
A l'occasion du 25e anniversaire de la disparition de Cheikh Ahmed Benblidia, (1er juillet 1988), l'Association des amis de Miliana art et culture organisera demain, 1er juillet, une vente- dédicace de son livre et un hommage sera rendu à un personnage qui a organisé la première rentrée scolaire en octobre 1962.Ahmed Benblidia. Nommé instituteur de l'enseignement en 1920, il a consacré toute sa vie à l'enseignement et à l'éducation. Il a poursuivi des études supérieures couronnées par une licence en langue arabe et une licence en lettres françaises. Retraité en 1961 il a été rappelé en juillet 1962 et chargé de l' inspection académique d'Alger.Bouzaréah. Les qualités et les bons résultats du jeune Ahmed ont incité son maître à le préparer au concours d'entrée à l'Ecole normale de Bouzaréah, où une section spéciale était ouverte aux élèves algériens. Admis en 1917, il rejoint l'Ecole normale malgré la grande réticence de son père. Au cours de l'année, ce dernier vient le rechercher et le ramener à la maison. M. Maubourguet, son maître l'ayant appris, intervient et obtient le retour de Ahmed Benblidia, à Bouzaréah. Ahmed Benblidia. Nommé instituteur de l'enseignement en 1920, il a consacré toute sa vie à l'enseignement et à l'éducation. Il a poursuivi des études supérieures couronnées par une licence en langue arabe et une licence en lettres françaises. Retraité en 1961 il a été rappelé en juillet 1962 et chargé de l' inspection académique d'Alger.Bouzaréah. Les qualités et les bons résultats du jeune Ahmed ont incité son maître à le préparer au concours d'entrée à l'Ecole normale de Bouzaréah, où une section spéciale était ouverte aux élèves algériens. Admis en 1917, il rejoint l'Ecole normale malgré la grande réticence de son père. Au cours de l'année, ce dernier vient le rechercher et le ramener à la maison. M. Maubourguet, son maître l'ayant appris, intervient et obtient le retour de Ahmed Benblidia, à Bouzaréah. Cheikh. C'est comme cela que sa famille et son entourage le nomment à titre honorifique.Directeur. En 1941, il est nommé directeur de cette école qu'il va transformer et développer puisque de 6 classes à son arrivée, elle passe à 22 classes à son départ d'Affreville en 1949-50.Enfant. Une priorité pour lui. Au cours des dix ans passés dans ce village dominé par les colons hostiles à l'instruction des jeunes Algériens, il va former des milliers de jeunes enfants indigènes, en faire réussir chaque année une trentaine au certificat d'études et à partir de 1945 plusieurs dizaines à l'entrée dans l'enseignement secondaire. Cela au grand dam de certains colons qui lui en veulent d'avoir appris à lire aux petits indigènes et qui, en 1954 après le déclenchement de la Révolution algérienne, l'inscrivent en tête des notables algériens de la ville à éliminer.Filles. Préoccupation major du Cheikh. Il se préoccupe de l'enseignement des filles algériennes dont à peine quelques-unes étaient admises à l'Ecole communale des filles. Il contribue alors activement à la création d'une école pour jeunes filles où elles apprennent à lire et à écrire, la cuisine, la couture, la broderie?Garons. De 1961 à 1962, il est directeur de l'Ecole de garçons de Birkhadem, où il s'installe et réside désormais. C'est là qu'il prend sa retraite de l'enseignement public français en 1962. Il a assuré sa mission de maître et de directeur d'école à Alger avec le même dévouement et la même efficacité, dont il a fait preuve par le passé dans les écoles de l'intérieur du pays. Et cela, malgré les dangers qui l'ont menacé quotidiennement au cours des années terribles de la guerre d'indépendance.Hommage. Un hommage sera organisé demain par l'Association des amis de Miliana art et culture qui considère que Cheikh est malheureusement oublié par l'histoire. Rendez-vous pris à la salle de théâtre Mahfoudh Touahri à Miliana. Un hommage lui sera rendu par sa famille et ses amis suivi d'une conférence-débat sur la rentrée scolaire de l'année 1962.Indigène. Il voulait que ses cours contribuent incontestablement à changer positivement les comportements des élèves européens (pour la plupart des notables du village) à l'égard des «indigènes» dont ils découvrent la langue et la culture. J'en ai eu moi-même plusieurs témoignages. En effet, son ?uvre d'instruction et d'éducation ne se limite pas à l'école où il