
On lance à peine le e-payement quand l'Afrique est déjà rompue à l'utilisation du m-paiement et qu'ailleurs dans le monde on en est au paiement biométrique. Serons-nous toujours en retard d'une guerre ou bien peut-on faire autrement 'Il faudrait faire attention et ne pas confondre technologie et usages. Nous avons par exemple accusé un retard, dans le lancement de la 3G. Notre besoin de cette technologie était primordial. Pour preuve, une fois lancée, la 3G a immédiatement répondu à un besoin. C'est une technologie «disruptive» ou perturbatrice, comme disent les Anglo-saxons. Les chiffres et la transformation numérique actuellement en marche dans notre pays, quoique, le montrent très clairement.Par contre, le m-paiement est un usage. En tant que tel, il est lié socialement et culturellement aux pratiques économiques du pays. Je veux dire par là que le paiement mobile n'est pas une nécessité absolue comme le serait le e-paiement. Ce dernier est le compagnon indispensable de la transformation numérique. La construction d'une économie numérique sans e-paiement est impossible, alors qu'elle est tout à fait possible sans m-paiement.Nous ne sommes donc «pas en retard d'une guerre» et le fait de ne pas avoir adopté le m-paiement n'est pas un constant de ce retard.Par contre, si nous analysons le modèle de m-paiement auquel vous faites référence, dans sa version africaine. Le «M-pesa» - M pour mobile et pesa, argent en swahili - a démarré au Kenya pour très vite être adopté dans d'autres pays limitrophes et bien au- delà.Ce mode de paiement mobile a évolué, à la base d'un procédé d'aide au paiement de microcrédits à un système de paiement mobile. Il est actuellement consacré et repris par près de 90 pays dans le monde avec plus de 120 millions d'utilisateurs actifs. Ce type de paiement est né dans un pays émergent et il progresse dans ces mêmes pays, là où le m-paiement a pratiquement remplacé le compte en banque. Ses usagers sont souvent relativement pauvres, ils ne sont pas jugés comme profitables par les banques.Il se trouve que plus de 2,5 milliards de personnes ne disposent pas de compte en banque dans le monde, alors que plus d'un milliard ont accès à leur téléphone mobile avec une capacité de m-paiement. L'amélioration de la connectivité, la sortie de smartphones à bas prix couplé à l'utilisation croissante d'internet sur le téléphone mobile ne fera qu'augmenter ces chiffres.Maintenant, il se trouve que parallèlement à l'aventure africaine qui, il faut le préciser, date quand même de 2007, le paiement mobile est en train de s'installer tout naturellement, car la technologie et les usages se rencontrent partout dans le monde.Autrement dit, il faut faire la part des choses, le m-pesa a répondu en son temps et répond toujours à un besoin réel dans des pays où la bancarisation est faible d'avec le m-paiement ce qui est une évolution normale des usages et non plus un phénomène.D'une manière générale, la «révolution du paiement mobile», dont il est question un peu partout dans la littérature technique, n'en est pas une ; le m-paiement est déjà en place et l'usage est en train de suivre plus vite qu'on ne le pense.En ce qui nous concerne, cela ne se fera qu'une fois que la loi sur le e-commerce est votée par l'APN et promulguée sans oublier que le e-paiement lancé symboliquement le 4 octobre, soit très vite étendu à toute la sphère économique? numérique.Certains consommateurs mettent en avant l'aspect sécurité informatique et piratage pour exprimer leur réticence vis-à-vis de ce mode de paiement. Ces craintes sont-elles justifiées selon vous 'Dans l'absolu, il est vrai que le risque existe et il est même double. Le premier est intrinsèque à la carte de paiement ; elle peut être volée ou, pour certaines, répliquées. Le second est que l'opération de paiement en ligne à travers internet n'est pas non plus sans risque.La sécurité et la sécurisation des transactions à travers internet sont indispensables et encore plus lorsque celles-ci sont complètement dématérialisées, les risques sont réels et multiples. ça c'est la mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle est que les méthodes et les techniques pour sécuriser aussi bien la carte de paiement elle-même que ses transactions en ligne existent et sont totalement prises en charge pour assurer leur confidentialité et leur intégrité.C'est ainsi que celles des