La lettre signée d'Emmanuel Macron, datée du 6 août 2025, révélant un durcissement inédit à l'égard de l'Algérie, ne constitue pas seulement un épisode diplomatique parmi d'autres.
Elle est surtout le reflet d'une chute politique, celle d'un président français qui, après avoir promis le dépassement du clivage gauche-droite, s'enfonce dans une stratégie de court terme, prisonnière d'une vision autoritaire et néocoloniale.
L'échec intérieur : isolement politique et perte de légitimité
Le quinquennat de Macron touche à sa fin dans un climat délétère. Il a perdu sa majorité absolue à l'Assemblée nationale, cerné par un Parlement éclaté, une rue mobilisée, et une extrême droite en embuscade. Sous sa présidence, le front républicain a cédé, laissant place à une porosité assumée entre le macronisme et les thèses les plus réactionnaires. Il aura gouverné par 49.3, contourné les corps intermédiaires, méprisé les mouvements sociaux (gilets jaunes, retraites, jeunesse étudiante), et banalisé les discours stigmatisants. À force de reniements, Emmanuel Macron s'est isolé, non seulement du peuple français, mais aussi de son propre camp.
L'Europe sans leadership : le désastre ukrainien
La guerre en Ukraine, loin de révéler une Europe forte, a mis à nu ses failles : dépendance militaire aux États-Unis, incapacité à parler d'une seule voix, et suivisme atlantiste. Le président français, qui rêvait d' « autonomie stratégique », a fini par s'aligner sur la ligne dure de Washington, sans jamais peser véritablement sur les négociations de paix. Cette soumission s'est confirmée dans son obéissance aux injonctions venues de l'administration Trump, de retour sur la scène mondiale avec arrogance. La voix de la France, naguère indépendante, n'est plus qu'un écho atlantiste.
La droitisation assumée : Retailleau, Bardella et la peur comme cap politique
En France, Macron a accompagné - et parfois même précédé - la dérive droitière. Ses ministres ont repris à leur compte les éléments de langage de l'extrême droite, stigmatisant l'immigration, la banlieue, l'islam, les jeunes, les étrangers. L'émergence d'une ligne Bruno Retailleau au Sénat, soutenue dans les faits par l'Élysée, marque la normalisation d'un racisme d'État décomplexé, légitimant les politiques discriminatoires, les lois d'exception, et les restrictions aux libertés. Plutôt que de combattre les idées du Rassemblement national, Emmanuel Macron les a banalisées, intégrées, et mises en œuvre.
L'Algérie, victime collatérale d'une stratégie électoraliste
Dans ce contexte, l'Algérie devient la cible idéale d'une politique de diversion. La suspension de l'accord sur les visas diplomatiques, le blocage des consulats, la stigmatisation de l'immigration algérienne sont autant de gestes destinés à flatter l'électorat de droite et d'extrême droite, tout en relançant une vieille rhétorique néocoloniale. Le président français exige de l'Algérie une coopération sans condition, mais refuse de regarder les racines profondes du malaise franco-algérien : la mémoire, l'histoire, le respect mutuel, la souveraineté. Au lieu de bâtir un partenariat stratégique avec Alger dans un espace euro-méditerranéen apaisé - à l'image de l'Espagne et de l'Italie -, Macron choisit l'affrontement symbolique et l'humiliation diplomatique.
2027 : la petite porte
Macron quittera probablement l'Élysée par la petite porte. N'ayant plus de majorité, sans légitimité populaire, sans relais idéologique solide, il cherche déjà sa reconversion à Bruxelles, dans les couloirs de la Commission européenne. Mais comment un président qui a trahi ses engagements initiaux, détruit le front républicain, cédé aux démons de la xénophobie, et affaibli la diplomatie française, pourrait-il encore prétendre incarner une quelconque ambition européenne ?
Une page se tourne
L'Algérie, dans sa posture de fermeté et de souveraineté, ne fait que répondre à une arrogance dépassée. Elle parle désormais d'égal à égal, forte de ses alliances multiples, de sa stabilité régionale, et d'une politique extérieure assumée. Elle refuse les injonctions, les pressions, les logiques de subordination. La crise actuelle n'est pas un accident : elle est le produit logique d'un pouvoir français en perte de repères, obsédé par le court terme, prisonnier de ses vieux réflexes impériaux. Le temps du surplomb est fini. Et l'Algérie ne tendra pas la main à un président qui s'est détourné de l'Histoire.
