En visite hier dans la capitale algérienne, Hillary Clinton a eu des entretiens au plus haut niveau sur la situation au Sahel. Peu enclins à une action essentiellement militaire sur laquelle ils émettent des réserves, les responsables algériens ont pu visiblement convaincre la secrétaire d'Etat américaine de la complexité de la crise malienne.
Les commentaires faits hier par la secrétaire d'Etat américaine, Mme Hillary Clinton, en visite d'une journée en Algérie, sur la conduite à tenir au Mali, ont dû refroidir l'ardeur française. A Paris, on attendait avec impatience ce petit coup de pouce de Mme Clinton pour «guérir» l'Algérie de son allergie chronique à une intervention militaire au Nord-Mali.
Mais au final, le «virus» semble avoir atteint la chef de la diplomatie américaine, qui est sortie de chez le président Bouteflika plus que jamais convaincue qu'il va falloir patienter pour mieux distinguer les cibles et ne pas tirer dans le tas' Au vu de ses déclarations après son entretien avec le Président, il est loisible de deviner que Mme Clinton n'est pas venue convaincre les Algériens de soutenir une intervention militaire au Mali.
Mieux encore, elle se serait même laissée convaincre par la démarche algérienne qui privilégie l'aspect politique de la solution à travers l'ouverture de canaux de dialogue avec des éléments «récupérables» d'Ançar Eddine. Mme Clinton semble en tout cas avoir mieux saisi les enjeux politiques et sécuritaires au Mali et pris la mesure des dangers que ne manquerait pas de provoquer une attaque militaire mal préparée.«L'Algérie étant l'Etat le plus puissant du Sahel, elle est devenue un partenaire crucial pour s'occuper d'AQMI ('). Elle doit être au centre de la solution à la crise malienne.» Cette déclaration d'un responsable du département d'Etat, à bord de l'avion qui amenait Mme Clinton à Alger, confirme toute l'attention qu'accordent les Américains aux réserves soulevées par les responsables algériens.
Pari perdu
Mme Clinton a donc confirmé cet état d'esprit qui consiste à appréhender froidement la situation au Mali dans sa complexité, loin de toute démarche hasardeuse aux conséquences difficilement imaginables. «Nous avons eu une discussion approfondie sur la situation dans la région et en particulier au Mali», a déclaré Mme Clinton aux journalistes. Et d'ajouter : «J'ai beaucoup apprécié l'analyse du Président, fondée sur sa longue expérience, concernant les nombreux facteurs complexes inhérents à la sécurité intérieure du Mali, ainsi que sur la menace que le terrorisme et le trafic de drogue font peser sur la région et au-delà.» De quelque bout que l'on prenne cette déclaration, on ne peut manquer de souligner la concordance de tons entre Alger et Washington.
Les Américains, qui ne veulent point s'engager à l'aveuglette dans les sables mouvants du Nord-Mali, veulent comprendre et savoir où il mettent les pieds. Il faut croire que le président Bouteflika a dû éclairer la lanterne de Mme Clinton pour se fendre d'une déclaration aussi désabusée. Mais en y regardant de plus près, on s'aperçoit que l'approche américaine de la crise malienne n'est pas loin de celle d'Alger. La sous-secrétaire d'Etat américaine aux Affaires politiques, Mme Wendy Sherman, a déclaré hier qu'«il existe une approche partagée entre Alger et Washington dans la recherche d'une solution globale assurant la stabilité et la préservation de l'intégrité territoriale du Mali, tout en éradiquant le terrorisme et le crime organisé par tous les moyens, y compris par la force».
Feu vert, feu rouge
Vus de Paris, les propos de Mme Clinton paraissent nettement moins engagés en faveur de l'action militaire dans «quelques semaines», comme le suggérait le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. A contrario, ils confortent l'approche algérienne, plutôt soucieuse des dommages collatéraux d'une éventuelle expédition sur un terrain miné.
Si Alger et Paris s'accordent sur le principe de l'usage de la force contre les irréductibles terroristes au nord du Mali, ils divergent nettement sur l'identité des cibles potentielles. Paris pense qu'il est illusoire d'évoquer un dialogue avec des groupes armés qui sont forcément terroristes et qui ont vocation à être combattus. Alger, elle, ne veut pas mettre dans le même sac Ançar Eddine, AQMI et le Mujao.
Les responsables algériens estiment qu'il est stratégiquement plus efficace de récupérer une bonne partie des éléments d'Ançar Eddine, acquis au dialogue, pour isoler les radicaux. Et Mme Clinton est visiblement acquise à l'idée d'approfondir les discussions et donner sa chance au processus politique. «Nous sommes convenus d'assurer le suivi de ces discussions par le biais de discussions d'experts et nous allons poursuivre ce travail en mode bilatéral et avec les partenaires de la région, en concertation avec l'Union africaine, la Cédéao et les Nations unies pour essayer de trouver des solutions à ces problèmes», a-t-elle déclaré. En un mot, le feu vert des Américains pour une intervention militaire au Mali est accompagné d'un feu rouge actionné à partir d'Alger.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Moali
Source : www.elwatan.com