1er partie
A quoi rêve un universitaire en général après une année scolaire saturée de labeur, de sacrifices, de problèmes et de promesses ? Justement, de pouvoir passer de bonnes vacances et de profiter pleinement du repos afin de rebondir plus frais à la rentrée tout en espérant que les choses aillent pour le mieux durant l'année qui suit.
A peine les vacances entamées que d'autres obstacles viennent perturber les congés paisibles auxquels on a tous aspirés. C'est à travers ces embûches et tracasseries quotidiennes, que j'ai compris pourquoi de nombreux compatriotes préfèrent (hélas ! plus d'un million l'année précédente) s'évader dans d'autres pays tels que la « petite » Tunisie que de rester chez soi et faire avorter ses vacances. De cette sorte, la rentrée sociale ne sera que plus amère.
Le choix de nos compatriotes pour la Tunisie repose essentiellement sur les services prodigués par ce pays : hôtellerie, restaurant, poste,... où le hasard et le bricolage n'ont pas droit de cité. Sinon, comment expliquer cet engouement sans limite des citoyens algériens, tout simplement parce qu'ils ont trouvé certaines choses qu'ils ne peuvent jamais y accéder chez soi. Les estivants algériens, en Tunisie, sont si contents qu'ils ont en fait leur destination préférée pendant les vacances et à moindre frais s'il vous plaît. D'après les informations rapportées par le quotidien arabophone El-Khabar dans son édition du dimanche 10 août 2008 , le nombre d'Algériens voyageant en Tunisie est en nette accroissement de 30 % par rapport à l'année dernière. Plus de 15 000 Algériens et 30 000 véhicules immatriculées chez nous franchissent la frontière algéro-tunisienne chaque jour, avec à la clé 200 millions de dollars engrangés dans la cagnotte de la soeur Tunisie pendant les mois de juillet et d'août ! C'est une vraie aubaine qui profite admirablement à notre voisin pays. Ce phénomène, qui prend de plus en plus de l'ampleur, et cette frénésie sans cesse ne semblent outre donner matière à réfléchir à nos responsables. Imaginons un instant cet argent englouti dans les caisses du tourisme local. Heureusement pour nous, que les frontières à l'ouest sont fermées, autrement le pays serait vidé durant la saison estivale.
Chez nous, paradoxalement, les services publics dispensés sont tellement lamentables qu'ils n'incitent guère à l'encouragement du tourisme local.
Dommage pour notre pays que ni le tourisme intérieur, encore moins celui de l'extérieur ne soient soutenus de quelque manière que ce soit. Savez-vous qu'au Maroc, le touriste local paie beaucoup moins cher en hôtellerie qu'un étranger ? Chez nous, les prix sont facturés en équivalents Euros pour des paies en Dinars !
Le calvaire pour celui qui reste à la maison, faute de moyens et par crainte de déséquilibrer son maigre budget lorsqu'on ne dispose que d'une seule paie, commence par les services publics tels que la poste, la banque, la sonelgaz, le service des eaux, la mairie, le service d'hygiène, l'école, le lycée, l'université, etc... pour ne citer que ceux-là.
Je me suis donné une promesse de trouver un peu de temps d'écrire un papier sur ce sujet stratégique et l'envoyer à la presse pour faire mon devoir de citoyenneté sur ce qui se passe dans nos services publics qui sont devenus de réels mastodontes bureaucratiques très lourds à gérer tant les difficultés se sont accumulées sans aucune réelle solution. L'infection est si profonde et impérative à soigner qu'elle nécessite présentement des thérapies de choc avant que le mal achève ceux qui titubent encore. On est étourdi, tous les jours, par les lettres des lecteurs dans les colonnes de journaux, sur l'horrible fonctionnement de nos services publics qui perpétuent leur fuite en avant.