Crise franco-algérienne : le miroir brisé de la mémoire coloniale
Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, les relations entre la France et l'Algérie sont marquées par une série d'incompréhensions, d'humiliations et de provocations, dans un climat tendu alimenté par une stratégie que l'on peut qualifier de néocoloniale. Loin de la prétendue volonté de réconciliation mémorielle, l'Élysée semble avoir adopté une stratégie punitive envers l'Algérie et les Algériens, jouant avec cynisme sur les leviers migratoires, mémoriels et diplomatiques. Le chantage aux visas décidé par Paris a ainsi privé des milliers d'étudiants, de chercheurs, d'artistes et de familles algériennes de possibilités légitimes de mobilité. Ce n'est pas un hasard : cette décision intervient peu après le voyage du président Abdelmadjid Tebboune en Italie, marqué par un rapprochement énergétique et stratégique. L'Algérie assume aujourd'hui une posture de non-alignement actif, misant sur une construction euro-méditerranéenne inclusive, en collaboration avec l'Italie et l'Espagne - au grand dam d'une diplomatie française crispée par la perte d'influence.
Mais au lieu de répondre par la diplomatie, Emmanuel Macron a choisi d'envoyer un signal inquiétant : c'est Bruno Retailleau, figure de l'extrême droite républicaine et promoteur d'un discours islamophobe et anti-algérien, qui est mobilisé pour rallier les pays européens contre Alger. Une démarche anormale, car ce n'est pas le ministère des Affaires étrangères qui est en première ligne, mais bien une frange de la politique française radicalisée qui entend faire pression sur l'Algérie. Le fond du problème, cependant, est plus profond. Il s'agit de la rente mémorielle que continue d'exploiter une grande partie de la classe politique française. L'État profond français, l'extrême droite et une partie des élites refusent d'accepter que la France ait perdu la guerre d'Algérie. Ils refusent de reconnaître la victoire politique et militaire du Front de libération nationale (FLN), et continuent d'entretenir le mythe d'une guerre « avec des violences de part et d'autre », plaçant sur un même plan la résistance anticoloniale et l'oppression coloniale. Cette manipulation du récit historique empêche toute réconciliation véritable entre les peuples.
Tant que la France ne reconnaîtra pas le colonialisme comme un crime contre l'humanité et qu'elle continuera de nier l'existence de la nation algérienne, les relations bilatérales resteront viciées. D'ailleurs, Emmanuel Macron a lui-même ouvertement nié l'existence de la nation algérienne dans ses déclarations à huis clos devant les descendants de Harkis, trois ans avant que Boualem Sansal ne reprenne cette idée dans une déclaration controversée. Ce contexte éclaire la responsabilité morale de Macron dans les malheurs de Sansal, écrivain égaré dans une stratégie politique qu'il ne maîtrise pas. Manipulé et instrumentalisé, Sansal s'est retrouvé piégé dans une position qui l'a coupé de son peuple. La décision de Macron de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en violation flagrante du droit international, s'inscrit aussi dans cette continuité coloniale. Elle révèle une volonté de diviser le Maghreb et d'affaiblir l'Algérie, fidèle à ses principes de décolonisation et de soutien aux peuples en lutte.
La France actuelle ne semble pas chercher à construire un partenariat d'égal à égal, mais à dominer et punir, dans une logique impériale surannée. Face à cette stratégie, l'Algérie oppose une vision claire : celle d'un monde multipolaire, d'un Maghreb uni, et d'un partenariat respectueux avec ses voisins du Sud comme du Nord. Elle refuse les ingérences, les humiliations, et les lectures tronquées de son histoire. Tant que la France officielle ne renoncera pas à sa nostalgie coloniale, aucune normalisation sincère n'est possible. La réconciliation entre les peuples passe par la vérité, la reconnaissance et le respect mutuel - pas par le chantage, la manipulation ni la réécriture de l'histoire.
La fin d'une illusion
Les Algériens, dans leur volonté de croire à une réconciliation sincère, ont peut-être fait preuve de naïveté en pensant que Macron voulait vraiment tourner la page. Mais la malice l'a emporté sur la sincérité. La France officielle ne veut pas d'un partenariat d'égal à égal : elle veut un Maghreb docile, divisé, et soumis à ses intérêts stratégiques. Aujourd'hui, l'Algérie doit s'affirmer avec clarté et fermeté, forte de sa souveraineté et de son poids géopolitique dans un monde multipolaire. Les peuples, eux, finiront par dépasser les manipulations d'un moment. Mais à condition que la vérité historique soit enfin reconnue.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : conséquent politique!
Source : www.lequotidien-oran.com