La loi de finances complémentaire pour 2009 n'a pas encore montré toutes
ses faces cachées. Après la suppression du crédit à la consommation pour les
particuliers, voici venir le temps d'une réglementation bancaire plus drastique
en matière de paiement des marchandises importées.
Dorénavant, les importations ne peuvent plus être opérées que par le
système de paiement du crédit documentaire. Les entreprises importatrices,
comme les entreprises industrielles qui s'approvisionnent sur le marché
international pour leurs intrants, ont manifesté de vives inquiétudes sur cette
exigence de la banque d'Algérie et des autorités financières algériennes. Et,
depuis exactement le 2 août dernier, le paiement des importations en Algérie ne
peut être effectué que par le biais de lettres de crédits, ou crédit
documentaire. Les nouvelles dispositions de la LFC 2009 font jaser les milieux
spécialisés dans l'import-export, car le règlement de la lettre de crédit reste
subordonné à la présentation, par le fournisseur exportateur, d'un «certificat
de contrôle de la qualité de la marchandise». L'article 66 du 22 juillet 2009
portant loi de finances complémentaire pour 2009 souligne que la réalisation
d'opérations d'importation ne peut être effectuée au moyen de procuration. Il
est exigé, pour l'accomplissement des formalités bancaires afférentes à
l'activité d'importation et de contrôle aux frontières de la conformité des
produits importés, la présence du titulaire de l'extrait du registre de
commerce ou du gérant de la société importatrice, alors que l'article 67
précise que l'accomplissement de la formalité de domiciliation bancaire des
opérations d'importation doit être préalable à la réalisation de celles-ci, à
leur règlement financier ainsi qu'à leur dédouanement et, enfin, l'article 69
tant incriminé par les entreprises importatrices, qui stipule que le paiement
des importations s'effectue obligatoirement au moyen du seul crédit
documentaire. L'ère du cash est révolue, et c'est comme une mesure de
prévention contre la fuite ‘'des capitaux'' que les autorités financières
algériennes veulent contrer. Mais, côté institutions bancaires, on met
volontiers un bémol à ces appréhensions, en expliquant que le Crédit
documentaire n'est pas si difficile que cela pour son obtention.
Lundi, les dirigeants des
entreprises ont manifesté leurs inquiétudes sur ce nouveau système de paiement
des importations, qui leur impose au moins la présentation, pour l'obtention du
Crédoc, d'une fiche de qualité de la marchandise. Les préoccupations évoquées
par ces opérateurs, lors d'une rencontre de vulgarisation des nouvelles
dispositions de la LFC 2009 organisée par la BEA pour la région centre du pays,
portaient notamment sur les délais de l'ouverture du Credoc, son coût et son
impact sur la trésorerie des entreprises. Selon des représentants d'entreprises
du centre du pays, l'instauration de ce mode de paiement risque d'avoir des impacts
sur les entreprises notamment en termes de coûts qu'ils génèrent. Le PDG de la
BEA, M. Mohamed Loukal, balaie d'une seule main ces inquiétudes et affirme que
cette nouvelle formule de paiement des achats effectués auprès de fournisseurs
à l'étranger proposée aux entreprises répond parfaitement à leur problème de
trésorerie. ‘'Le paiement différé, accordé auparavant par le fournisseur au
titre du transfert libre, a été reconduit dans le cadre du Credoc à paiement
différé'', a-t-il expliqué. Concernant le coût de cette formule de paiement,
qui hante les opérateurs, il n'y aura pas fondamentalement de hausse, selon le
patron de la BEA qui a précisé qu'il n'y a pas un accroissement de coûts dans
le cas des Credoc non confirmés, c'est-à-dire des crédits dont le paiement
n'est pas garanti. «Si le fournisseur fait confiance à son client et lui
accorde des transferts libres, il ne peut pas exiger dans le cadre du crédit
documentaire un Crédoc confirmé», a expliqué M. Loukal, précisant que «c'est la
confirmation du crédit qui est génératrice de commission «. Quant aux délais de
l'ouverture d'un Credoc, il a souligné qu'ils sont de 0 à 7 jours pour la BEA,
proposant à ce propos l'institution d'une ligne de crédit annuelle qui doit
être discutée avec les entreprises et ce, en fonction de leurs besoins en
financement.
Des rencontres similaires sont
prévues par la Banque extérieure d'Algérie pour ses clients des régions ouest,
est et sud du pays et axées sur l'explication de ce dispositif de paiement par
lettres de crédit des achats à l'étranger, et non plus par virements bancaires
ou du cash. La question essentielle étant, bien sûr, qui sera éligible au
Crédoc, et quel sera le délai de son obtention pour ne pas ralentir la machine
d'une croissance économique déjà au ralenti. Enfin, il y a, derrière cette
mesure, une volonté de l'Etat de mettre définitivement au tapis l'économie de
bazar.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mahrez Ilias
Source : www.lequotidien-oran.com