluer le monstre de la littérature engagée algérienne. Je lui offrais une main tremblante quant à moi. Mais Kateb Yacine ne sera pas en odeur de sainteté aux yeux du pouvoir qui l'exilera loin d'Alger et hors de la mythique salle de l'Onamo où activait l'Action culturelle des travailleurs. Trop tard, la révolution dans la rue sera portée par de nouvelles générations. Celle d'aujourd'hui crie haut et fort son idéal. Ses clameurs portent jusqu'à Ghaza.B. T.
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