Les centres de transfusion sanguine sont désormais retirés des hôpitaux. Il n'y aura plus de collecte de sang dans chaque hôpital, mais un centre principal par wilaya pour la récolte des dons. Les dispositions de ce nouveau décret compliqueront davantage la situation en matière de conservation et de sécurité transfusionnelles. 450 000 dons ont été collectés en 2011 contre 250 000 il y a dix ans.
Les besoins en don du sang se font de plus en plus importants en raison du nombre élevé de malades souffrant de différentes pathologies. Si la majorité de ces dons va directement dans les soins intensifs des patients thalassémiques et les anémiques qui ont un besoin quotidien tout le long de leur vie, l'autre partie sert les accidentés de la route et les malades des services de chirurgie. Un réel gouffre où d'énormes pertes sont constatées. «Des poches de sang sont jetées dans les poubelles des hôpitaux», regrette un praticien d'un grand centre hospitalier à Alger. Une situation dramatique qui est la conséquence d'une absence réelle d'une politique de la sécurité transfusionnelle et de l'hémovigilance recommandée par l'OMS. Ces pertes sont donc liées au stockage des poches de sang dans des réfrigérateurs commandées auprès des CTS pour un malade qui n'a pas finalement été opéré ou simplement qui n'a pas eu besoin. Ces poches ne sont pas restituées, elles sont donc gardées, mais dans des conditions pas toujours normales, à savoir le non-respect de la chaîne de froid.
Les poches pédiatriques inexistantes
Plusieurs services font leurs commandes à l'avance après avoir établi leur programme opératoire pour ne pas être contraint d'en avoir besoin dans l'urgence, sachant que les dons sont toujours insuffisants et les quantités limitées dans les CTS. Les plus grosses pertes sont par ailleurs constatées dans les services de pédiatrie. Les quantités de sang ou de plaquettes utilisées dans l'indication pédiatrique sont très minimes, mais les poches disponibles sont destinées à l'usage adulte. «Il arrive donc de jeter les trois quarts de la poche parce que le patient n'avait pas besoin de toute cette quantité», nous explique un pédiatre qui appelle à une rationalisation des cette denrée rare.
Le Pr Hamlaoui, chef du service réanimation en pédiatrie à l'hôpital Parnet, estime qu'il y a une méconnaissance de la sécurité transfusionnelle. Faisant référence à une étude réalisée il y a quelques années dans le service, le Pr Hamlaoui a signalé que 50% des professionnels de la santé ne savent pas où conserver le sang. Le pire est surtout dans le cas d'incidents, les personnes interrogées ne savent pas quoi faire. «Le paramédical n'a pas la formation nécessaire pour justement assurer une réelle sécurité transfusionnelle. L'hémovigilance est quasi inexistante», a-t-il déploré et de s'interroger sur l'état des lieux dans des centres hospitaliers en dehors de la capitale. Il a par ailleurs insisté sur les transfusions inutiles que certains professionnels de la santé préconisent. C'est justement par méconnaissance en la matière qu'il y a excès dans l'indication pour la transfusion.
«Dans notre service, où 550 malades par an sont pris en charge, il arrive de faire 5 à 6 transfusions. L'utilisation des produits sanguins est très fréquente chez nous. C'est une moyenne de 10 à 17 poches par an et rarement les plaquettes. Par contre, le plasma frais congelé (PFC) est utilisé environ 30 fois par an. Il nous permet de lutter contre les infections chez les nouveaux-nés. J'ai interdit le stockage des poches de sang dans le service. Nous faisons la demande pour qu'il soit directement utilisé. L'utilisation des dérivés sanguins est importante en pédiatrie. 7 malades sur 10 âgés de moins de deux ans ont en besoin, mais de petites quantités seulement sont utilisées. Malheureusement, le conditionnement pédiatrique n'existe pas. Ce qui nous contraint à prendre que ce dont nous avons besoin. C'est une perte», a-t-il ajouté. Le Pr Hamlaoui estime qu'il est temps d'engager une réflexion sur ce qu'est la sécurité transfusionnelle, faire un état des lieux et surtout faire une évaluation des connaissances de tous les acteurs et assurer une meilleure sensibilisation du citoyen.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamila Kourta
Source : www.elwatan.com