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Communauté algérienne à Marseille : Entre le rêve et la réalité



Communauté algérienne à Marseille : Entre le rêve et la réalité
300.000 Algériens vivent à Marseille. Parmi tous les étrangers établis dans ce département français, nos compatriotes arrivent en tête en termes de nombre et de concentration.En fait, des quartiers entiers de Marseille ont été, au fil des temps, «algérianisés». On a l'impression, dans certains endroits à Marseille, qu'on est en Algérie dans les quartiers de la Casbah ou de Bab El Oued. Les boutiques, les restaurants, les cafés, les bars et les hôtels appartiennent tous à des Algériens. Parmi ces derniers, beaucoup ont réussi leur vie en dépit des conditions extrêmement difficiles. Venus des quatre coins d'Algérie, le rêve pour ces Algériens était simplement de trouver un travail, un cadre de vie convenable, une vie meilleure. Au quartier des Dominicains, à titre d'exemple, nombre d'Algériens ont pignon sur rue. Les restaurateurs dans ce quartier très populaire ont gardé intactes les traditions culinaires algériennes. On y mange les mêmes plats que ceux de la rue de Tanger au c'ur de la casbah d'Alger. Tout vous rappelle le pays dans ce quartier. Le sentiment de «dépaysement» n'existe pas. Cela est plus fort encore quand on se rend au niveau du «marché soleil» au c'ur de Marseille qui est une ville cosmopolite par excellence. Au niveau de ce marché également, tout vous rappelle l'Algérie. Il est rare d'entendre parler quelqu'un en français. Tout le monde parle soit l'arabe soit le kabyle. Les trottoirs jouxtant le marché soleil sont occupés à longueur de journée par des vendeurs à la sauvette. Ces derniers sont très souvent des jeunes sans papiers qui tentent tant bien que mal de revendre des vêtements traditionnels algériens ou simplement des cigarettes aux milliers de passants qui fréquentent le marché. Dans ce quartier grouillant, il règne en fait une anarchie qui fait la spécificité des Algériens partout où ils sont. Pour ceux qui ont trouvé un tra-vail, la vie, en dépit des difficultés, est joyeuse à Marseille. Le vieux port et ses grandes allées sont un véritable joyau pour les touristes. Le vieux port, transformé par la mairie en port pour les bateaux de plaisance, est fréquenté par les touristes du monde entier. En fait, le projet de réaménagement du vieux port est porté conjointement par Marseille Provence Métropole et la ville de Marseille. Il est soutenu financièrement par le Conseil général des Bouches-du-Rhône et le Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Certains commerces, cafés et restaurants appartiennent à des Algériens alors qu'il est extrêmement difficile d'arracher une place au soleil dans ces quartiers très convoités. On raconte que sans la «bénédiction» des Corses, vous ne pouvez pas faire d'affaires à Marseille.
Les Corses contrôlent toute la ville, témoignent des Algériens établis à Marseille. Des milliers d'Algériens ont pourtant réussi à se faire une place au soleil et à s'imposer dans une ville où toutes les races ont élu domicile. Les Chinois, à titre d'exemple, sont de plus en plus nombreux à venir à Marseille. Louant des magasins dans toute la ville, la communauté chinoise de Marseille commence à prendre forme, attestent certains de nos compatriotes que nous avons rencontrés. Ceci étant et même si réellement des milliers d'Algériens ont réussi socialement à Marseille, il n'en demeure pas mois que des milliers d'autres vivent le calvaire et parfois un véritable drame humanitaire. Pour s'en rendre compte, il suffit de jeter un coup d''il du côté de la gare maritime. En effet, près de cette gare, il existe un endroit fréquenté par les sans-papiers algériens. Ils sont des dizaines à rester là à ne rien faire en espérant un miracle qui ne vient jamais. Sans argent ni aucune autre ressource, ces jeunes Algériens vivent au jour le jour avec la peur d'être découverts et interpellés par la police française qui connaît pourtant parfaitement leur existence.
Mais le drame humanitaire reste incontestablement les vieux retraités algériens, qui ont travaillé toute leur vie en France et qui n'ont même pas les moyens pour rentrer en Algérie tellement leur pension est maigre.
Certains vivent dans des hôtels et n'ont qu'un seul rêve : venir mourir dans le pays et être enterrés parmi les leurs. Nous avons rencontré quelques-uns au niveau de l'hôtel «La Pomme» à Marseille. L'hôtel appartenant à une Algérienne abrite une cinquantaine de vieux retraités, pour la plupart des malades chroniques. «Il y a des gens qui sont là depuis 1965», atteste Malika la propriétaire de l'hôtel qu'elle a hérité de son défunt père. La dame, âgée d'une cinquantaine d'années, affirme que les vieux retraités en question vivent une situation kafkaïenne à cause d'une loi qui les oblige à rester sur le sol français pour continuer à bénéficier de la couverture sociale. En effet, la loi en question stipule que quiconque qui dépasse deux mois en dehors du sol français perd sa couverture sociale alors que ces Algériens, qui ont travaillé durement, veulent être soignés en France et finir leurs jours en Algérie.
