Primo, la
corruption ne laisse rien pousser de sérieux. Même pas le gazon. Secundo, elle
s'est généralisée de bas en haut et de droite à gauche. Tercio, elle a commencé
par le haut.
En témoignent les
chiffres vertigineux annonciateurs d'un suicide collectif. Quarto, il n'y a
jamais eu de volonté politique pour transformer le système au lieu de continuer
à faire remplacer Moussa El hadj par El Hadj Moussa. Continuer de croire qu'en
changeant les hommes aux postes de l'Etat, on change la conception de l'Etat,
ignorant qu'il faut d'abord construire un Etat, est un jeu qui n'intéresse que
ceux qui le pratiquent. Par le bas ou par le haut, mais construire un Etat et
lui donner un sens, des limites et une dynamique d'alternance selon des idées,
des idéologies ou selon les solutions de l'époque.
Cette semaine a vu l'installation du
président et des membres de l'Office Central de Répression de la Corruption.
Enfin ! En fait, cet Office avait été annoncé par une ordonnance du 25 août
dernier dans un titre « trois bis », complétant la loi du 25 février 2006,
portant sur la prévention et la lutte contre la corruption. Les lois
algériennes en la matière font suite à la ratification par l'Algérie de la
convention des Nations unies contre la corruption. Ce n'est pas une
revendication parlementaire ou gouvernementale, loin de là. On y parle, ainsi
que dans les lois algériennes, de la corruption d'un agent public en précisant
certaines notions de point de vue terminologiques, car dans la corruption, il y
a deux parties, c'est un peu comme dans le mariage sauf qu'on s'entend pour la
vie. L'article 25 de la loi précise que le fait de promettre d'offrir
directement ou indirectement un avantage indu à un agent public «pour qu'il
accomplisse ou s'abstienne d'accomplir un acte dans l'exercice de sa fonction»
est une tentative de corruption. Cet article concerne les corrupteurs. Il
précise aussi que «le fait pour un agent public de solliciter ou d'accepter
directement ou indirectement un avantage indu pour lui-même ou pour une
personne ou une entité afin qu'il accomplisse ou s'abstienne d'accomplir un
acte dans l'exercice de sa fonction», ce qui définit le profil du corrompu. On
peut s'arrêter à ces deux notions car la loi est plus explicite, reprenant
pratiquement les termes de la convention onusienne. Rien n'a été laissé au
hasard au point où même la promesse ou l'acceptation d'un cadeau peut être
assimilée à de la corruption. Or en l'absence de statistiques à ce niveau et
suite à la légalisation par les imams de la «hidaya», lors de leurs prêches, il
se pose un problème de discernement que doivent faire les membres du nouvel
Office créé. Première question: y a-t-il des agents de l'Etat qui ne soient pas
encore corrompus ? Si l'on demandait à n'importe quel Algérien qui a été pris
au moins une fois dans l'engrenage de la bureaucratie, on serait bien amené à
constater que les appareils sont entièrement gangrénés. Par où alors va
commencer le nouvel Office qui doit constituer un instrument de purification,
mais qui risque aussi de se retrouver dans une spirale qui tournera au ralenti
dans le meilleur des cas.
Constitué de fonctionnaires théoriquement
avertis, rompus à la gestion des deniers publics et connaissant aussi bien le
sérail que ses capacités de nuisance, l'OCRC pourrait bien très rapidement nous
livrer quelques têtes dont on ne se doute même pas. Et il en a non seulement la
mission mais aussi la capacité. Selon la loi. Selon cette même loi, la
compétence de cette institution s'étend à «tout le territoire national en
matière d'infractions de corruption et des infractions qui leur sont connexes».
Un peu comme le FBI, sauf que le FBI peut aller au-delà des frontières et c'est
ce qui le rend plus intéressant. Même le secteur privé n'a pas été oublié. Mais
la loi parle aussi de la dénonciation. Ceux qui dénoncent abusivement sont
punis tout autant que ceux qui s'abstiennent de dénnoncer. une infraction.
Mais on ne dit pas comment la loi protège les
dénonciateurs, alors que la loi du silence révèle un manque de confiance dans
la justice. La pratique de la corruption étant le résultat d'une situation qui
s'est multipliée particulièrement depuis ces dix dernières années et à l'ombre
des grands projets, faut-il s'attendre à un coup de pied dans la fourmilière ou
un coup d'épée dans l'eau? Si le dispositif dont la mise en Å“uvre dure depuis
2006 ne fait que répondre à une validation du droit international, il est
évident qu'il faut s'abstenir de crier victoire.
Si maintenant les membres de l'OCRC veulent
imprimer une nouvelle politique qui sauvera les institutions et remettra de
l'ordre dans la chose publique, il serait souhaitable de faire appel à toutes
les bonnes volontés qui ont échappé à la tentation du diable et on peut en faire
rapidement l'inventaire. Gardons à l'esprit qu'Al Capone a été «descendu» par
le fisc sur la base des signes extérieurs de richesses. Ce sont ces signes qui
permettent de comparer le train de vie avec le niveau des revenus. Il n'est pas
rare chez nous de voir des personnes qui ne sont affiliées à aucun organisme de
sécurité sociale ou à une subdivision des impôts, ou encore clients de banques,
vivre comme des patrons de multinationales. Nul ne peut ainsi vivre sans
protection d'un clan ou d'une personne influente dans les sphères de l'Etat.
«En tirant sur la tige, on peut aboutir à la racine» dit un proverbe thèque. Et
c'est précisément en commençant par les choses apparentes et qui crèvent les
yeux, que les petits cachotiers qui restent plantés derrière un bureau entrent
en scène malgré eux.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ahmed Saifi Benziane
Source : www.lequotidien-oran.com