
Après avoir ouvert de façon anarchique le marché national aux produits d'importation, au grand bonheur de la nouvelle race d'importateurs qui ont essaimé à l'ombre de la libéralisation de l'économie nationale, les pouvoirs publics en appellent au patriotisme économique des Algériens. La campagne nationale «Consommer algérien» lancée à grand renfort de publicité, dimanche, ne semble pas avoir produit l'électrochoc attendu auprès des consommateurs, des patrons de PME/PMI algériens ainsi que des associations de défense des consommateurs.Lesquels ne montrent pas le même emballement pour cette campagne, engagée sans eux, sous la pression des contraintes de l'environnement économique extérieur. Une campagne de ce type ne peut réussir et soulever l'adhésion populaire que si elle réunit certaines conditions objectives en amont et en aval du marché de la consommation. Le patriotisme et le sens de l'abnégation ne se décrètent pas à coups de slogans ronflants auxquels même les initiateurs de cette opération ne croient pas.La condition première pour que l'appel aux consommateurs soit entendu et suivi d'effet est la légitimité du pouvoir et la crédibilité des institutions et de nos dirigeants. «Fais ce que je te dis, ne fais pas ce que je fais», c'est, résumé, ce que la vox populi retient de cet activisme des autorités pour inciter à la consommation du produit made in Algeria.Les défenseurs patentés de la sauvegarde et de la promotion de la production nationale ne sont pas toujours ceux qui font dans l'activisme, confortablement installés dans leur poste dans les institutions de l'Etat. Leur marché, ils le font ou le font faire quotidiennement à l'étranger par leurs conjoints, enfants et amis.A-t-on déjà croisé un ministre ou un haut responsable algérien dans un souk ' A-t-on vu ces messieurs qui nous gouvernent s'habiller et se nourrir algérien ' Passer leurs vacances dans les complexes touristiques algériens ' Préférer la Symbol fraîchement sortie de l'usine de Tiaret aux grosses cylindrées d'importation ou rouler en bicyclette du complexe de Guelma ' Confier leurs avoirs aux banques algériennes ' Ceci pour dire que ceux qui doivent donner l'exemple pour que cette campagne ait un sens pêchent eux-mêmes par défaut de patriotisme.Appeler les Algériens à consommer local implique une stratégie de développement économique basée sur la compétitivité de l'outil de production national et sur la maîtrise des coûts de production pour offrir aux consommateurs des produits de qualité, concurrentiels avec les produits d'importation et à des prix tenant compte du pouvoir d'achat des citoyens.Ni les choix économiques du pays orientés vers l'économie de bazar ni les lois encadrant le processus de développement ne favorisent le passage vers un statut de pays émergent. Faut-il rappeler cette absurdité économique de la loi de finances qui a aligné les importateurs sur les producteurs en matière du taux de l'impôt sur les bénéfices ' Le retour au crédit à la consommation n'est pas la panacée pour booster la consommation nationale.La formule ne peut toucher que les consommateurs qui ont la capacité de rembourser. Les riches ne changeront rien à leurs habitudes de consommation. Quant à la classe moyenne et aux petites bourses, elles n'ont pas attendu cette campagne pour consommer algérien. Pas forcément par patriotisme, mais par réalisme.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Omar Berbiche
Source : www.elwatan.com