Avec 400 ou 500 euros de pension, ils sont des milliers d'Algériens à vivre le même problème, nous explique Malika qui affirme que, par solidarité, elle n'a pas augmenté les loyers de ces Algériens depuis plus d'une vingtaine d'années alors que les charges pour l'entretien de son hôtel et les impôts augmentent chaque année.
Dans une conférence de presse organisée au siège de la radio Gazelle à Marseille, le secrétaire d'Etat chargé de la communauté nationale à l'étranger, Belkacem Sahli, affirme pourtant que le gouvernement est toujours resté à l'écoute des Algériens de France. Beaucoup d'efforts sont faits pour faciliter la délivrance de documents aux compatriotes algériens établis en France et à Marseille. Plusieurs auditeurs habitant la ville de Marseille ne l'entendent pourtant pas de cette oreille et ont interpellé directement le secrétaire d'Etat sur un nombre de problèmes notamment le rapatriement des corps des Algériens décédés en France. Les auditeurs reprochent au gouvernement algérien de ne fournir aucune aide pour rapatrier ces morts qui passent parfois plus d'un mois dans les morgues des hôpitaux français avant d'être enterrés dans l'Hexagone dans des fosses. Belkacem Sahli promet d'y remédier mais soutient que la solution réside dans la contraction d'une assurance décès. Il faut savoir également qu'en dépit de l'importance de la communauté algérienne à Marseille, il n'existe aucun centre culturel algérien dans cette ville alors que le Maroc, pour ne citer que ce pays voisin, ne lésine pas sur les moyens pour encadrer ses compatriotes à Marseille. Interrogé sur le sujet, le secrétaire d'Etat chargé de la communauté nationale à l'étranger affirme que cela relève des accords de réciprocité avec le pays hôte, en excluant d'emblée la construction d'un quelconque centre culturel à Marseille, du moins à moyen terme. Le responsable algérien n'a pas trop convaincu tous ces émigrés qui veulent du concret et qui s'estiment abandonnés par les autorités de leur pays d'origine. Ceci dit, il faut toutefois souligner que pour la première fois dans l'histoire de notre pays, un député a eu la brillante idée d'organiser, en collaboration avec le gouvernement algérien, un voyage au profit de dizaines d'émigrés démunis pour venir découvrir leur pays. Il s'agit du député Samir Chaabna, représentant la communauté algérienne établie en France. L'ancien journaliste de l'ENTV est très populaire à Marseille. Lors de notre visite des quartiers où réside la communauté algérienne, il est systématiquement arrêté et salué par les habitants qui semblent habitués à sa visite des lieux. Grâce à ce voyage baptisé «Rihlat El Waffa», des dizaines de personnes sont arrivées vendredi dernier au port d'Alger à bord du bateau Tarek Ibn Zyad. L'ENMTV a pris en charge le transport de ces Algériens depuis le port de Marseille. L'entreprise maritime a pris en charge la totalité des frais du voyage à l'occasion de la célébration du 51e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. Belkacem Sahli ainsi que le DG de l'ENMTV, Draria Hocine, ont accompagné la délégation des émigrés lors de ce voyage qui a duré plus de 18 heures en mer. Un film sur Mostefa Ben Boulaïd a été projeté lors de cette traversée et des médailles ont été remises à quelques membres de la délégation. Il faut savoir, par ailleurs, que des associations représentant la communauté algérienne en France ont décidé, lors de ce voyage, de la création de la fédération des émigrés de France.
La fédération englobera désormais toutes les associations qui militent et activent sur le territoire français pour constituer une sorte de «porte-voix» des Algériens auprès des autorités françaises mais aussi auprès des responsables de notre pays. C'est la première fois qu'autant d'associations décident de se mettre d'accord pour défendre les intérêts des émigrés autour d'une même organisation. Cela a été rendu possible, faut-il également le souligner, grâce à un travail de proximité fait par Chaabna en collaboration avec les différentes représentations consulaires algériennes de France. Même s'il y a une «prise de conscience» des autorités algériennes à l'égard de nos émigrés, il n'en demeure pas moins cependant qu'à Marseille et ailleurs aussi, beaucoup d'Algériens se sentent abandonnés. «Les papiers pour tous pour les brûler». Cette phrase est inscrite sur les murs de plusieurs quartiers que nous avons visités lors de notre séjour dans les lieux où réside la communauté algérienne. Cela donne une idée sur l'état d'esprit et le désespoir qui anime des milliers de jeunes Algériens qui ont laissé derrière eux leur pays pour se retrouver en France à la recherche d'une vie meilleure et qui se retrouvent embarqués dans un véritable cauchemar. Ils sont des milliers à vouloir revenir en Algérie mais n'ont aucune existence légale en France et ne disposent même pas de l'argent pour payer leur billet de retour. Mais le plus grand drame reste celui des retraités. Au crépuscule de leur vie, certains de nos émigrés vivent dans la rue avec une pension dérisoire et n'ont pas non plus de domicile en Algérie qu'ils ont quittée très jeunes. Leur rêve le plus cher n'est pas de faire le tour du monde en croisière mais simplement de les mettre sous terre au pays, une fois morts.
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