
Vouloir et s'astreindre à immortaliser sur écran les femmes et les hommes qui ont marqué l'histoire, ancienne ou contemporaine de l'Algérie, peut paraître quelque peu tardif. Ni Jugurtha, ni l'Emir Abdelkader ne se sont retrouvés héros d'un film (et pourquoi pas plusieurs ') qui aura marqué les mémoires. Il n'existe pas tout bonnement.Il a fallu attendre plus d'un demi-siècle après l'indépendance pour que l'histoire de la résistante Fatma N'soumeur inspire le réalisateur Belkacem Hadjadj dans son film éponyme. Ce dernier s'est déjà intéressé à la geste du bandit d'honneur dans la région de Relizane, Bouziane El Kalai. D'autres comme Benamar Bakhti dans « Bouamama », réalisé au milieu des années 1980, Hazourli pour « Grine Belkacem » ou Hellal qui a restitué la vie d'un autre bandit d'honneur des Aurès, Messaoud Benzelmat, qui a lutté contre les représentants du colonialisme, ont fait connaître des parcours d'hommes représentatifs de séquences de l'histoire.Cet attrait pour les bandits d'honneur s'explique d'ailleurs. Contrairement aux personnalités, comme Krim Belkacem, Abane Ramdan, Ferhat Abbas ou Messali El Hadj, un film sur cette période ne risque pas de soulever une polémique. Des controverses avaient par contre accompagné le film de Rachedi sur Ben Boulaïd dont les circonstances de la mort au printemps 1956 restent encore entourées de zones d'ombre. Et le film du même réalisateur sur le signataire des accords d'Evian s'est vu reprocher l'occultation de sa vie après l'indépendance. La filmographie reste modeste. Très peu pour un pays dont l'histoire dure et tourmentée a enfanté de nombreuses figures aptes à nourrir l'imaginaire. Dans son livre « cinéma et guerre de libération », Ahmed Bedjaoui note à juste titre que « le cinéma est un moteur essentiel des mémoires et donc de l'histoire », rappelant que « les rapports entre les deux sont complexes ». Mais il s'est trouvé qu'il a fallu attendre ces deux décennies pour que des personnes ostracisées retrouvent leur place dans l'imaginaire social et les manuels scolaires. L'arrivée tardive du cinéma explique sans doute que la poésie, déclamée ou chantée, ait précédé le septième art dans l'évocation et la perpétuation des personnages. Pas seulement. Durant les années qui ont suivi l'indépendance ou les thèmes liés à la guerre de libération furent traités, on s'est davantage attelé à mettre en valeur comme dans « L'opium et le bâton », « La bataille d'Alger » qui eurent un grand succès populaire, la collectivité. L'histoire n'est pas une affaire de personnes. « Un seul héros le peuple » ne fut pas seulement un slogan dans la bouche des politiques. Dans le premier qui fut adapté du roman de Mouloud Mammeri, tous les questionnements individuels furent habilement escamotés. Le vrai vainqueur, ce sont les habitants de Tala et Ali fut mis en avant. Dans le second, Yacef Saâdi qui jouait son propre rôle s'effaçait devant les militants du FLN qui quadrillaient La Casbah. Ahmed Bedjaoui, l'un des meilleurs connaisseurs des arcanes du cinéma national, avance une autre explication. « Tant que les témoins et les acteurs sont vivants, il ne semble pas urgent d'interroger l'histoire », explique-t-il.Une sorte de course contre la montre s'engage depuis quelques années pour happer à travers les documentaires les dernières paroles avant que l'oubli n'ensevelisse celles-ci. Les institutions officielles, comme le ministre des Moudjahidine, qui a coproduit une série de films sur les personnalités de la Révolution, se sont fortement impliquées. Après « Lotfi », Bachir Derrais tourne présentement un film sur Ben M'hidi. Dans notre pays comme l'avaient montré le retour de Boudiaf et la découverte tardive du parcours de Hocine Aït Ahmed, la nouvelle génération connaît peu des hommes qui ont résisté et libéré le pays. Si elle n'est pas le seul canal, l'histoire en images s'avère un instrument idéal pour colmater les brèches béantes d'une mémoire en jachère.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : R Hammoudi
Source : www.horizons-dz.com