Malgré les apparences, le cyclisme algérien se porte mal. Le retour du Tour d'Algérie, les quelques «exploits» de certains de nos cyclistes à l'échelle régionale cachent mal les misères d'une discipline pas toujours estimée à sa juste valeur. Parce que confiée à un «personnel» qui n'a pas d'attaches avec le sport du vélo. Malek Hamza est un personnage très respecté au sein de la famille cycliste. C'est un témoin (gênant pour certains) qui a bien voulu nous livrer ses impressions sur les raisons du marasme que vit la petite reine en Algérie. Avec sa gentillesse coutumière, il n'a esquivé aucune de nos questions, à savoir même les plus embarrassantes...
Le Soir d'Algérie : Vous faites partie des nombreux coureurs que la famille Hamza a enfantés depuis des lustres.
Vous détenez l'un des plus brillants palmarès. Votre carrière sportive a été plus que remarquable durant les années 80. Pourtant, vous êtes resté toujours dans l'ombre de votre frère aîné Madjid…
H. M. : Comme dit l'adage « nul n'est prophète en son pays ». Après avoir arrêté ma carrière sportive, je me suis mis au service du cyclisme en encadrant des jeunes cyclistes.
J'étais responsable technique du club amateur de Hammamet.
Plusieurs de mes coureurs juniors de l'époque sont seniors actuellement et continuent de faire de bons résultats, ils font partie de l'élite nationale. Avant d'être au club amateur de Hammamet, j'ai été sollicité par le club El Nasr El Emirati de Dubaï durant 5 longues années. Là-bas, j'ai contribué à la relance du cyclisme aux Emirats Arabes Unis qui venait à peine de démarrer.
De retour à Alger et après avoir été au club de Hammamet d'Alger, j'ai pris en main une nouvelle équipe avec qui j'avais beaucoup de projets. J'ai commencé par mettre sur pied un groupe de jeunes coureurs que j'ai choisis, comme par exemple : Adel Barbari, Hamid Merdj, Fayçal Hamza et Mehdi Hamza et Abderrahmane Abdeslam. Ils étaient tous dans la catégorie des cadets. Actuellement, ils font partie de l'élite nationale «espoirs».
Donc si moi je ne suis pas sur le devant de la scène sportive par contre le fruit de mon travail est bien présent. Je tiens à préciser que le mérite revient beaucoup plus aux coureurs. C'est au détriment de gros sacrifices qu'ils sont devenus ce qu'ils sont aujourd'hui.
Quel est votre regard sur le cyclisme national actuel '
La matière existe (jeunes coureurs), ils sont pleins de bonne volonté, mais contrairement à ce que l'on veut faire croire, le cyclisme algérien est en déclin. Sur les dizaines de clubs formateurs (Olympique Club d'Alger, Olympique Club de Rouïba, le WA Boufarik, l'ASV Blida, le WBAB Aïn Bénian, IRM Blida , Relizane, Oran, le Vélo Club SOVAC et le Groupement des Pétroliers d'Alger) et j'en oublie d'autres, il ne reste que les deux derniers cités(VC SOVAC et GSP) qui ont des coureurs dans la catégorie des séniors. C'est un signe qui ne trompe pas. Certes, Il y a de nouvelles ligues, mais celles-ci sont affiliées à la fédération uniquement pour grossir le nombre de votants lors des assemblées. Ce sont des coquilles vides qui n'alignent aucun coureur lors des compétitions nationales. Au train où vont les choses, la discipline se dirige droit vers le gouffre, elle est en train de mourir à petit feu. D'ailleurs, les chiffres sont là pour confirmer mes dires. A chaque départ de course, si on enlève les juniors, il ne reste qu'une vingtaine de coureurs séniors tout au plus.
