Les assassins sont à l’affût
Par médias interposés, les «pouvoirs publics» font semblant de découvrir que la vie est subitement devenue chère. Ils imputent l’envolée des prix des légumes frais -courgette, poivron et tomate- à l’approche du Ramadhan. Une «découverte» qui renseigne sur le degré de l’intérêt porté et au citoyen et au niveau de son pouvoir d’achat. Le feuilleton de la pomme de terre ne semble pas avoir produit l’effet qu’il aurait dû produire, car à la situation qui prévaut, certains n’ont rien trouvé de mieux que de réhabiliter une langue taillée dans du bois qui a dû être conservé dans les mêmes chambres froides qui ont servi au stockage des millions de quintaux de légumes dont on parle aujourd’hui.
Chiffres à l’appui, un responsable de la régulation a déclaré que la production de produits agricoles frais a bondi de 32 millions de quintaux en 2000, à plus de 59 millions actuellement. Comme si par cette seule donnée, on cherchait à expliquer au consommateur que la hausse des prix n’est qu’un des effets de la chaleur qui a frappé le pays, cet été. Le message à retenir était que le PNDA, le plan de développement de l’agriculture, a atteint ses objectifs et que le problème des prix concerne un autre département. Le fait est que les responsables, qui se rejettent la balle, n’offrent aucune solution. Sommé de dire quand les légumes reviendront à la raison, un marchand a déclaré que cela n’arrivera que le jour où le consommateur n’achètera rien. Un constat de faillite programmée des instruments de l’Etat qui profite à ceux qui nous font la morale et qu’aggrave l’absence d’un arbitre qui sifflera la fin de cette partie tragi-comique où les seuls acteurs sont ceux qui ont le mauvais rôle. Qui écrit ces scénarios et qui les exécute? Qui a décidé que l’Algérie ne doit pas relever la tête? Partout, là où un espoir naît, on s’empresse de l’étouffer.
Zéro médaille dans les championnats d’athlétisme, le football est en déroute, l’école se noie, l’insécurité a remplacé le terrorisme, la société se clochardise et la santé perd pied. Des hôpitaux flambant neufs sont au chômage et l’on s’ingénie à ressusciter des mouroirs-gouffres financiers.
Une véritable stratégie d’échec a été mise ainsi en place pour contrecarrer l’ambitieux programme qui devait améliorer les conditions des Algériens. Des chiffres contestés sont avancés, les logements n’ont aucune chance de voir le jour à l’échéance promise, pas plus que les postes de travail qu’aggravent les compressions nées des privatisations forcées. Même le Président n’a pas échappé à ce rouleau compresseur et a fait les frais d’une rumeur tendancieuse qui a pour but de semer le désarroi et la panique. C’est dans ce contexte que s’est ouverte la session d’automne pour les élus du peuple. On y fera semblant de débattre de questions qui ne sont pas plus importantes que la vie de tous les jours de ceux pour lesquels on fait des lois. Les Algériens feront semblant de vivre, d’autres d’exécuter. Ceux qui composent ces partitions, eux, se frottent les mains. Le projet funeste est en marche. Seuls les acteurs, ce peuple qui a le mauvais rôle, résistent. Les mois de Ramadhan se suivent et se ressemblent. La faim est un effet des spéculateurs qui ne sont pas uniquement dans la distribution. Les assassins de Boudiaf sont à l’affût.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com