L'opinion publique est sous le choc des dernières déclarations publiques, plutôt méprisantes, du SG du FLN, Djamel Ould Abbès. Samedi, il a démoli encore plus le peu de crédit qu'il a auprès des Algériens et donné des arguments de plus à tous ceux, au sein du plus vieux parti du pays comme dans les centres de décision, de vouloir se débarrasser de lui, ou qui travaillent en coulisses pour son départ. Bien plus, ses remontrances au président de l'APN montrent clairement qu'il a une estime singulière pour les Algériens, comme il est visiblement peu au courant des nouveautés de la Constitution révisée de mars 2016.Il y a d'abord ce reproche qu'il a lancé depuis la ville de Bouira au président de l'APN, Saïd Bouhadja, coupable d'être allé prendre un café dans une rue piétonne de la capitale. Suffisant pour provoquer l'ire du SG du FLN. Pour le SG du FLN, le président de l'APN a commis un crime de lèse-majesté en sortant de la bulle de l'institution qu'il représente et confirme implicitement la séparation de fait entre les hauts responsables du pays avec le reste de leurs administrés. La réaction d'Ould Abbès peut être même assimilée à un haut-le-c?ur devant un Bouhadja assis paisiblement à une table en train de siroter un café. Que le SG d'un parti, qui se réclame d'une large base sociale et de militants qui représentent toutes les catégories sociales du pays, pense que prendre un café avec ses concitoyens est un acte dégradant pour un responsable, d'autant qu'il est le président de la seconde chambre du Parlement, n'est rien moins que du mépris. «Ne va pas prendre un café dans les rues donne de la valeur à l'institution de l'Etat qu'est le Parlement», aurait ainsi maladroitement conseillé Ould Abbès au président de l'APN.
Que c'est triste que le SG du FLN, qui se revendique d'un «parti qui a sur les épaules 1,5 million de martyrs et qui a libéré le pays», pense qu'il est dégradant pour un responsable d'une institution de l'Etat d'aller se promener en ville ou prendre un café avec ses concitoyens. Sinon de se comporter non pas comme un «apparatchik» refusant de descendre discuter avec la «plèbe» en dehors des temps électoraux, mais comme un simple Algérien, un modeste citoyen qui veut souffler et faire baisser la pression que les responsables de son parti exercent sur lui pour le pousser à la démission. Vraisemblablement, le SG du FLN ignore d'autre part les nouveautés politiques et institutionnelles de la Constitution révisée. A moins d'un malencontreux moment d'égarement, le SG du FLN contredit ainsi la loi fondamentale en estimant, à propos de la crise actuelle au sein de l'APN, que «c'est la première fois que la troisième institution de l'Etat arrive à cette impasse». «L'Assemblée populaire nationale est la troisième institution de l'Etat. On doit préserver son importance et sa valeur. On ne doit pas descendre dans les cafés et les rues», pense Djamel Ould Abbès, en contradiction avec l'article 10 de la Constitution révisée, qui stipule que «les institutions s'interdisent les pratiques féodales, régionalistes et népotiques».
La réaction du SG du FLN sur la virée du président de l'APN dans les rues d'Alger, à seulement quelques centaines de mètres du siège de l'APN, n'est rien moins que l'expression d'un total mépris pour ses électeurs et une condescendance inimaginable chez le SG du plus grand parti en Algérie. A moins que la résistance de Bouhadja n'est en train de faire perdre le sens de la mesure à ses opposants en révélant leur vraie personnalité.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mahdi Boukhalfa
Source : www.lequotidien-oran.com