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Comme s'il était écrit que le colonialisme trouve son terme en Algérie



Comme s'il était écrit que le colonialisme trouve son terme en Algérie
Entre la fête de la Toussaint, le 1er novembre de chaque année, où l'Eglise célèbre tous ses saints, connus et anonymes, et, le lendemain, la journée des morts, dans laquelle on invoque les défunts de l'année écoulée, eh bien,en ce terrible moment de 1954, la population vivant en Algérie était de quelque9 370 000 habitants, dont, à peu près, 1 million d'Européens, colons ou pieds-noirs, arrivés en masse dans les territoires algériens depuis la grande invasion militaire du 14 juin 1830. En cette journée donc à l'aube, des rebelles se sont exprimés, au nom des huit millions de musulmans, pratiquant ou non, par la voix du feu dans les quatre coins du pays.Beaucoup a été écrit sur cette coïncidence, aussi bien par les historiens que par des dirigeants et témoins actifs de la Guerre de libération. Certains disent que le déclenchement révolutionnaire armé aurait été choisi durant cette période de la «sainteté» et de la mort pour marquer le double caractère symbolique de la sainte insurrection par le sang et jusqu'à la mort. D'autres y ajoutent la correspondance à cette entame de mois de l'année décisive pour le devenir de l'Algérie, l'avènement de rabie el awal, le troisième mois du calendrier hégirien, pour la métaphore du «printemps révolutionnaire». Mais il y en a certains qui disent, s'appuyant sur des documents de «dernière minute», «inédits», que la date du premier novembre aurait été prise selon un planning motivé pour des considérations interne d'organisation. Soit. En tout cas, quelles qu'aient été les motivations réelles pour entreprendre la révolte contre l'ordre colonial, la volonté était latente dans l'esprit des populations dans l'ensemble des contrées, entre les mains de conquérants venus installer leurs modèles d'existence en mettant dans la déroute et le désordre les coutumes ancestrales autochtones. En veillant à maintenir la vie de la population dans les conditions les plus précaires, afin de pouvoir l'asservir et la déposséder de tout ressort de développement socioculturel, capable d'organisation insurrectionnelle.C'est pourquoi, et tous les historiens s'accordent pour l'admettre, la guerre d'Algérie, dans la notion de se débarrasser du joug colonial français a commencé au jour même de la pénétration par la mer des fantassins descendant des navires de guerre venant de Toulon. Au fur et à mesure de la progression des troupes dans les territoires intérieurs, avec ses lots de tueries répétés, de saccages, et de violations de propriétés, nul alors n'ignorait le dessein de colonisation affiché, de spoliation et d'agression civilisationnelle. Autour des campagnes successives, les unes plus dures que les autres, auréolées de prêtres, de géographes, de médecins, mais d'écrivains aussi, des foyers de résistances s'organisaient pour barrer la route et repousser l'occupant chrétien.La preuve par le 8 mai 1945La Régence d'Alger, dans l'expression de la garantie militaire et administrative sur les contrées, avait repris le chemin de la mer, partie à la rescousse de la Sublime porte, sérieusement menacée dans ses fondements par les tenants de la révolution industrielle, accomplie en Europe sans la participation de Constantinople, affairée alors à tenter de sauver et préserver le minimum de souveraineté sur les territoires turcs. C'est par l'entreprise politique et militaire de Mustapha Kemal Atatürk, plus tard, que va se dessiner le destin géographique et étatique de la Turquie moderne, échappée de justesse aux man?uvres annexionnistes européennes de la fin du dix-neuvième siècle. Dont maints courants arabo-musulmans, au sortir de la Première guerre mondiale, ont tenté de s'en imprégner afin de s'émanciper de la contrainte européo-chrétienne. Mais paradoxalement, c'est cette même Turquie, héritière d'Atatürk, qui s'est mise du côté de la France dans les assemblées des Nations unies sur la question algérienne, dans les années cinquante. Certains ont arguéqu'Ankara, alors, ne devait pas enfreindre l'idéologie de l'Europe de l'Ouest, alignée autour du Pacte atlantique et du Plan Marshall, sur l'impérialisme yankee