Je ne vais ici rapporter qu'un échantillon des difficultés qui se posent aux citoyens en général sans oublier celles spécifiques à chaque ville, village ou une contrée reculée du pays. Le prototype est le même partout ailleurs. Il y a une remarque très importance : toutes les entraves disparaissent par enchantement si vous avez des connaissances dans ces services publics, vous serez gratifiés sans cesse et à gogo. Dans le cas contraire, c'est la misère qui vous sera servie, et au même tarif. C'est l'aspect visible des passe-droits et de la corruption galopante.
Quand est-ce qu'allons-nous vivre comme de véritables citoyens servis partout équitablement ? C'est un rêve qui n'est pas prêt de se réaliser sans que les mentalités soient métamorphosées.
 Etre un citoyen algérien, c'est de pouvoir vivre là où l'on désire et dans n'importe quel endroit du pays, comme dans les pays civilisés où on ne se préoccupe nullement de vos origines pour vous sceller un jugement de valeur.
Le citoyen algérien subit un racisme intérieur qui ne dit pas son nom. C'est un véritable tabou qui persiste à cause de notre malheureux sous-développement, trop clanique, trop régionaliste, pas conformément Nationaliste.
Sans tarder, je vais vous faire trimbaler au coeur des tourments dans quelques services publics névralgiques de la ville tout en sachant que les problèmes rencontrés sont presque identiques, voire pire dans d'autres cités du pays.
A LA POSTE :
L'enseignant, que je suis, guette au moindre affut la fin ou au début de chaque mois, avec la fameuse citation connue de tout travailleur algérien : « viraou ? ». Dès la confirmation de cette question magique par un ou plusieurs collègues plus près des échos administratifs, tout le monde se hâte sans tarder vers son centre de paiement. Les plus chanceux sont ceux qui dispose d'un compte bancaire au trésor qu'il n'est pas facile d'obtenir sauf qu'à de très rares pistonnés ou parrainés ! Pourquoi avoir un compte trésor : uniquement pour être « réglé » parmi les premiers car le virement de l'établissement employeur y passe d'abord ici, synonyme de sésame !
Ceux de la poste sont aussi choyés mais pour encaisser leur dû, il faut se lever de bonne heure et se présenter très tôt aux guichets sinon c'est l'attente infernale, pendant des heures, parfois des jours, en sueurs pendant cette période caniculaire. C'est une véritable galère.
A l'intérieur, dans un brouhaha indescriptible, c'est l'anarchie totale. On se croirait être dans un bain maure que dans un service public. Encore que les pistonnés n'ont même pas besoin de faire la chaîne, le préposé au guichet se livre même à la régulation de chèques « amis » déposés au vu et au su de la clientèle par paquet complet. Et gare à celui qui ose faire une remarque.
Les exacerbations qui fatiguent le plus les clients sont les moments où l'ordinateur s'arrête ! S'agit-il d'un délestage ou d'une panne qui pendant des années et des années demeure la même. Les millions de ces pauvres clients de la poste redoutent cet instant de dépit. Les malheureux clients ont tous les yeux rivés sur les préposés aux guichets accrochés en train de tripoter sur le clavier de leur ordinateur. Les infortunés clients ne sont soulagés que lorsque l'agent de saisie prend un chèque et continue interminablement son travail. Ça y est « Djate », entendons-nous parler les clients proches du comptoir. C'est un grand moment qui apporte presque de la jubilation aux accablés abonnés que nous sommes, la chaîne recommence à s'organiser. L'agent de la poste trouve même de l'aide dans sa délicate tâche auprès de ses clients mensuels qui se transforment en travailleur intermittent de la poste sans rechigner et ils le font même avec dévouement.
