
Kamel AmgharLa CAN-2017 aura lieu au Gabon. Issa Hayatou, le tout puissant patron de la CAF, en a décidé ainsi. Le dossier de candidature de l'Algérie, de loin le meilleur, a été scandaleusement ignoré. La presse internationale ne retient pas son étonnement. Le vote des membres du comité exécutif de l'instance continentale du sport-roi s'est déroulé, comme de coutume, en catimini. Contrairement aux bons usages, nul n'a vu ni le vote ni le dépouillement. D'aucuns estiment que le surprenant verdict était l'émanation exclusive de la volonté personnelle du vieux camerounais qui règne sur la CAF depuis 1988. Les Algériens, les Africains et reste du monde, qui s'attendaient en toute logique à la consécration de l'offre la «plus disante», ont été déçus. Selon les comptes-rendus des médias, le présient Hayatou, récemment reçu à Alger commeun chef d'Etat, a outrageusement trahi ses hôtes.Pour les autorités algériennes, il s'agit d'un sévère camouflet. Le ministre des Sports, Mohamed Tahmi, avoue que la bataille a été perdue dans les coulisses. Mohamed Raouraoua, le président de la FAF et membre exécutif de la CAF, est abasourdi. En coulisses ou sur scène, les représentants algériens dans ce dossier ont lamentablement échoué. Ils avaient les meilleures cartes pour convaincre. Ils savaient aussi, des mois à l'avance, que Hayatou allait agir de toutes ses forces contre eux. Ils n'ignoraient pas, non plus, que la CAF est gangrenée par la corruption et l'omnipotence de son premier responsable. À l'évidence, la candidature algérienne était très défendue.«Un dossier solide», mais mal «barré»Le gouvernement algérien avait mis près de 5 milliards de dollars sur le tapis pour faire de la 31e édition de la CAN un grand événement sportif. Un budget largement supérieur aux offres réunies de tous ses concurrents. De grands projets ont été lancés dans cette perspective. La remise à neuf du temple 5-Juillet et la construction de quatre nouveaux stades d'une capacité de 50 000 places chacun, donnent une idée suffisante sur l'intérêt accordé à cet événement par l'Etat algérien. Toutefois, le dossier a été très mal défendu. Le ministère des Sports et la FAF, excessivement confiants, n'avaient pas su (ou voulu) mobiliser autour de cet ambitieux projet. Sur le plan national, les médias et les grands sportifs algériens n'ont pas été associés pour promouvoir la candidature de leur pays. Pis, certains journalistes ont été priés de «polir» leurs articles concernant la gestion opaque, voir mafieuse, de la CAF. Des responsables sportifs ont été pareillement suppliés de se taire pour ne pas mécontenter Hayatou. On se souvient tous de la réaction opposée aux déclarations de Mustapha Berraf, le président du COA, qui donnait déjà le Gabon lauréat. À ce moment là, les Gabonnais agissaient avec efficacité en coulisses pour nous ravir la vedette. À l'étranger, les nombreux amis de l'Algérie n'ont pas été sollicités, non plus, à cet effet. Des légendes vivantes du football africain et mondial auraient plaidé la cause de l'Algérie avec beaucoup de plaisir. De grands artistes auraient fait de même. Hayatou et ses complices n'auraient pas eu les mains libres pour nuire ainsi à l'Algérie. Faisant foi aux fausses promesses de Hayatou, Mohamed Tahmi et Mohamed Raouraoua ont été visiblement roulés dans la farine.A quelque chose malheur est bonAujourd'hui, plus qu'hier, les autorités publiques et les instances sportivesdoivent ?uvrer d'arrache-pied pour le développement du sport algérien. Et, il y a beaucoup à faire. À commencer par ce volet de la gestion et du management du secteur. La tutelle, les instances sportives et les clubs ont beaucoup d'efforts à faire pour se mettre à niveau. Au point où en sont les choses, on ne sait pas trop qui fait quoi. Le laisser-aller a fait place à l'anarchie à tous les niveaux. Des présidents de clubs (notamment, dans le football), ne seprévalant d'aucune éthique sportive, s'en servent pour s'enrichir aux dépens de tous. Ils disposent des clubs comme d'un bien privé. Leur gestion est totalement opaque. Ils ne déclarent pas l'origine de leurs finances, payent des dessous de tables en liquidités douteuses, congédient des entraîneurs comme des malpropres, négocient des matchs et se mêlent de tout. La tutelle et les instances sportives laissent faire. Résultat: la violence fait des ravages sur les gradins de nos stades. En cela, les médisances de Hayatou sont, malheureusement, recevables. On doit impérativement sonner la fin de la récréation, se ressaisir, faire le ménage et repartir sur de bonnes bases. La formation doit être centre d'une stratégie nationale de développement des sports. L'octroi de subventions publiques doit être conditionné par l'ouvertured'écoles et de centres de formations au profit des jeunes talents. Les clubsprofessionnels doivent aussi, le plus tôt serait le mieux, se plier à la loi. En matière d'infrastructures, tous les équipements lancés doivent être parachevés dans les délais. L'avenir se prépare aujourd'hui. Quand l'Algérie aura des infrastructures aux normes internationales, quand la formation sera au centre des préoccupations de tout le monde et quand la loi serascrupuleusement appliquée à tous, le sport algérien se portera beaucoup mieux et la CAF ferait, alors, les yeux doux à l'Algérie. Le mal, en fin de compte, est peut-être en nous.K. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : La Tribune
Source : www.latribune-online.com