
On fait appel aux artistes pour décorer les billets de banque mais l'art et l'argent ne font pas toujours bon ménage, surtout dans notre pays où toutes les règles universelles ont été abandonnées au profit de systèmes hasardeux et boiteux créés au nom d'une spécificité pourtant changeante selon les conjonctures.Nous avons eu nos années noires où les expressions culturelles ont été chassées, détruites, interdites de facto. A leur sortie, nous avons eu une reprise indéniable que la manne pétrolière a été facilitée avec des budgets confortables. Il fallait sans doute que tout cela ait lieu pour que les artistes reprennent le chemin de leurs scènes et les publics celui des salles, encore que par discipline, les choses peuvent différer.Mais dans l'ensemble, oui, il fallait encourager cette reprise et l'Etat était alors dans son rôle avec, à la clé, la gratuité des accès. Cela a donné des résultats puisque, dans les faits, des arts ont repris vie et leurs publics se sont reconstitués. On a même vu des disciplines, telles que la musique symphonique universelle, qui n'avait jamais eu grand monde même au «bon vieux temps» attirer des foules au festival créé à cet effet.Aussi, quand celui-ci a instauré une entrée à 250 DA, cela n'a choqué personne et a rassemblé le même public où ne dominent pas, loin de là, les nantis. Au passage, signalons que l'un des orchestres étrangers invités avait quitté Alger pour se produire à Vienne à 70 ? l'entrée et réservation six mois à l'avance !La crise des années 1980 et la présente nous apprennent que la moindre fluctuation du pétrole peut avoir une incidence directe sur notre vie et, à plus forte raison, sur notre vie culturelle que nos dirigeants, mais pas seulement eux, considèrent souvent comme improductive et luxueuse quand tant de pays dans le monde, riches ou pas, nous montrent que l'art peut générer de la richesse et des emplois et participer à la croissance. Mais nous attendons toujours d'être au pied du mur pour envisager l'avenir.Crise ou pas, il est malsain de continuer à compter sur l'Etat pour assurer directement la vie culturelle du pays. Malsain et même dangereux, car cela peut entraîner le développement d'une culture officielle et tuer dans l'?uf les expressions novatrices.Il faut donc, comme partout où l'expérience et la raison règnent, encourager le développement des industries culturelles. Les Algériens sont capables dans ce domaine de produire des merveilles comme ils l'ont déjà prouvé, mais en partie seulement du fait des contraintes de l'environnement. Si l'on étudiait mieux la déferlante du raï sur le monde dans les années 1980, on y verrait autant un phénomène artistique qu'économique à part que nous avons laissé d'autres en profiter. L'ONDA, qui n'a récupéré pourtant que des broutilles des flux financiers mondiaux du raï, a perçu des sommes appréciables en devises résultant des droits d'auteur de ce genre à l'étranger. Nous n'avons pas d'autre voie pour assurer l'avenir culturel de l'Algérie que d'encourager les investisseurs privés à s'y engager. La situation diffère d'une discipline à l'autre mais prenons le cas du cinéma dont le financement dépend du Fdatic (Fonds de développement) lequel puisait ses recettes de la billetterie des salles. Avec la fermeture de ces dernières, ce fonds est devenu dépendant de l'Etat et donc, puisque crise il y a, il est condamné à s'effilocher au lieu de bénéficier d'un système vertueux où les entrées génèrent la production de films.Le ministère de la Culture appelle depuis l'année dernière les privés à investir. Il y a des mesures qui ne dépendent pas de lui et qui pourraient être prises au niveau fiscal ou autre. Mais fondamentalement, on ne peut susciter une telle dynamique avec l'esprit de gratuité.Qui paie les droits d'auteur des artistes et écrivains ' Les recettes de leurs ?uvres.Et comment envisager l'épanouissement de l'art sans le bénéfice des créateurs ' De plus, la gratuité encourage indirectement la médiocrité. Puisque c'est l'Etat qui finance, tout individu vaguement inspiré et se prétendant artiste se considère en droit de réclamer son tribut, sans la sanction d'un public qui paie et crée les notoriétés.Bien sûr, il faut abandonner cette gratuité de manière progressive et raisonnable, éviter de passer du tout au tout comme nous avons coutume de le faire. Les tarifications doivent être diversifiées en fonction des situations et des âges avec des catégories de gratuité (enfants, étudiants?), des réductions et des abonnements. Le paiement fait craindre à juste titre une sélection par l'argent, mais nous sommes ici dans la même situation que les produits subventionnés, ou la médecine gratuite, créée pour les plus démunis, mais qui profite même à des castes richissimes. Il faut donc ménager des systèmes de soutien ciblés pour l'accès à la culture et les solutions ne manquent pas. Enfin, ne pas oublier que lorsque l'Etat paie la culture, c'est lui qui la contrôle à la source. La gratuité a toujours un coût.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Ferhani
Source : www.elwatan.com