enseigne et qu'il dirige. Il crée des cours d'arabe pour adultes qu'il assure le soir après 19h.Jeune. L'instituteur frais émoulu, Ahmed Benblidia, est nommé en 1920 dans une école rurale, (appelée alors une école de douar) à Cassaigne, aujourd'hui Sidi Ali, près de Mostaganem. Les rapports d'inspection élogieux lui facilitent sa mutation à Voltaire (Aïn Lechiekh) pas loin de Miliana. Ce qui lui permet de réaliser en partie son rêve d'aider ses parents, malheureusement en partie seulement, son père étant mort deux ou trois ans après sa sortie de l'Ecole normale.Kaddour M'hamsadji. Dans l'un de texte de M'hamsadji, il racontait comment le défunt l'a adopté. «J'ai de nombreuses anecdotes sur l'affection qu'il m'avait accordée. Pendant la terrible période de l'OAS, sévissant à Birkhadem, lui et moi, échangions nos modes de précaution à l'intérieur de l'établissement... Et dès le 2 juillet 1962, il m'a demandé d'aller, lui et moi, dans ma voiture, au centre-ville d'Alger, afin de participer à la liesse populaire, fêtant les prémices de l'indépendance», racontait-il.Licence. Au cours des années 1930, il décide de reprendre ses études de licence de français et de licence d'arabe. Pour se rapprocher de la faculté, il demande et obtient un poste d'instituteur à Alger à l'école du boulevard de Verdun fréquentée par des garçons indigènes de La Casbah, toute proche.Miliana. C'est sa ville natale. Il est né le 30 mai 1901 dans une famille très modeste. Son père était jardinier. Il faisait vivre sa famille de la production des quelques ares qu'il possédait dans la zone des jardins de Zougala, à proximité de Miliana.Nationaliste. On témoigne qu'il était nationaliste. Après des années d'hésitation et même d'opposition à l'instruction des Algériens, l'administration française avait, sous l'impulsion de Jules Ferry, adopté une nouvelle politique de développement de l'enseignement en Algérie en créant les «écoles indigènes». Ces écoles fonctionnaient sur le même modèle et les mêmes programmes que l'école française et, il faut le souligner, avec des maîtres de grande qualité venus de France formés dans les Ecoles normales d'instituteurs. M. Maubourguet était de ceux-là. Il changera encore trois fois d'établissement : en 1952, école de la rue du Soudan au c?ur de La Casbah (plus d'une trentaine de classes avec presque exclusivement des enfants algériens de milieu pauvre) ; en 1958, école Charles Lutaud dans un quartier dont la population est plus contrastée avec une majorité européenne.Opposition. Le père du défunt s'est pourtant opposé à l'éducation de Cheikh, même si sa mère était fille d'un maître d'école coranique de Aïn Defla, lisait couramment l'arabe. Elle a aidé et soutenu son fils au cours de sa scolarité. Elle l'a toujours encouragé malgré l'opposition du grand- père qui aurait préféré que son fils le rejoigne dans l'exploitation du jardin.Primaire. Avec ses nouveaux diplômes, il est nommé professeur au collège de garçons de Médéa en 1939-40. Mais l'enseignement secondaire ne l'enchante sans doute pas puisqu'il demande à réintégrer l'enseignement primaire. Sa nomination en 1941, comme adjoint à l'école de garçons indigènes d'Affreville (Khemis Miliana) le rapproche de sa ville natale et de tous les siens.Qualifcation. Il était qualifié pour gérer la période la plus délicate. Au cours de cette période, sa tâche, rendue déjà difficile par l'insuffisance du nombre d'enseignants face au nombre d'enfants à scolariser, le manque de classes et d'écoles, se trouve particulièrement compliquée par les décisions du gouvernement d'arabiser l'enseignement primaire très rapidement. Les délais imposés par le pouvoir politique sont absolument impossibles à respecter. En effet, rien n'a été étudié ni planifié. Il n'y a que peu d'enseignants qualifiés en langue arabe, pas de programmes prêts ni de matériels pédagogiques. L'Algérie fait alors appel à la coopération égyptienne, syrienne et palestinienne. Le gouvernement égyptien, qui a de grandes difficultés intérieures avec notamment les opposants «islamistes» (groupe dit des Frères musulmans) répond à la demande en envoyant des milliers d'enseignants, dont la majorité sont justement issus de ces mouvements politiques. L'envahissement de l'école algérienne par ces coopérants, dont la plupart font plus de prosélytisme que de pédagogie, va entraîner une