
L'histoire est une fois de plus convoquée par le pouvoir pour légitimer les appels à l'unité nationale, à la constitution d'un front intérieur contre les menaces et les dangers de l'extérieur. «Les martyrs sont de retour», pour reprendre l'image immortalisée par la littérature et le théâtre algériens. Sauf qu'en la circonstance, c'est un pouvoir exsangue qui agite la «main de l'étranger» et fait appel au patriotisme salvateur face aux périls qui guettent les Algériens et la nation.Le recours de façon incantatoire à l'évocation des martyrs, comme une vieille femme désemparée ferait appel aux saints pour solliciter leur protection, cache mal en fait l'échec des régimes, qui se sont succédé depuis 1962, à construire et surtout à consolider l'unité de la nation en un plus d'un demi-siècle de souveraineté.Jamais, sans doute, le populisme n'aura autant marqué la commémoration du 1er Novembre que ce 62e anniversaire ! A commencer par le Front de libération nationale (FLN) qui redécouvre subitement l'existence de la bâtisse où se retrouvèrent les initiateurs de la lutte armée à la veille de son déclenchement, et la baptise du nom des «Six historiques». Etrange et soudaine initiative alors que ce lieu historique a traversé les épreuves du temps dans le quartier de Raïs Hamidou, à Alger, dans l'oubli des milieux officiels et qu'il n'a été préservé de la ruine que grâce à ses occupants.Un peu partout à travers le territoire, tout est prétexte en cette circonstance pour rappeler au souvenir des martyrs de la Révolution par un régime oublieux par contre de la réalité qui veut que si la menace potentielle de l'étranger n'est pas à minimiser, le danger réel vient des pratiques de ce système autoritaire mis en place depuis plus d'un demi-siècle. Le summum a été atteint ces vingt dernières années par un régime timoré face à une corruption à grande échelle qui a gangrené l'économie du pays et «mouillé» des personnalités proches du cercle présidentiel.Le clientélisme, le mépris affiché envers la jeunesse et les élites marginalisées dans le fonctionnement des institutions du pays n'ont fait que renforcer la fracture générationnelle entre Algériens. Des dérives d'un système qui ont accentué le sentiment d'injustice chez la majorité des Algériens, déjà fortement éprouvés par la décennie noire du terrorisme.Là aussi la «réconciliation nationale» chère au régime dans les années 2000 a consacré davantage l'impunité à l'égard de tous ceux qui ont mis en péril l'unité nationale, c'est-à-dire les terroristes et leurs commanditaires, plutôt que de rétablir un climat apaisé au sein de la société algérienne où dominerait le sentiment de justice largement partagé entre citoyens. C'est dans ces raisons et dans bien d'autres qu'il faut rechercher l'origine des doutes des Algériens et leur défection à l'égard de leurs dirigeants.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Reda Bekkat
Source : www.elwatan.com