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D'une époque à l'autre



D'une époque à l'autre
D'une manière schématique et un peu grossière, l'évolution de la presse nationale a connu trois phases distinctes. Née sous le régime colonial avec son cortège de discriminations sociales et politiques, elle fut, jusqu'au recouvrement de la souveraineté nationale en 1962, un support quasi exclusif du combat pour la libération. Tous les titres, d'El Oumma à Echihab, de Libre Algérie du PPA-MTLD à El Moudjahid plus tard, s'adossaient à une organisation politique ou culturelle. Redha Malek, dans un de ses écrits, résume bien l'esprit de cette époque en évoquant le dernier titre, dont il fut directeur de juillet 1957 aux lendemains de l'indépendance. « Il reproduisait les gestes et faits du FLN mais... précisait les attitudes qui déterminaient sa démarche et imprégnaient sa mentalité », écrit-il.Il ne s'agissait pas vraiment d'informer de l'actualité, mais de montrer le vrai visage de la colonisation et d'entretenir la flamme de la revendication. Aïssa Messaoudi prêtait sa voix aux combattants de l'ALN et des hommes, comme Ferhat Abbas, Ben Badis, étaient des tribuns et des plumes. Beaucoup de mémoires comme ceux de Lamine Bechichi, Pierre Chaulet, Mohamed El Mili et des études documentées comme celles de Zahir Ihadadene relatent cette tranche historique. La seconde étape fut celle qui s'étale de 1962 au début des années 90. Après un bref intermède qui vit coexister les journaux de l'Etat ou du parti avec un quotidien comme Alger Républicain de tendance communiste, la presse écrite comme la radiodiffusion ou l'édition furent placées sous monopole. Même la diffusion relevait du même régime. Il serait erroné de réduire cette période à l'absence de la liberté d'expression, à l'interdiction de toute opinion contraire aux orientations du pouvoir politique. Paradoxalement, portée par une génération de journalistes dotés d'une solide formation politique et plus tard universitaire, la presse a connu ce que d'aucuns n'hésitent pas à qualifier « d'âge d'or ». El Moudjahid tirait alors à plus de 300.000 exemplaires et avait, surtout, comme les autres journaux, son impact. Le pays connaissait aussi la généralisation de la télédiffusion avec une chaîne, certes unique, mais dont la qualité des programmes, notamment en matière culturelle, jure avec la médiocratie et la cacophonie actuelles.Quel est le journal qui, de nos jours, peut prétendre ouvrir un débat de qualité sur la culture algérienne ' Le contexte était différent en 1963 quand Révolution africaine confronte les points de vue de Lacheraf, Bourboune, Bachir Hadj Ali. On peut, en lisant les écrits de Youssef Farhi, Bouazzara ou Amimour, découvrir un peu plus cette période traitée par beaucoup d'universitaires qui ont répertorié ses caractéristiques. à l'encontre de cette période, l'avènement de la presse privée, à partir du début des années 90, a permis, surtout, d'élargir les espaces de libre expression. L'Algérie a vécu « un printemps démocratique » avec le foisonnement social et politique dont se furent écho journaux et radios. Ce sont d'autres problèmes qui vont surgir. Les entreprises de presse seront davantage des entités économiques qui doivent gérer des contraintes financières et éditoriales.La presse a aussi changé de visage avec l'arrivée des télévisions étrangères puis privées qui ont remodelé le paysage. Ce dernier a été ensuite transformé de fond en comble par l'intrusion des médias électroniques. Cette période à la fois exaltante à ses débuts, puis macabre, se reflète dans de nombreux écrits mais aussi de films relatant les expériences d'exil ou de résistance à l'intégrisme. La corporation se remet, après la fin du cauchemar, à s'interroger sur les conditions dégradées d'exercice du métier. Chaque période n'est, en fait, que le reflet de lumières qui inondent le pays et des ombres qui planent au-dessus des têtes.


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