cartes de paiement qui répondent à la norme EMV (EuroPay, MasterCard et Visa) rendent pratiquement impossibles toutes fraudes, tout en réduisant les coûts de protection et d'assurance d'une manière drastique. En ce qui concerne la sécurisation des opérations en ligne, des méthodes de plus en plus performantes existent pour limiter au minimum toutes les formes d'actes malveillants.Ceci dit, la tendance, à moyen et long termes, est la disparition progressive de la carte en plastique. Elle sera à terme transférée vers le mobile ou un objet connecté équivalent. En attendant de s'en passer, elle a encore de petites belles années devant elle, aussi bien chez nous qu'à l'étranger.Plusieurs gros et petits équipementiers ont déjà commencé cette opération de transfert depuis quelques années déjà avec une accélération depuis le début de l'année 2015. Dans les smartphones actuels et ceux qui arrivent, qu'ils soient androïd ou comme le dernier IOS d' Apple (ApplePay), ceux-ci dématérialisent complètement la carte de paiement en le photographiant, ce qui permet son utilisation par une authentification biométrique par le propriétaire.Comme avait dit un jour l'ingénieur américain Robert Metcalfe qui est aussi fondateur de 3Com : «Le futur est déjà là. Simplement, il n'est pas réparti de manière uniforme?»Les conditions sont-elles réunies pour un développement rapide de ce moyen de paiement quand on sait la qualité du service internet et l'importance du cash dans la culture algérienne 'L'exemple du m-pesa prouve que c'est l'usage qui inspire et force la technologie, elle, par la suite s'y adapte pour y répondre.En Algérie, au début des années 2000, au lancement du mobile pour le grand public, l'utilisation de l'internet était très marginal avec une pénétration de moins de 1% et une bande passante pour tout le pays de 2,5 Gbps. Dix ans plus tard, les téléphones s'en trouvent connectés et devenaient de plus en plus intelligents. Ils utilisaient l'internet d'abord pour les mails, puis très vite pour surfer. Cela a permis notamment de multiplier le nombre d'internautes par 100 en atteignant un taux de pénétration de plus de 13% et multipliant la quantité de bande passante par 20 à plus 50 Gbps, c'était il y a 6 ans.Nous sommes actuellement à un taux de pénétration de plus de 37% avec une bande passante de plus de 500 Gbps. Il est vrai que malgré ses difficultés et multiples dysfonctionnements, Algérie Télécom, qui est actuellement l'unique fournisseur de bande passante internet, fait tous les efforts du monde pour moderniser et développer encore plus son réseau pour mettre à disposition de sa clientèle l'internet qu'elle mérite. Sous la pression des opérateurs mobiles et alternatifs, les développements se font, des dizaines de milliers de kilomètres de fibre optique sont déployés un peu partout dans le pays, avec toujours plus de bande passante internationale mise à disposition.Mais a-t-on besoin d'y aller à ce rythme à un moment où le sans fil aussi bien domestique que métropolitain est en train d'être la norme partout dans le monde ' En quoi, par ailleurs, la liaison fibre optique Alger-Abuja, au Nigeria sur laquelle l'Algérie travaille et dépense des sommes faramineuses depuis des années, améliorera la qualité de la connexion de l'Algérien dans sa vie de tous les jours 'Ce qui est important et primordial c'est améliorer et pérenniser ce que nous avons déjà en termes d'infrastructures et surtout que la qualité suive. C'est ainsi que la qualité de service est tout simplement indispensable pour le fonctionnement des paiements sécurisés sur internet. Le type d'applications que demande le e-paiement ne peut souffrir ni de micro-coupures encore moins de pertes de connexion.Nous osons espérer que sous la pression de ces nouvelles demandes que la transformation de notre économie en économie numérique va exiger l'explosion du nombre d'internautes depuis l'avènement de la 3G, aiguillonnée par la 4G qui vient juste d'être lancée, l'Etat saura donner et faire appliquer la bonne feuille de route tout en mettant à la disposition d'Algérie Télécom les moyens et les capacités intellectuelles pour choisir, motiver et outiller toutes ses ressources pour prendre en charge tous les rendez-vous qui sont d'une extrême importance pour le futur immédiat de notre pays.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Safia Berkouk
Source : www.elwatan.com