Jusqu'à quand continuera-t-on à convoquer à la barre des témoins qui n'ont rien vu et rien entendu'
Marouf Chebli, l'austère président de la section correctionnelle du tribunal de Bir Mourad Raïs (cour d'Alger) a une manière bien personnelle de conduire ses audiences tous les dimanches. Il débute l'audience par une question dont la réponse donne un aperçu net de ce qui va suivre, généralement, il appelle l'inculpé détenu qui se tient à l'intérieur du box mitoyen au banc réservé aux défenseurs. Et juste après qu'il eut rapidement jeté un oeil sur l'attitude de l'inculpé, il pose cette question: «Alors, il fait bon à Serkadji' Vous vous y êtes bien senti lors de votre détention préventive'» Et le détenu de répondre généralement: «Y a latif! Fasse Allah que je ne revienne plus dans ce pénitencier d'enfer!».
Et c'est sur cette réponse de feu que le magistrat signifie l'inculpation au pauvre bougre. Celui d'aujourd'hui traîne un lourd boulet nommé coups et blessures volontaires ayant entraîné un arrêt de travail de quinze jours.
Et le juge de bien préciser que les coups avaient été assénés de la tête. Et lorsqu'on regarde de près celle de Abdelghani F. et le frêle corps de Amor S. le directeur commercial victime, on devine la douleur, voire les douleurs qu'avait endurées le pauvre Amor. Cela écrit, il faut aussi, pour bien situer le délit, dire que l'inculpé est un jeune costaud, excité au plus haut point sauf que cette fois-ci, il est excité à la seule vue de Naïma Amirat, la représentante du ministère public dont le regard n'était nullement une invitation à une collation donnée au cours d'une cérémonie de circoncision d'un bébé chéri de ses jeunes parents, heureux de l'événement: celui d'ouvrir la porte au garçon de la salle d'accueil d'Ibrahim El Khalil.
L'ambiance plus que sinistre de la salle d'audience qui n'a, soit dit au passage, rien d'une salle où l'on rend justice par son tracé initial et même la touche finale qui accentuent la «mocheté» de toute la bâtisse aménagée en 1990 à la va-vite, rien que pour faire dire aux cerveaux du ministère que l'on a construit un tribunal.
Hélas! de 1989 à 2012 beaucoup d'eau a coulé sur et autour du vaste territoire de Bir Mourad Raïs qui crève de ne pas être à l'avant-garde des juridictions qui peuvent bomber le torse et s'exclamer: «Ca' c'est un tribunal!»
Et pour revenir à l'ambiance, c'est le bref interrogatoire qui n'a valu que par les réponses de la victime et du détenu qui ont plus éclairé le tribunal que celles de Fatek L. le seul témoin qui a donné sa version des faits sans avoir pu situer ce qui s'est réellement fait ou dit.
«Je n'ai même pas entendu de quoi retournait la situation» avait articulé l'unique témoin qui sera remercié par Chebli qui avait noté au passage l'an ferme requis par Amirat assis confortablement au chaud, juste pour ne pas trop chercher des poux dans la tête de l'inculpé qui a dit, tout comme la victime, qu'il ne connaissait pas son adversaire.
Le président qui a sans doute compris que des mots de trop avaient été lâchés, ce qui a dû donner le tournis à Abdelghani qui a utilisé sa tête au lieu de sa langue.
C'est ce qui fait que souvent, les citoyens qui voient un de leurs membres être brandi en guise de... dialogue. Un dialogue qui ne se présente jamais lors des malentendus qui jouent forcément de mauvais tours aux gens et de faire perdre le précieux temps à nos valeureux magistrats!
Et comme pour tenter de calmer une victime qui ne tenait plus en place même si elle s'était désistée sur ses droits sur le plan civil, le président décide une mise en examen du dossier du jour..
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdellatif TOUALBIA
Source : www.lexpressiondz.com