«Quand les talons
claquent, l'esprit se vide». Lyautey De grands chercheurs, sémiologues et experts
de la communication modernes ont analysé sous tous les angles l'omniprésence de
la télévision et la multiplication extraordinaire des chaînes. Les images et
les sons sont partout, à chaque minute, du plus grand écran jusqu'au minuscule
téléphone portable. Le transport des signaux par satellite, qu'aucun régime ne
peut brouiller jusqu'à nouvel ordre, a reçu en prime l'internet qui se moque
des censures les plus brutales et les plus anarchiques. Le principal ennemi des
dictatures se renforce à chaque invention technologique et tout arrive à la
vitesse de l'éclair.
L'Occident, terme générique qui renvoie à une
myriade de pays, de langues, de climats et à des stades de développement jamais
atteints par l'humanité, a compris et développé la communication au service de
l'économie, de la culture et de la démocratie indispensable pour qu'un pays
soit fort, sinon dominant par des consensus à chaque fois négociés et validés
par des élections tenues avec la recherche d'un minimum de suspicions et
l'élimination de la tricherie par des tribunaux très souvent au-dessus de tout
soupçon.
Les régimes arabes, au sein desquels des
élites savent parfaitement les avantages et bénéfices de la démocratie et les
bienfaits d'une communication libre, moderne et partagée, s'entêtent à
verrouiller à l'intérieur des frontières nationales, comme si ces dernières
garantissaient une souveraineté, une opacité totale et des avancées
remarquables dans les sciences, la recherche, l'économie et le bien-être des
populations. Tout se sait, en temps réel, sinon avec un léger différé. Ce qui
permet aux services de renseignements, aux ONG, aux gouvernements, aux
investisseurs et financiers d'ausculter les pays et d'en savoir plus que les
gouvernements des pays arriérés, en déficit de légitimité et de démocratie. Les
pays arabes, des plus riches (Etats pétroliers) aux plus pauvres, décimés par
la guerre civile, le terrorisme, les maladies, la pauvreté et la famine,
enferment les citoyens dans une bulle où l'air des libertés, de la fête, du
bien-être se fait de plus en plus rare, comme le sont pour eux l'eau, le
logement, l'électricité, les vacances, les joies au quotidien, la culture...
Les pays arabes dépensent régulièrement des
fortunes en achats d'armements auprès d'industries qu'ils font tourner, qui
créent des emplois, de la richesse pour des populations jugées «mécréantes»,
«ennemies», «ex-colonisatrices» par les clergés musulmans, à tue-tête dans les
mosquées, les médias, les écoles allègrement orientées vers la régression, le
charlatanisme et la négation de la science. Les avions de guerre, les canons,
les fusils achetés à prix d'or vont servir contre qui ? Sûrement pas contre les
vendeurs qui ont les codes d'utilisation, mais qui versent la tchipa à des
castes dirigeantes qui placent l'argent dans les pays vendeurs et inventeurs
d'armes de guerre.
Ces derniers vendront ensuite la pièce de
rechange, l'entretien, la maintenance jusqu'à la nouvelle génération d'outils
de la mort, mais pas dans leurs pays hyper protégés et forts de fronts
patriotiques intérieurs plus puissants que toutes les armes. Ils possèdent
l'arme absolue : la démocratie.
Les grandes démocraties modernes,
représentées par les nations à l'avant-garde des sciences, des technologies,
des industries culturelles, de la communication, ont compris très tôt que les
savoirs étaient plus importants que la force brutale, que l'industrie,
l'économie et les moyens de communications étaient les armes maîtresses pour
dominer et rayonner sur la planète. «Bzrezinski, conseiller de Jimmy Carter
pour les affaires de sécurité nationale, avait dès 1975, dans un rapport,
averti qu'après l'ère des canonnières, nous serions désormais dans une
situation où la domination du monde passerait par le contrôle des moyens de
communication de masse» (1). Si depuis, tous les Etats dominants ont libéré les
médias en cassant la frontière public/privé, en laissant toutes les libertés à
l'expression, aux créateurs, aux oppositions, aux ONG et aux associations, les
pays arabes ont compris au premier degré ce que les Occidentaux entendaient par
«contrôle» des moyens de communication. Les dirigeants arabes n'ont retenu de
la communication, désormais bel et bien planétaire et en flots continus, que la
possibilité de contrôle, de diriger les médias à l'intérieur et pour cacher la
réalité interne à leurs propres populations. Ces dernières ont opté pour la
parabole.
Entendre aujourd'hui, en 2010, avec les
satellites et la Toile, en Algérie, des parlementaires et des responsables
polémiquer sur le monopole de l'ANEP sur la publicité, sur le temps consacré à
l'opposition dans les médias financés par tous, sur le caractère
«institutionnel» ou pas des médias érigés depuis longtemps en EPIC, avec en
arrière-fond la gigantesque créance détenue par les imprimeries encore
étatisées sur une kyrielle de titres privés, relève du surréalisme. Dans une
version sous-développée où le maître mot est «contrôle». Par la pub, la
cooptation et la stagnation qui fait que la norme MPEG 2, obsolète partout, a
été retenue pour une TNT avec une chaîne unique et des programmes clones
publiés nulle part au monde, on polémique sur le néant.
Les résultats des politiques publiques dans
les pays arabes en matière de communication, des droits de l'homme, de liberté
d'expression sont connus, du domaine public et désastreux pour tout
développement endogène.
Dans les classements mondiaux, si les pays
scandinaves sont les premiers pour ce qui est de la liberté de la presse, les
régimes arabes sont parmi les derniers et durablement, sinon à perpète. Et si
ceux qui font les classements internationaux «ourdissent des complots» contre
la Oumma, sont «jaloux» des réussites arabes, ne nous aiment pas, il appartient
alors aux décideurs arabes de faire par des scribes grassement payés ces mêmes
classements non réfutés, histoire d'inverser la pyramide. Les pays scandinaves,
l'Europe, le Japon, les USA et le Canada se retrouveraient bons derniers.
La vérité rétablie, on pourra, à huis clos
croit-on, chasser les femmes en pantalon, lapider les adeptes de l'adultère, de
la dive bouteille, chasser les couples oublieux de leur livret de famille et
ficher les écoliers sans la blouse règlementaire.
A côté de ces urgences stratégiques au plan
international, on y ajoutera les mesures d'accompagnement : fournir à la police
française tout ce qu'elle veut sur nos voyageurs, éradiquer les cultes non
musulmans, ériger des murs en Egypte pour remplacer celui qui est tombé,
maintenir la peine de mort, augmenter les privilèges des barons d'Al-Azhar,
fermer les bars et les commerces de boissons illicites...
Mais il y a ces cruelles TV satellitaires,
ces «invasions culturelles» plus performantes que les armées coloniales. Elles
montrent sans pitié qu'il y a des peuples qui dansent et chantent jusqu'au
matin pour fêter Noël, le jour de l'An, les 4 et 14 juillet, la chute d'un mur
à ceux qui ont fait de leurs repères religieux, libérateurs, civils et
régionaux des jours de couvre-feu, d'une infinie désolation. Bien cruelles ces
paraboles, qu'il faudra bien un jour compter, juste pour savoir ce que veut
dire «contrôle de la communication».
(1) Cité par
Fouad Behalla in «Le choc de la communication globale», Edition Publisud
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdou B
Source : www.lequotidien-oran.com