Alger - A la une

Cocktail explosif libyen et dommages collatéraux meurtriers



Depuis près de dix mois, c'est le statu quo sur le théâtre des opérations. Tout pourrait déraper cependant, vu la volonté voire l'empressement des divers intervenants ? Arabes et Occidentaux. Et d'ailleurs, jeudi dernier, Erdogan a, sans peine, obtenu l'aval de son Parlement pour l'envoi de troupes.Selon Sabri Boukadoum, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Abdelmadjid Tebboune, l'Algérie va annoncer des mesures concrètes dans le dossier libyen. Il était temps que l'Algérie donne de la voix. Les Etats-Unis de Donald Trump qui ont appelé leurs compatriotes à quitter au plus vite le pays, ont clairement fait savoir qu'ils s'interposeront à toute intervention étrangère, entendre par là, la Turquie. Leurs bases militaires au Sahel sont un argument déterminant. La crise libyenne, plutôt que d'évoluer dans la voie de la paix, est en train de réunir ? sous nos yeux - tous les ingrédients d'une catastrophe majeure dont personne ne peut prétendre entrevoir l'issue. L'équilibre géostratégique assuré vaille que vaille par El Gueddafi a volé en éclats depuis son assassinat en 2011.Il a mis au jour deux protagonistes, Tripoli et Benghazi, le premier se prévalant de la légitimité et de la reconnaissance de la communauté internationale. En face, une auto-proclamée Armée nationale libyenne (ANL) sous le commandement du général Haftar brûle d'envie d'en découdre au regard de ses ambitions de contrôler toute la Libye. Si officiellement celle-ci compte 25.000 hommes, il faudra bien évidemment y inclure les contingents de mercenaires arabes et russes, armés et payés par les intervenants dans le conflit, notamment l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et l'Egypte dont le Président affirme, parlant de la situation en Libye, que c'est de la sécurité de son pays qu'il s'agit. Cet alarmisme soudain est provoqué par l'évolution rapide des rapports de force qui n'est pas en sa faveur, en dépit de son engagement dans cette affaire et le soutien de ses sponsors argentés. L'implication de la Turquie ne date pas de ces derniers jours, puisque dès 2014 déjà, l'on signale des conseillers militaires turcs à Tripoli pour former et encadrer l'armée du gouvernement légal. Mais ce qui va provoquer un fantastique tollé est la décision de l'actuel Président turc de concrétiser, en bonne et due forme, une alliance militaire avec le gouvernement de Tripoli avec tout ce qu'elle induit.
Haftar looser impénitent mais dangereux
La première retombée de cette alliance est l'envoi de troupes au sol pour soutenir Fayez el-Serraj qui se trouve dans une situation intenable face aux milices de Haftar, looser impénitent qui voit ses velléités de prendre la capitale libyenne à chaque fois rafraîchie. Ses échecs répétés loin de le décourager le poussent à renouveler ses opérations armées, y compris par les airs, causant des centaines de morts parmi les populations civiles et un mouvement d'exode hors de Libye.
Depuis près de dix mois, c'est le statu quo sur le théâtre des opérations. Tout indique que la situation pourrait rester en l'état, si ce n'est la volonté voire l'empressement des divers intervenants ? arabes et occidentaux ? d'en finir avec le gouvernement d'union nationale dans un jeu de redistribution des cartes, car leurs visées ne vont- elles pas plus loin que le simple cadre libyen ' Paradoxalement, les forces spéciales sur place : françaises, bien sûr, mais aussi israéliennes, britanniques et américaines (sous le couvert de la lutte contre le péril islamiste au Sahel), qui devaient faciliter la tâche au général ,se sont embourbées dans ce pot pourri de rivalités où les appétits sont si ouvertement exprimés. Fayez el-Serraj qui ne voit pas le danger Haftar baisser d'intensité, s'inquiète à juste titre, des lendemains qui déchantent pour son équipe. Face aux répercussions de l'entrée en lice des soldats turcs et avec la situation délétère au Sahel, c'est toute la région qui est sous pression maximum. Pour preuve de cette réalité qu'on ne peut occulter, les dernières déclarations du ministre de l'Intérieur du gouvernement d'el-Serraj ,affirmant que si Tripoli venait à tomber, cela entraînera inévitablement celle de Tunis et?d'Alger ! Certes, face aux milices de Haftar, la situation devient chaque jour un peu plus intenable. Cherche-t-il ainsi à entraîner les deux pays voisins dans une guerre dont ils n'ont cure ' L'Algérie a, depuis le début de la crise libyenne, milité pour une solution politique à mettre au point par les Libyens eux-mêmes, sans interférences extérieures.
