
Ceux qui croient servir leur corporation en taisant ses dysfonctionnements se trompent lourdement. Dans notre édition de dimanche dernier, nous avons été les seuls à rapporter l'arrestation par les services de sécurité d'un faux journaliste. Un usurpateur qui s'est infiltré dans l'espace réservé aux journalistes chargés de la couverture de l'inauguration du nouveau siège d'Algérie Poste à Bab Ezzouar (W.d'Alger). Il a même réussi à approcher le ministre de la Poste, Moussa Benhamadi, auquel il a serré la main. Une fausse carte de presse a été trouvée en sa possession. Ce fait qui, pourtant pose, entre autres, une question de sécurité, sans être une règle n'a, cependant, rien d'exceptionnel. Ce qui explique, peut-être, le peu d'intérêt que lui ont accordé les confrères présents sur place. Dans notre corporation, les brèches qui s'offrent au premier quidam venu et qui veut se faire passer pour un journaliste, sont multiples. La première brèche est due au fait qu'il y a autant de cartes de presse différentes qu'il y a d'organes. D'autres corporations, comme les avocats ou les médecins, sont beaucoup mieux organisées. Les premiers ont le bâtonnat et les seconds, le Conseil de l'ordre. Le corps des journalistes n'a rien de semblable à ces deux institutions. Dès lors, aucun agent de sécurité ne peut être sûr que la carte de presse qui lui est présentée ne soit pas une fausse. Il lui faudrait vérifier auprès de l'organe de presse mentionné. Ce qui n'est pas évident devant un portillon où se presse la foule. Pour plus d'efficacité, certains organismes exigent d'ailleurs que leur soit(ent) communiqué(s) à l'avance, par la rédaction de l'organe, le ou les noms de journalistes qui seront chargés de la couverture. Et même là, ce n'est pas si hermétique qu'on pourrait le croire. Ceci dit et au-delà de cet aspect de sécurité, l'absence de structures corporatives est la cause de bien des dérives. Il y a, comme chacun le sait, des journalistes qui signent leurs papiers avec des noms d'emprunts (pseudos). Une ancienne pratique certes, mais qui ne peut se justifier qu'en périodes exceptionnelles où la sécurité du journaliste peut être menacée. C'était vrai lors de la décennie noire par exemple. Pourtant, des cas subsistent pour des motifs divers. Certains journalistes utilisent même plusieurs pseudos en fonction du sujet qu'ils traitent. Ils ont probablement leurs raisons mais qui restent, malgré tout, très éloignées de la transparence. Faudra-t-il une carte de presse pour chaque pseudo que se donne un journaliste' Pour l'instant, personne ne peut y répondre. Pas même la nouvelle loi sur l'information publiée, hier seulement, par le JO et qui, au sujet de ce problème, dans son article Art.76, stipule, seulement, que «la qualité de journaliste professionnel est attestée par une carte nationale de journaliste professionnel délivrée par une commission dont la composition, l'organisation et le fonctionnement sont fixés par voie réglementaire». Il faudra donc attendre pour savoir qui est journaliste et qui ne l'est pas. Il faudra attendre alors qu'il est urgent de mettre fin à des pratiques qui n'honorent pas du tout la profession. Qui portent même atteinte à la dignité des journalistes qui ont à coeur cette profession et s'y consacrent corps et âme. Il n'est pas dans notre intention de juger, ici, qui que ce soit mais qu'il nous soit permis de dire que la profession s'est transformée en véritable auberge espagnole où se côtoient vrais et faux journalistes, affairistes et petites «bougies» tentant d'offrir une visibilité au public, jouisseurs et mouches du coche. Ceux qui ont conscience de leur mission de service public et ceux qui en ont une tout autre perception. On vous épargnera, cette fois, tous les autres travers que connaît cette si belle profession. Mais c'est la faute à qui' Certainement pas à celui qui s'est fait arrêter à Bab Ezzouar. Il n'a fait que s'engouffrer dans la brèche. C'est le marasme dans lequel est maintenu, depuis des décennies, l'exercice du journalisme dans notre pays qui en est la cause. Les vrais journalistes devraient tous participer à soigner les plaies dont souffre la profession. Les plaies ne se soignent pas sans douleur. Il nous faudra, devant le «tableau clinique», peu reluisant, serrer pour longtemps encore les dents et continuer à dénoncer tous les dysfonctionnements. Jusqu'au jour où le journalisme retrouvera ses lettres de noblesse. C'est un véritable cri du coeur!
zoume6@hotmail.com
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Zouhir MEBARKI
Source : www.lexpressiondz.com