et le général de Gaulle n'était pas encore rappelé, qui sortira la France de l'Otan avant de considérer la question algérienne sur le volet purement politique, discuter, puis négocier, avec le FLN.Mais le véritable moment de la vérité insurrectionnelle, qui a éveillé à l'unanimité les consciences autochtones et enlevé tous les doutes sur la monstruosité du régime colonial, est le jour du 8 mai 1945.Au lendemain de la signature des termes de la reddition allemande à Reims, signifiant la libération totale de la France, des manifestants algériens, menés par divers partis nationalistes, sortent en masse dans l'est du pays-principalement à Sétif, Kherrata et Guelma- pour fêter l'évènement mondial et en même temps réclamer le droit à l'indépendance, le jour même où les nazis ratifient la capitulation de l'Allemagne. On ne revient pas sur la répression sanglante ayant entraîné la mort de milliers de manifestants autochtones, des réunions de spécialistes, un colloque même, ont, dans les détails, passé en revue ce funeste épisode dans la série des grandes cruautés coloniales. Quand bien même il s'agirait de retenir que l'opinion nationale ce jour-là n'avait pas manqué d'intérioriser profondément que ce ne fût pas uniquement les forces de l'ordre et les éléments de l'armée qui tuaient de sang froid mais les civiles européens aussi. Et les responsables politiques de la rébellion de graver dans leur mémoire cette expérience, pour la suite à donner au processus de libération.L'Algérie n'est pas l'ennemie de sa jeunesseLa guerre, à proprement parler, de l'automne 1954 au printemps 1962, aux accords sur le cessez-le feu, signé entre l'Etat français et les dirigeants du FLN, a causé la mort de centaines de milliers de personnes dans la partie autochtone, entre civils et patriotes armés et quelques milliers dans la population française, pour la plupart des militaires et des agents de l'ordre colonial. Et puis au lendemain de l'indépendance officielle, ratifiée quelques mois plus tard, l'histoire se met à inscrire dans ses tables les péripéties des 132 années de joug intégral. Rare dans la diachronie de l'évolution de l'espèce humaine et dans les processus d'interaction entre communautés distinctes, un phénomène de colonisation tel celui de la France vis-à-vis de l'Algérie, aura été poussé aussi loin dans l'entreprise volontaire de déshumanisation - si l'on excepte l'occupation de l'Amérique et la partie australe de la planète : l'occupation des terres, des biens naturelles, l'asservissement des individus et des groupes, mais aussi et surtout le dessein manifeste d'anéantir les cultures ancestrales -mais le prodige du sacrifice aura fait que du million de colon à l'indépendance il n'en est resté que quelques centaines, liés à l'Algérie par des relations transcendant la notion du colonialisme.C'est connu, répertorié par les historiographes et expliqué par les anthropologues et les sociologues, il n'existe pas de processus de libération entrepris par une communauté donnée contre quelque ordre d'aliénation qui soit sans erreur d'appréciation et de tiraillement durant la durée de ce processus. Il y en a eu pendant tout le cheminement de la révolte contre la colonisation française, durant la période décisive surtout, celle que nous célébrons aujourd'hui. Comme il en a été de méprises, de mauvaises évaluations dans la gestion de l'indépendance par rapport aux attentes populaires. Il y a eu de grands crimes sur des personnes d'importance pour la révolution et sur des structures de prépondérance pour le salut du peuple, mais le fait est là, qui doit enseigner au lieu de tenter de revenir à ce qui n'est plus, ne peut pas être. Des 8 millions d'habitants témoins ou acteurs de la guerre de libération, l'Algérie en compte aujourd'hui 5 fois plus. Dont plus de 80% nés après l'Indépendance. Pour dire que c'est du passé révolu ' Non, ce serait renier la mémoire de l'essentiel, mais pour donner le tour aux générations nouvelles de dire leur combat, pour qu'il n'y ait plus effusion de sang. En gagnant des victoires sur les instincts perfides du renoncement, au bout de quoi la jeunesse croit que l'Algérie est son ennemi. Parce qu'elle ne réussit pas encore à retrouver ses marques.N. B.


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