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Crise oblige, le marché algérien séduit les investisseurs français Economie : les autres articles



Crise oblige, le marché algérien séduit les investisseurs français Economie : les autres articles
«Les Français ne viennent plus en Algérie comme avant, avec une logique, disons-le, un peu colonialiste . Maintenant, les grands groupes font preuve de plus de modestie.»
Pour ce cadre politique français, invité au Forum de partenariat algéro-français qui s'est tenu mardi et mercredi à Alger, cela ne fait pas de doute : la perception du marché algérien par les entrepreneurs français a changé. Pour Alain Boutebel, directeur Algérie d'Ubifrance, cette explication tient en partie à l'image que renvoie le pays dans une région secouée depuis deux ans par les révolutions arabes. «Ce qui compte pour les investisseurs, c'est la stabilité économique, explique-t-il. Et avec plus de 200 milliards de dollars de réserves de change et un très faible endettement extérieur, l'Algérie est très rassurante.»
Les chiffres sont là pour le prouver : les investissements français en Algérie augmentent en moyenne de 20% par an depuis 2005, même s'ils ont enregistré un petit recul en 2010-2011. Il s'agit pour l'essentiel de services financiers (42%) et d'activités extractives dans les hydrocarbures (42%), mais de nouveaux projets sont en train de se mettre en place, notamment dans l'agroalimentaire, la pharmacie ou le BTP. Chaque année, quelque 800 entreprises françaises viennent en Algérie pour de la prospection. Mais surtout, de confidence d'entrepreneurs présents au forum, la crise économique mondiale en général et de la zone euro en particulier a obligé les investisseurs à prospecter d'autres marchés.
Langue
Au-delà des traditionnels liens entre les deux pays - 300 000 cadres français ont un lien familial avec l'Algérie - un patron du bâtiment énumère les avantages : «Avec l'Algérie, nous partageons la même culture méditerranéenne, nous n'avons pas besoin de traducteur, le risque de copie est quasi inexistant faute de savoir-faire, alors pourquoi j'irais chercher en Chine ce que je peux trouver à deux heures d'avion de Paris pour moins cher '» D'autant que, comme le souligne un intermédiaire français, «aujourd'hui, il y a une volonté politique très forte des deux côtés pour qu'il y ait plus d'échanges avec les Français, quitte à faire du gré à gré sur certains marchés pour nous favoriser».
Un diplomate français rappelle combien «le volet économique de la visite de François Hollande en décembre dernier était important». Hier, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a promis «d'améliorer le climat des affaires en prenant les mesures nécessaires pour lever les obstacles qui entravent l'investissement». Tout le monde attend clairement un assouplissement de la règle du 49/51%, mais sans le dire vraiment. «On a appris à faire avec, ce n'est plus un problème», ose un autre patron, diplomate. «Il faut d'abord que la France se construise une culture de l'international, ajoute un agrégateur d'entreprises présent au forum, car pour l'instant notre système export n'est pas construit pour que les PME s'implantent à l'étranger.»
évolution
Bousculée par ses voisins européens, comme l'Italie ou l'Espagne, pendant des années, beaucoup plus offensifs, la France a revu sa stratégie. «Avant, pour travailler avec les Français, il fallait y mettre le prix, rappelle un patron algérien. D'autres pays avaient une politique différente, plus volontariste.» Saïd Benbouziane, chargé de projet à la direction de l'Action économique de la Région Nord-Pas-de-Calais, explique que les politiques ont développé de nouveaux réflexes. «Maintenant, quand les élus locaux se déplacent, ils s'emparent de la question économique, comme le font les Allemands, par exemple. Lorsque Martine Aubry est venue en Algérie, elle était accompagnée dans sa délégation par Pierre de Saintignon, en charge de la coopération économique décentralisée.»
Le deal : les Français ne se contentent pas de «délocaliser» mais transfèrent des maillons de la chaîne de fabrication pendant que les Algériens récupèrent du savoir-faire. «Le pays a la compétence nécessaire. J'ai rencontré deux entreprises qui peuvent fabriquer 80% de mon produit dès demain», s'enthousiasme un chef de PME dans le transport. «La perception de l'Algérie reste très floue pour ceux qui n'y ont jamais mis les pieds, constate toutefois Jean-Charles Hirondel, conseiller export à Ubifrance. Des clichés infondés, liés à la décennie noire ou l'image de mauvais payeur , sont encore des freins aux démarches de certaines entreprises. Mais après une première expérience sur place, les entrepreneurs sont ravis de constater que toutes les idées reçues sur l'Algérie ne tiennent pas et mesurent tout le potentiel du marché.»
Un marché où il faut se montrer persévérant. «L'Algérie est un eldorado ! Voilà un mot que l'on entend souvent, souligne un intermédiaire. Mais est-ce que cet eldorado est à la portée de tout le monde ' C'est une question qu'il faut se poser ! Il est facile de répondre à des appels d'offres quand on est une grosse boîte mais pour une PME, ce n'est pas toujours facile. Parmi celles qui sont venues au 1er Forum, certaines sont toujours empêtrées dans des démarches administratives.»
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