dégradation du niveau et de la qualité de l'enseignement primaire, mais aussi répandre parmi les écoliers les idées des fondamentalistes moyens-orientaux. Ces décisions politiques hâtives et irréfléchies auront des conséquences dramatiques pour l'Algérie deux décennies plus tard. Il tente vainement de convaincre les responsables politiques du moment d'adopter un rythme de développement de la langue arabe plus progressif, adapté aux possibilités nationales et basé sur la formation préalable du corps enseignant algérien. Il n'est pas écouté. Ce sera un de ses grands regrets.Ruisseau. En 1949, il demande sa mutation à Alger pour faciliter la poursuite des études secondaires de ses enfants. Il est nommé directeur d'une école primaire de garçons dans le quartier populaire du Ruisseau. Dans cette école, il y a autant d'enfants européens que d'enfants algériens (appelés français-musulmans). En effet, l'intégration scolaire vient d'être décrétée (1948) et les enseignements A et B, qui étaient jusque-là séparés, sont fusionnés.Sang. Ahmed Benblidia a saigné afin de réussir la toute première rentrée scolaire algérienne. Avec un téléphone rétro, il a appelé des milliers de ses connaissances à assurer la rentrée et recruter des enseignants. A force d'appeler son index a saigné. Sa longue carrière d'instituteur et de directeur d'école (quarante-deux ans de service actif ininterrompu) à peine achevée, Cheikh Benblidia entame donc une nouvelle carrière d'administration de l'enseignement. Il dirige l'académie d'Alger de 1962 à 1969. Il déploie une grande activité pour assurer la scolarité partout dans les départements d'Alger, Tizi Ouzou, Médéa, et El Asnam, dans les villes comme dans les campagnes. Il s'attelle à la réalisation d'un grand programme de constructions d'écoles rurale,s dont il contrôle lui-même l'exécution sur le terrain.Tâche. De nouvelle tâches lui ont été confiées. En 1969, il est nommé directeur des enseignements primaires et secondaires au ministère de l'Education nationale. Il continue à se battre pour la scolarisation totale des garçons et des filles, la démocratisation de l'enseignement, le développement de l'enseignement professionnel et technique avec une équipe de collaborateurs comprenant d'anciens collègues aussi dévoués que lui à la cause de l'instruction publique. Un combat utile. En 1976, il quitte la direction des enseignements. On lui confie la responsabilité du bureau des inspections générales. Il a la charge de coordonner et de contrôler les activités des inspecteurs généraux au niveau national.Ultime. C'est l'ultime effort qu'il donne en 1983. Il demande d'arrêter ses activités au ministère de l'Education nationale. Deux raisons l'ont poussé à le faire, malgré l'aimable invitation du ministre à poursuivre une activité plus réduite en lui offrant un poste de conseiller. Tout d'abord, il supporte de plus en plus mal la dégradation de l'école algérienne provoquée par l'arabisation trop rapide, mal préparée et par des réformes inspirées plus par des considérations politiques que pédagogiques. La deuxième raison est qu'il commence à ressentir les effets de la maladie qui va l'emporter en 1988.Vente. Une vente-dédicace sera organisée, demain, à l'occasion de l'hommage. Un livre que le défunt a commencé en 1975 mais qu'il n'a pas achevé. Intitulé La résistance à l'occupation dans la région de Miliana 1830-1843, c'est sa belle-fille qui reprend les choses en main pour qu'il soit publié en 2013 aux éditions Kalima.Wait. L'Association est encore dans l'attente que les autorités algériennes décident un jour de baptiser une institution éducative du nom du défunt.Zone. Les responsable de la Zone autonome d'Alger (dont plusieurs sont des anciens élèves), après la déclaration d'indépendance, quelques jours après le 5 juillet 1962, viennent lui demander d'aider à la reprise des activités d'enseignement. Il accepte le pari d'assurer une rentrée scolaire normale en octobre dans l'Académie d'Alger dont il est nommé alors inspecteur. Cette académie concernait les départements d'Alger, Médéa, El Asnam (Orléansville) et Tizi Ouzou. La rentrée se déroule correctement et les enfants reprennent le chemin de l'école, une nouvelle école alors pleine d'espérances, l'école algérienne.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nassima Oulebsir
Source : www.elwatan.com