
La commune la plus touchée de la capitale durant la décennie noire n'arrive toujours pas à se défaire de son quotidien lamentable, et la population, excédée par le laxisme des élus et des autorités, est aujourd'hui au bord de l'explosion. Les raisons sont multiples, comme le montre le reportage qui suit.L'ancienne route, côté sud de la ville, reliant Baraki aux communes de Larbaa, Sidi Moussa et El Kalitous (Eucalyptus) n'a pas changé depuis des décennies. Le même décor : mal bitumée, poussiéreuse et pleine de crevasses. L'emprunter, il y a vingt ans, était synonyme d'aventure suicidaire. Les hordes sanguinaires qui contrôlaient toute la région imposaient leur loi autant aux gens de passage qu'aux résidents. Amar, pas loin de la soixantaine, a vécu cette période critique, et c'est avec beaucoup d'émotion qu'il en parle. «Ceux qui ont mis le pays à feu et à sang nous obligeaient à rentrer chez nous dès la fin de la journée. Après cela, la commune entière était à leur merci. Un couvre-feu informel était instauré au crépuscule. La suspicion étant de rigueur, on ne pouvait se confier à personne. Même entre frères, on se méfiait les uns des autres. Personnellement, j'ai été agressé physiquement sur cette route par un petit groupe armé qui m'a reproché de n'avoir pas vu passer une patrouille de militaires sur un champ appartenant à mon beau-père. Cette région a connu des moments très difficiles dont les habitants gardent des séquelles jusqu'à présent. Mais à quoi aura servi le sacrifice de la population puisque la misère est toujours là ' Hormis le chef-lieu, et c'est discutable, la commune est loin de satisfaire aux besoins urgents de ses citoyens». Une conclusion non exagérée en fait. A la vue d'un bus, notre interlocuteur s'excuse pour y embarquer. Un de ces objets roulants non identifié. Sale, brinquebalant et plein comme un ?uf qui démarre en laissant un nuage de fumée et de poussière. A propos de transport, la commune est mal desservie. En dehors du centre-ville où la petite station est bondée pour les directions d'El Harrach, Tafourah et quelques communes avoisinantes, les haouchs n'ont pas droit de cité. Certains de ces derniers ont pourtant bénéficié récemment de la réfection des routes et du branchement au gaz de ville, mais le manque de transport en fait des coins isolés. Le calvaire ne s'arrête pas à ce point. Les habitants des haouchs n'ont pas de polycliniques ni même de centre de santé. Et quand on sait que le gouvernement a souvent inscrit dans son agenda la prise en charge prioritaire des régions ayant souffert des affres du terrorisme, l'on est en droit de se poser l'inévitable question de savoir où est passée la part des citoyens de Baraki '
Un envahisseur nommé béton
El Mihoub, Meriem, Aziza, sont entre autres haouchs ayant été choisis par les autorités pour y implanter leurs programmes destinés à la résorption de l'habitat précaire lancés à la faveur de l'embellie financière des années 2000. Des milliers de logements ont été construits sur ces terres, hier des vergers à perte de vue, aujourd'hui envahis par le béton. Les habitants de Baraki voient en ces actions pas moins qu'un massacre à la tronçonneuse de leur cadre de vie. Mohamed, issu, comme il le souligne, d'une très ancienne famille de cette commune, est révolté. Et pour cause : «Je n'arrive pas, confie-t-il, à supporter la vue de ces immenses cités dortoirs qui ont transformé notre commune connue pour ses vergers et où il faisait bon vivre. Le béton a tout gâché. Que le gouvernement veuille faire d'Alger une capitale sans bidonvilles, nous ne sommes pas contre, l'idée d'offrir à chaque famille algérienne le droit d'habiter décemment reste une initiative louable, néanmoins cela ne saurait se réaliser au détriment de l'environnement. A Baraki on vit désormais serrés avec toutes ces nouvelles cités ayant émergé en l'espace d'une décennie. Les conséquences, on les voit nettement à travers les problèmes de sécurité, d'hygiène, d'infrastructures scolaires et sanitaires insuffisantes, de transport, sans oublier le mal vivre des jeunes à cause de l'inexistence d'espaces de loisirs et de détente où ils pourraient s'épanouir. Comme vous pouvez le constater, la commune n'a jamais été aussi sale. Les nouvelles cités croulent sous des tas de déchets et de décombres. S'agissant de la sécurité publique, seules les cités dotées d'une brigade de gendarmerie ou de poste de police connaissent un tant soit peu la paix. On aurait souhaité parallèlement que d'autres formules d'habitat comme le LSP ou le promotionnel aidé soient dédiées aux familles de la commune».
Des promesses en l'air
Ammi Saïd, 78 ans bien sonnés, fait partie de ces vieux éclairés sans pour avoir fréquenté longtemps l'école. On en rencontre en fait partout dans les petites villes. Autodidacte et bourlingueur, il peut animer n'importe quelle conversation, mais c'est de Baraki qu'il a voulu vider son sac en tant que résident depuis les années 1970. «De toutes les Assemblées communales qui se sont succédé, entame-t-il, aucune n'a tenu ses promesses. A chaque échéance électorale, le même refrain revient, semblable à celui tenu par le comédien Ariouet dans ?'Carnaval fi dechra'', ?'enradouhalkoum djenna'' (on vous la transformera en paradis) promettait-il aux citoyens. Cette rengaine sera serinée dans quelques semaines avec le lancement des municipales, bien que la bataille en coulisse batte déjà son plein. Le quinquennat sera achevé sans qu'aucune opération digne de servir réellement les citoyens ne soit exécutée». Il a bien raison, le vieux. Sinon, comment expliquer l'état dans lequel se trouvent les routes, les trottoirs, la commune à proprement parler. Il suffit de sortir à un jet de pierre du centre-ville de Baraki pour être confronté à la triste réalité du manque de commodités, d'aires de jeux et d'espaces de détente. Pas même une piscine pour les jeunes qui n'ont où aller durant les chaudes journées d'été.
En prenant congé du septuagénaire, planqué dans l'un des rares cafés potables de la ville, nous nous engageâmes dans une ruelle où les puanteurs dégagées par une petite décharge nous obligèrent à fuir les lieux. Il faut dire aussi que l'incivisme a pris le dessus sur les bonnes manières et le devoir de citoyen. A travers la triste balade, une conclusion, telle une lumière jaillissante, nous fait dire que cette commune mérite le titre de sous-développée malgré les centaines de milliards que le trésor public a débloquées pour son essor.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Fares
Source : www.letempsdz.com