Revenons maintenant à l'évènement-phare du programme de la FAC , le TAC en l'occurrence, qui s'est déroulé récemment. Quelle analyse faites-vous de cette manifestation qui s'est résumée à quelques étapes '
Il ne faut pas faire l'amalgame entre un Tour d'Algérie cycliste et un grand prix de wilaya. Ce qui se fait depuis maintenant trois années n'est pas un tour d'Algérie mais des grands prix de wilaya. Un Tour d'Algérie dans le vrai sens du terme, englobe plusieurs régions du pays : l'Est , l'Ouest, le Sud et le Nord et comporte pas moins de 15 étapes.
à la FAC, on persiste à dire que le Tour d'Algérie contribue au développement du cyclisme algérien. Votre avis
Le Tour d'Algérie est une bonne chose, sauf qu'il est devenu tellement important aux yeux du président de la FAC pour des raisons que tout le monde sait, qu'on oublie le reste : le programme annuel de compétitions, la discorde au sein de la famille cycliste et surtout le dépérissement, engendrent le désintéressement de plusieurs clubs à poursuivre leurs activités. Un programme creux n'est pas à l'avantage des autres coureurs et clubs qui ne participent pas au TAC. Voyez cette saison par exemple, une fois le TAC terminé, rien de concret à l'horizon. Plusieurs cyclistes qui étaient promis à un bel avenir sportif comme par exemple les frères jumeaux Yahmi pour ne citer que ceux-là, sont dégoutés et envisagent de raccrocher leur vélo. On a enregistré plusieurs cas de perdition de jeunes talents et ce n'est que le début de la fonte du grand iceberg nommé cyclisme.
Vous persistez donc à affirmer que le TAC 2013 est un véritable flop…
Les faits sont là, les témoins aussi. Contrairement à ce que croit le premier responsable du MJS ou plutôt ce qu'on veut lui faire croire, le cyclisme algérien va mal. Pour avoir une idée précise, il n'a qu'à comptabiliser le nombre de vrais coureurs seniors et vérifier si vraiment il existe des clubs affiliés aux nombreuses ligues créées. Le gros du peloton vient de la Ligue Algéroise de Cyclisme. Or, la fédération vient de décider de ne plus autoriser cette dernière à activer.
Le Premier ministre, lors de la cérémonie d'installation des nouveaux présidents de fédérations, a déclaré que tous les moyens seront mis à la disposition de ces dernières pour bien préparer les JO de 2016. Quelle est votre opinion '
Il faut préparer les athlètes pour qu'ils soient qualifiés d'abord. Il faut gagner son ticket de participation à ces Olympiades de 2016. Pour cela, il faut une sérieuse préparation. C'est un travail de longue haleine. Je pense que le DTN et le conseiller du président sauront comment s'y prendre. Pour ce qui est des moyens, le gouvernement algérien a toujours donné les ressources nécessaires au sport. Par contre, ce qu'il faut, ce sont des personnes qui servent le sport et non pas le contraire.
Le mot de la fin '
Sans rentrer dans les détails, je tiens à signaler que les coureurs actuels, à une ou deux exceptions près, qui font la fierté du cyclisme algérien, sont tous des enfants d'anciens coureurs. Ces anciens coureurs sont tous mis à l'écart par le premier responsable de la FAC. Ce n'est pas normal, mais c'est ça. C'est comme ça qu'on remercie tous ceux qui avaient permis au cyclisme d'avoir ses titres de noblesse. Je n'en dirais pas plus.
Propos recueillis par M. B.
Palmarès
* Plusieurs fois champion d'Algérie
* Médaille de bronze aux Jeux méditerranéens d'Alger de 1976
* Médaille de bronze aux Championnats du monde militaire en 1979 (Libye)
* Médaille d'or aux Jeux africains de Nairobi en 1987
* Médaille d'argent aux jeux africains de 1978 à Alger
* Vainqueurs de plusieurs étapes aux Tours internationaux
* Vainqueur du Tour de Annaba, du Tour de Constantine et du Tour de l'Oranie (Tours internationaux)
* 3 fois deuxième au Tour d'Algérie
* 4 fois deuxième au Tour de Tunisie
* Cinquième aux Jeux méditerranéens de Casablanca en 1983.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Soir d'Algérie
Source : www.lesoirdalgerie.com