Au fait, si vous ne pouvez pas attendre, ne vous hasardez pas surtout pas à aller dans d'autres agences dissimulées ici et là dans certains quartiers, elles ne servent qu'à expédier les affaires courantes. Vous pouvez consulter votre compte postal mais point d'argent pour le retirer. Voilà comment on squatte notre argent à la poste. A l'heure des nouvelles technologies, la Poste algérienne continue à marcher à reculons, les incessantes pannes des ordinateurs est une chose impardonnable à l'ère de l'ADSL à haut débit. Ce qui est encore plus caricatural, c'est justement la poste qui détient presque le monopole de l'internet en Algérie. Alors arrêtons de leurrer les clients. Je pense que les agents actuels de la poste, sans formation ni recyclage permanent, sont incapables actuellement et incompétents pour gérer cet important service public qui gère des millions de comptes postaux. Si l'on continue avec cette gestion catastrophique, la poste sera malheureusement perdue aux mains de privés nationaux ou étrangers semblablement comme l'Etat a cédé par un passé récent d'autres entreprises budgétivores.
N'oublions pas que la poste a introduit la carte électronique de paiement, mais vue la manière dont sont distribuées ces cartes, cela laisse présager une inaptitude future à gérer cette entreprise publique. Est-ce que la poste possède assez de distributeurs de billets ? Est-ce que les clients peuvent payer leurs factures par l'utilisation de cette carte ? Est-ce que les vendeurs ont suffisamment de terminaux de paiement ? L'horizon est encore lointain. Arrêtons de faire de la publicité mensongère qui ne peut que nuire davantage.
Est-ce que les responsables de la poste s'inquiètent du sort qui sera réservé au devenir de leur boîte ? Est-ce qu'on a entendu un jour parler d'un quelconque sondage sur la qualité des prestations des services fournis par la poste. A mon sens, c'est avec ce type d'outils qu'on peut progresser. Sans écouter l'écho des clients, tout redressement sera voué à l'échec. La réponse des clients est le miroir sur lequel doit se scruter toute entreprise soucieuse de son rendement et de progrès.
Pourtant, la poste est très soutenue par les pouvoirs publics comme le montre si bien l'obligation aux nouveaux bacheliers (pour percevoir leur bourse) d'ouvrir des comptes courants postaux (CCP). Le site internet officiel du ministère de l'Enseignement supérieur lui fait même de la publicité gratuite. Avec toutes ces facilités accordées gracieusement, la poste n'arrive pas à décoller. Qu'en sera-t-il lorsque la concurrence sera le seul critère d'évolution.
Toutes ces fatalités de la poste sont portées par les pitoyables clients qui n'hésiteront pas à la quitter définitivement dès la trouvaille d'une meilleure formule. Justement, cette formule est en train de prendre forme doucement du côté des banques avec l'arrivée en douceur des banquiers étrangers.
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A LA BANQUE :
Il y a une image frappante qui se déroule sous nos yeux depuis quelques mois dans la ville de Mostaganem, il s'agit tout simplement d'une guerre atroce sournoise que mènent deux agences de banques étrangères pour ne pas dire françaises. Après la BNP Paribas qui a décidé de s'installer il y a quelques mois à Mostaganem en optant pour l'ancien site de la défunte banque El Khalifa, presque instantanément, c'était au tour et de la Société Générale de choisir le même itinéraire en réalisant son agence à... quelques mètres seulement de sa future rivale. Aidées par l'incompétence et la bureaucratie dans lesquelles s'enfoncent davantage nos banques publiques, elles ne vont en faire qu'une bouchée des nôtres si, par malheur, cette hémorragie persiste. Notons qu'entre les deux nouvelles agences en question se trouve un parking, donc aucune habitation en vue, elles sont l'une en face de l'autre comme dans un vrai duel, les prochaines batailles entre eux s'annoncent rudes dans un proche avenir pour s'arracher les malheureux déçus de nos banques publiques. Comme vous le constatez, c'est dans les perspectives d'avenir que les deux concurrentes s'inscrivent en affûtant leurs armes. Aucun espace libre ne sera permis entre eux.
A suivre
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohammed Beghdad *
Source : www.lequotidien-oran.com