Après 28 ans d'interdiction, les plages de Club-des-Pins sont désormais ouvertes au public sur décision du chef de l'Etat.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - «Bunker», «forteresse», les citoyens désabusés avaient affublé cette zone de tous les qualificatifs après la décision de sa fermeture par les autorités en place en 1992. Le pouvoir d'alors justifie son acte par la grande menace terroriste qui sévissait dans le pays. Club-des-Pins ferme ses portes, un décret lui confère le statut de Résidence d'Etat hautement sécurisée. Très vite, il se transforme en haut lieu où privilégiés et puissants hommes d'affaires se disputent l'accès et le droit de loger non loin de ces ministres et officiels qui gouvernent l'Algérie.
Les portes s'ouvrent aux amis, aux protégés du système, et très vite les députés et sénateurs y sont eux aussi admis. Un homme veille sur les lieux : Abdelhamid Melzi, puissant directeur général de la zone Sahel qui couvre aussi Moretti. On le dit très proche des centres de décision les plus influents, indétrônables puisque deux décisions de renvoi successives le concernant prises en 2013 se sont vu annulées.
Les années passent, des hauts murs de Club-des-Pins débordent des histoires où se mêlent intrigue et coups bas. La menace des groupes terroristes décline, s'amenuise et ne laisse finalement place qu'à de mauvais souvenirs. La décennie noire est derrière, mais le statut des zones balnéaires qui faisaient la fierté des Algérois demeure inchangé.
À Alger comme ailleurs, la vie reprend ses droits. Les citoyens sont nombreux à réclamer la réouverture de ces plages où ils se rendaient enfants. Les pétitions sont, en effet, lancées, les rassemblements organisés à Staouéli sont réprimés et les plages de Club-des-Pins et Moretti demeurent la propriété d'une minorité au pouvoir. L'espoir d'un changement né des événements qui ont mené à l'annulation du cinquième mandat s'estompe également très vite.
Nommé Président par intérim, Abdelkader Bensalah n'a pas prérogative pour apporter un changement en la matière. Les ministres du gouvernement Bedoui ne sont, cependant, plus logés dans les villas de Club-des-Pins mais dans des suites du Sheraton.
La zone se vide, quant à elle, de tous les ministres et officiels nommés par Abdelaziz Bouteflika. Plusieurs d'entre eux sont arrêtés et conduits en prison. Les citoyens qui espèrent encore rejoindre les plages de leur enfance se pressent sur les lieux, mais en vain. L'accès est toujours réservé aux locataires et ces derniers sont munis d'une carte que la nouvelle direction renouvelle annuellement. La gestion de Club-des-Pins a aussi changé de mains, Abdelhamid Melzi a rejoint, lui aussi, le pénitencier d El-Harrach.
9 août 2020, un politologue et professeur à l'université Alger 3 lance une pétition réclamant la réouverture au public des plages de Club-des-Pins et de Moretti. Cette fois, les termes de la revendication sont liés à la conjoncture que traverse le pays et aux attentes des citoyens.
Docteur Mohamed Hennad estime, en effet, que « cette mesure sera un test sérieux pour rétablir la confiance entre les autorités du pays et les Algériens dans la perspective d'une ère nouvelle». Les signataires sont nombreux.
Hier, en fin d'après-midi, les premières réactions à la décision de réouverture des plages de Club-des-Pins étaient enregistrés sur les réseaux sociaux. La nouvelle se répand rapidement mais nul n'a de réponse à ce moment à la question qui subsiste : les plages de Moretti sont-elles concernées par cette mesure ' Aucune réponse également à une autre interrogation qui découle inévitablement du changement entrepris : le site retrouvera-t-il son caractère touristique d'antan '
A. C.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abla Chérif
Source : www.lesoirdalgerie.com