La justesse de cette démarche est aujourd'hui confortée par la Ligue des Etats arabes, réunie en urgence au Caire sur injonction du raïs égyptien qui réalise que le jeu trouble dans lequel il a entraîné son pays lui échappe. Mais au vu des résultats de cette Ligue, cela a été une réunion inutile, d'autant qu'elle vient en retard. Que peut-on aussi attendre de la rencontre au Caire entre le Président français, Emmanuel Macron, et son homologue égyptien ' Panique à bord ' De l'ambition de leader du monde arabe, l'Egypte est devenue le sous-traitant des monarchies du Golfe. Et pour corser le tout, l'Allemagne se met de la partie et propose une conférence à Berlin pour la deuxième semaine de ce mois de janvier.
Le coup de poker d'Erdogan
Décidément, le coup de poker du Président turc aura fait l'effet d'un séisme, tant les amis du général Haftar croyaient rouler sur du velours. Qui de ces interventionnistes voudrait d'une confrontation armée ouverte ' Il est tout aussi vrai que tous voudraient se battre jusqu'au dernier Libyen. Dans ce théâtre d'ombres, il est indéniable que seule la paix est la meilleure des options.
Une Libye en feu à nos frontières est la pire des éventualités. Joue-t-on sur de possibles dommages collatéraux - à provoquer sciemment ' Parce que désormais, l'Algérie est dans l'?il du cyclone ' Au demeurant, c'est la volonté de puissance et d'hégémonie sur la rive sud de la Méditerranée qui dévoile ses buts. Erdogan l'a compris et agit en conséquence avec son implication armée directe. Du côté d'El Mouradia, on voit d'un très mauvais ?il tous ces va-t-en-guerre à la frontière est du pays, d'autant que l'on attendait mieux de la Turquie dans la mesure où les rapports économiques entre les deux pays se placent dans une perspective prometteuse. La crise induite par la chute du régime Bouteflika sous la poussée populaire, a mis en veilleuse durant une année, le rôle pertinent de la diplomatie algérienne, laissant la porte ouverte à tous les opportunistes politiques.
Conséquence directe, la menace à notre frontière avec la Libye qui s'étend sur près de 1000 km ! Le danger est jaugé à sa juste hauteur. L'ANP veille, c'est l'alerte maximale. L'Algérie est déterminée à prendre ce grave problème à bras-le-corps, comme l'indique la réunion du Haut conseil de sécurité sous la présidence de Abdelmadjid Tebboune, suivie de mises en garde du chef d'état-major par intérim, Saïd Chengriha. Il s'agit là ,en fait, d'un réveil très attendu devant le cliquetis des armes et autres menaces. Le Front intérieur ira en s'affermissant , avec la volonté d'apaisement prônée par le nouveau Président algérien qui n'a, d'ailleurs, pas manqué de tendre la main pour un dialogue de sortie de crise. Le message est on ne peut plus clair, avec la remise en liberté (enfin) de jeunes «hirakistes», de personnalités politiques à l'image du moudjahid Bouregaâ. Une bonne nouvelle pour leurs familles, leurs amis et?le pouvoir en place. De la sérénité est espérée sur la scène interne, compte tenu des nouveaux défis. Il est beaucoup attendu du nouveau Président.
Les menaces d'agressions extérieures peuvent-elles peser sur le projet à venir d'une Algérie nouvelle, revendiquée par les uns et les autres ? pouvoir, opposition et société civile. Comme il ne faut pas voir dans l'élargissement des détenus du «Hirak» (dans l'attente d'autres au plus tôt), une tentative de diversion. En effet, s'il existe une tradition bien établie chez nous, c'est bien la résistance séculaire aux invasions sous quelque couvert que ce soit. Nos amis et nos ennemis le savent. Le «Hirak» - patriotique et sourcilleux quant à la souveraineté du pays , l'a démontré dans toutes les marches depuis le 22 février 2019. A bon entendeur?
Brahim Taouchichet
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)